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Veau de lait : un cas isolé qui salit toute la filière

Des scènes de cruauté envers les animaux, filmées sur une ferme du Québec, ternissent l’image de la production de veaux de lait.

Les scènes ont été tournées à l’aide d’une caméra cachée par un enquêteur de l’organisme Mercy for Animals Canada, qui a travaillé de décembre 2013 à février 2014 dans une ferme de Pont-Rouge. La caméra cachée y a capturé des images de négligence et de cruauté, notamment des employés donnant des coups de pied et de poing aux veaux et les torturant, de même que des animaux malades et blessés laissés souffrants et mourants dans leurs propres déjections sans soins vétérinaires appropriés.

Mercy for Animals dénonce également l’utilisation de cages « couvertes d’excréments et à peine plus grandes que leur propre corps ». Le Dr John Webster, professeur émérite et spécialiste des méthodes d’élevage à l’Université de Bristol, à qui le groupe de pression a demandé son avis, juge qu’il s’agit du « système le pire et le plus cruel que j’ai jamais vu […]. Le système vu sur la vidéo est maintenant illégal en Europe, tant en ce qui concerne le logement individuel que le refus à de l’alimentation solide contenant des fibres digestibles suffisantes », rapporte Mercy for Animals. L’Union européenne interdit les cages individuelles dans l’élevage de veaux de lait depuis 2007.

Antiviande

Les vidéos ont été diffusées à heure de grande écoute par la chaîne télévisée CTV. Mercy for Animals a du même coup lancé la campagne La cruauté des cages. Confinés, enchaînés et maltraités : l’industrie du veau démasquée. L’organisation invite maintenant les consommateurs à délaisser le veau de même que les produits laitiers. « Bien que la cruauté et la violence sont des pratiques courantes dans l’industrie du veau au Canada, les consommateurs touchés par ces images peuvent aider à mettre fin à la souffrance inutile des veaux et d’autres animaux de ferme en choisissant un régime végétalien », fait valoir le groupe de pression.

Délimax

André Blais, responsable du développement et de la commercialisation pour Délimax, l’un des deux principaux joueurs de l’industrie du veau, juge « inacceptables » les comportements dévoilés par Mercy for Animals. La ferme où les images ont été tournées est une entreprise indépendante à laquelle Délimax vend des services. « C’est un cas isolé; ce ne sont pas des pratiques communes de l’industrie », indique M. Blais. Il fait valoir que Délimax est « une entreprise sérieuse qui a déjà pris les devants à plusieurs égards ». Avec son réseau de fermes associées, la compagnie produit annuellement un peu plus de 100 000 veaux lourds. Elle a notamment été la première à bannir l’utilisation des bâtons électriques, illustre le directeur. « Nous avons des programmes de formation depuis deux ans pour les transporteurs et les techniciens en élevage. Nous avons des protocoles de formation continue et des cahiers de charges », continue-t-il. L’entreprise songe aussi à renforcer la formation offerte aux éleveurs.

« Avec les images que nous avons vues, les gens ont compris que nous avons un rôle à jouer. Nous avons toujours agi de façon très responsable face aux conditions humanitaires. Les veaux, c’est notre gagne-pain. Nous ne pouvons pas les traiter à coups de pied dans le derrière », insiste André Blais. Pour ce qui est des cages, le directeur rappelle que les éleveurs québécois se sont donnés jusqu’en 2018 pour cesser leur usage. « Le changement est en train de se faire ferme après ferme. L’industrie s’est prise en main », assure-t-il.