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La Boucherie des Praz, de Rouyn-Noranda, détient actuellement un permis d’abattoir de proximité. Photo : Gracieuseté de la Boucherie des Praz

La Boucherie des Praz, de Rouyn-Noranda, détient actuellement un permis d’abattoir de proximité. Photo : Gracieuseté de la Boucherie des Praz

Division sur l’enjeu d’un abattoir en Abitibi-Témiscamingue

L’interminable débat sur la présence d’un abattoir en Abitibi-Témiscamingue refait surface. Le 17 décembre, le député bloquiste Sébastien Lemire a dévoilé les résultats d’une étude qu’il a commandée sur les besoins de ce service dans sa région. L’annonce a rapidement fait réagir la Boucherie des Praz, de Rouyn-Noranda, qui a confirmé son intention d’aller de l’avant avec un projet privé d’abattoir provincial.

Sébastien Lemire

Sébastien Lemire

Le député fédéral d’Abitibi-Témiscamingue a payé une firme de consultants 18 000 $ afin de préciser les besoins en matière d’abattage dans sa région et d’explorer différentes pistes de solution financières, administratives et politiques pour les producteurs agricoles. « Je voulais qu’on relance l’enjeu, mais qu’on le fasse sur des données et des constats. Le statu quo n’était pas tenable », explique Sébastien Lemire.

L’étude se base entre autres sur une revue documentaire, sur des rencontres avec un comité directeur (formé de l’Union des producteurs agricoles [UPA], de producteurs de bœuf et du ministère de l’Agriculture du Québec), et sur 27 entrevues réalisées avec des producteurs, distributeurs, boucheries spécialisées, élus et acteurs socioéconomiques. Elle met en lumière que, depuis deux décennies, le cheptel animal de boucherie a connu une forte diminution dans la région, dont une chute de 50 % du nombre de têtes et de 52 % des fermes entre 2004 et 2019. Plusieurs abattoirs ont fermé durant la période de 1995 à2005 et les projets de relance ont échoué pour plusieurs raisons, dont l’absence de rentabilité, la mauvaise planification et le manque d’implication des acteurs.

Le président de la Fédération de l’UPA ­d’Abitibi-Témiscamingue, Pascal Rheault, croit qu’une telle étude était nécessaire, bien qu’elle ne révèle pas de grandes surprises. « Ça fait un constat solide, mais ce sont pas mal toutes des choses que l’on connaissait déjà, sauf qu’elles sont plus quantifiées », commente-t-il.

L’étude réalisée par Forest Lavoie Conseil propose une liste des prochaines étapes à suivre pour concrétiser un projet soutenable d’abattoir. « Si on veut avancer, on doit le faire ensemble! » lit-on, tout en haut de la liste. On suggère également de brosser un portrait des attentes et des besoins des éleveurs à l’égard des services d’abattage, d’obtenir un portrait des entreprises qui souhaitent développer l’offre locale et de réaliser une étude sur les besoins en produits carnés des marchés locaux et régionaux. « Ce sont des pistes de solutions basées sur ce qui s’est fait en Abitibi-Témiscamingue, ce qui s’est fait ailleurs, sur des modèles qui sont gagnants, qui assurent une solution pérenne sur les enjeux d’abattage », soutient le député Lemire.

Un projet déjà en cours

Les conclusions de l’étude ont fait sortir de ses gonds Christel Groux, la copropriétaire de la Boucherie des Praz. « Ils n’avaient pas besoin de payer des consultants pour se faire dire ça », a-t-elle réagi. « Pour nous, c’est clair que la solution collective n’a pas fait ses preuves depuis de nombreuses années. On ne pense pas que c’est la bonne solution. »

Le jour même de la publication des résultats de l’étude, la Boucherie des Praz a donc finalement officialisé, par voie de communiqué, qu’elle allait de l’avant avec son projet d’abattoir provincial privé afin de commercialiser davantage son propre élevage et ceux d’autres producteurs de la région. Le terrain reste à être sélectionné, mais les entrepreneurs espèrent une mise en construction au milieu ou à la fin de l’été prochain pour une mise en opération au début de l’année 2022.

Pascal Rheault et Sébastien Lemire réagissent avec prudence devant l’annonce. Ils considèrent que le projet de la Boucherie des Praz est une bonne nouvelle pour la région, mais s’inquiètent du risque élevé pour ­l’entreprise.