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La saison des sucres n'est pas encore terminée en Gaspésie. Photo : Gracieuseté de Martin Malenfant

La saison des sucres n'est pas encore terminée en Gaspésie. Photo : Gracieuseté de Martin Malenfant

Ça coule encore en Gaspésie, mais le sol s’assèche

Le temps des sucres est pratiquement terminé; seules les érablières situées dans les secteurs les plus froids recueillent encore la précieuse sève.

L’année 2020 apparaît déjà comme une excellente saison pour l’ensemble du Québec, avec des rendements allant de très élevés à records pour plusieurs érablières. Un constat surprenant semble cependant émerger des six acériculteurs suivis tout au long de la saison par La Terre : la sève a arrêté de couler en fin de saison en raison d’un rare assèchement du sol.  Voici la progression de la production de sirop pour notre acériculteur toujours en action en Gaspésie et le bilan de fin de saison des cinq autres.


Martin Malenfant, Gaspésie
Première évaporation : 4 avril
Objectif de 2020 : 5 lb à l’entaille
Rendements en date du 30 avril: 3 lb à l’entaille

« Ce n’est pas fini par ici. Ça coule régulièrement, mais il manque de chaleur pour avoir de grosses coulées. Pour l’instant, on n’a rien eu de vraiment abondant, mais le goût du sirop est encore vraiment bon et avec la météo annoncée, il devrait rester encore 9 à 10 jours à la saison», détaille Martin Malenfant, qui possède une érablière de 65 000 entailles à Escuminac. Le taux de sucre de la sève qu’il récolte atteint un niveau acceptable de 2,2 degrés Brix. Le Gaspésien s’inquiète cependant d’un assèchement prématuré du sol. « Il y a une semaine, la neige a commencé à fondre, mais les ruisseaux n’ont pas grossi. J’ai l’impression qu’il n’y a pas d’eau dans la terre. C’est un phénomène exceptionnel », remarque-t-il.


Photo : Gracieuseté

Photo : Gracieuseté de Julien Dupasquier

Julien Dupasquier, Montérégie
Première évaporation : début décembre et 21 février
Dernière évaporation: 7 avril
Objectif de 2020 : 5 lb à l’entaille
Rendement final : 6,2 et 5,2 lb à l’entaille

En Montérégie, Julien Dupasquier a terminé sa saison non pas en raison d’un goût de bourgeon, mais lui aussi par un assèchement du sol. « Le sol s’est vraiment vidé d’eau. Pas de blague, les racines ne pouvaient plus boire. Les arbres ont arrêté de couler et la saison s’est terminée là », rapporte-t-il. Satisfait de sa récolte 2020, Julien Dupasquier louera une érablière supplémentaire qui augmentera sa production totale l’an prochain de 10 000 entailles. « Avec le développement de ma mise en marché, mes réserves de sirop baissent vite. Alors j’ai décidé de monter à 25 500 entailles », précise-t-il. Le quart de ce volume, soit environ 6 000 entailles, sera entaillé dès novembre prochain. « L’entaillage d’automne m’a donné de bons volumes de sirop. Ça m’a permis de répartir mon ouvrage et d’engager moins de main-d’œuvre. Tout le sirop que j’ai mis en conserve à l’automne a été vendu au printemps. Ça aussi c’est un plus », souligne M. Dupasquier, qui entend développer de nouveaux points de vente et une nouvelle image de marque pour son entreprise établie à Dunham et Frelighsburg.


Photo : Gracieuseté de Stéphane Verville

Photo : Gracieuseté de Stéphane Verville

Stéphane Verville, Centre-du-Québec
Première évaporation : 26 février
Dernière évaporation: 22 avril
Objectif de 2020 : 5,7 lb à l’entaille
Rendement final : 4,7 lb à l’entaille

« On a fermé les pompes le 22 avril dans notre érablière située en zone froide. Les coulées ont toughé moins longtemps que je pensais. On a fini avec 5,25 lb à l’entaille dans mes secteurs chauds et 4 lb, dans mon secteur froid. Mais on est très satisfaits », dit Stéphane Verville, copropriétaire avec sa famille d’une érablière de 30 000 entailles près de Victoriaville. Il affirme qu’un secteur de 3 500 entailles est encore équipé d’une vieille tubulure âgée de 20 ans, donc moins étanche. « On a clairement vu la différence. Quand il fait près de -1⁰C, il rentre de l’air froid dans le réseau de tubulure qui fait geler les maîtres-lignes. Ça prend quelques heures de plus le lendemain avant de commencer à couler contrairement à la partie neuve qui est juste à côté. Parfois c’est toute une journée que tu perds quand ça reste gelé », observe celui qui remettra à neuf la tubulure de ces 3 500 entailles cet été. Ayant déjà reçu le classement d’environ 200 barils de son sirop, il note une production plus foncée que la normale, mais aucun défaut de saveur.


Photo : Gracieuseté de Judith Jetté

Photo : Gracieuseté de Judith Jetté

Judith Jetté, Laurentides
Première évaporation : 26 février
Dernière évaporation : 5 avril
Objectif de 2020 : 5 lb à l’entaille
Rendement final : 5,5 lb à l’entaille

Judith Jetté et sa famille ont terminé de désentailler leurs 18 000 entailles le 28 avril dernier, scellant l’issu d’une autre très bonne saison. Elle réfléchit déjà à la production de 2021. Ainsi, elle compte augmenter le nombre d’entailles de 2 500 en louant la terre d’un voisin. Son entreprise devrait également investir dans l’achat de capteurs de fuite. Elle aimerait également accroître son volume de sirop exporté. À ce sujet, bonne nouvelle, l’un de ses clients de la Chine venait juste de la contacter pour effectuer une commande. « C’est bon signe! Surtout que l’exportation, c’est plus rentable, car on peut davantage y faire valoir la valeur du sirop bio. Ici, quand tu vends à des épiceries depuis 20 ans, ils ne veulent pas vraiment que tu montes les prix de tes cannes de sirop parce que tu es devenue bio », explique Mme Jetté, de Mirabel.


Jonathan Blais, Estrie
Première évaporation : 7 mars
Dernière évaporation : 24 avril
Objectif de 2020 : 4 lb à l’entaille
Rendements final : 4,68 lb à l’entaille

« C’est terminé! Aujourd’hui [30 avril], on lave et on désentaille. On a eu pratiquement neuf grosses coulées avec une belle qualité d’eau pour finir la saison. La météo était parfaite avec un retour du froid et de la neige. Les arbres étaient prêts. C’était intéressant en maudit! Ça fait longtemps que je n’avais pas vu une saison finir comme ça », commente-t-il, encore quasi euphorique. Il parle lui aussi d’un assèchement hors du commun du sol. « Les érables ont arrêté de couler d’un coup. Bing! Il n’y avait plus d’eau dans le sol. On n’a pratiquement pas eu de pluie ce printemps, même les ruisseaux en forêt n’ont pas d’eau », dépeint M. Blais. Après une saison mémorable par ses coulées constantes et son haut rendement de sève, il se met déjà à l’ouvrage. « Les rendements de la prochaine saison commencent avec le travail d’aujourd’hui, c’est-à-dire bien laver et désinfecter », affirme l’homme qui attend un sixième enfant avec sa conjointe. L’un de ses vaillants garçons apparaît d’ailleurs sur cette photo.

Photo : Gracieuseté de Jonathan Blais

Photo : Gracieuseté de Jonathan Blais


Yan Gaudet, Témiscamingue
Première évaporation : 17 mars
Dernière évaporation : 27 avril
Objectif de 2020 : 5 lb à l’entaille
Rendement final : 4,5 lb à l’entaille

« On vient d’arrêter [le 27 avril], mais c’est bizarre, car on n’avait pas encore un goût de bourgeon. C’est juste que ça ne coulait carrément plus! Même chose pour tous mes voisins. Les érables ont manqué d’eau, le sol est sec.  On a eu une bonne pluie hier soir, mais c’est trop tard », analyse Yan Gaudet. Ce dernier n’est pas déçu de son rendement, au contraire. « Il y a de gens qui pensent qu’on ne fait même pas de sirop au Témiscamingue! Les trois plus gros producteurs du coin, nous avons fait entre 4,5 et 5 livres à l’entaille. Ce n’est pas gênant », partage-t-il. L’acériculteur affirme qu’il se serait rapproché du 5 lb s’il n’avait pas fait des erreurs de fatigue. « On a perdu cinq drums en oubliant de fermer une valve de drain à la station de pompage. Et le tuyau du dix roues qui nous sert à voyager l’eau a lâché, ce qui nous a fait perdre 3 000 gallons d’eau. Au moins, c’était du sirop de fin de saison. C’est un peu moins fâchant », précise-t-il.

Photo : Gracieuseté de Yan Gaudet

Photo : Gracieuseté de Yan Gaudet