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Une entreprise caprine livre tout son lait au Vermont

PRINCEVILLE — Pour se développer et prospérer dans le secteur caprin, Sophie Girouard et Dominic Brie ont choisi le Vermont, où ils exportent depuis deux ans la totalité de leur production.

« On avait peur que la succursale où on livrait notre lait de chèvre à Princeville ferme ses portes lorsqu’elle a été vendue. Il y avait beaucoup d’incertitude et on voulait voir notre entreprise prendre de l’expansion. Ce n’était pas possible au Québec. On a décidé de se tourner vers les États-Unis pour y arriver », explique Dominic Brie.

Les propriétaires de la Ferme Girobrie ont réalisé des efforts assidus pour concrétiser le projet après le premier contact avec l’exploitation Vermont Creamery en octobre 2015. « Il y a eu beaucoup de paperasse pour obtenir tous les permis requis », indique le producteur. Plus d’une année de préparation a été nécessaire sur le plan administratif.

Anabel, Mégan, Madison et Chloé semblent apprécier les chèvres autant que leurs parents Dominic et Sophie. Photo : Frédéric Marcoux

Des coûts importants

Dominic Brie a travaillé comme camionneur pendant une vingtaine d’années avant de devenir agriculteur. Son passé lui est aujourd’hui d’une grande utilité puisque l’entreprise a déboursé 140 000 $ pour acquérir un camion et une citerne afin de livrer elle-même son lait. Dominic se rend donc au pays de l’Oncle Sam deux fois par semaine pour effectuer la livraison. Les assurances pour le camion et la citerne lui coûtent 20 000 $ par année, tandis que les frais de douane s’élèvent à 15 000 $ US annuellement.

« Le taux de change nous donne un coup de main, reconnaît le père de quatre enfants. On ne fait pas plus d’argent que si on vendait le lait au Québec parce que ça nous coûte plus cher de transport. On a cependant le sentiment d’avoir pris la bonne décision au bon moment. »

Le couple croit que l’avenir de la production caprine passera par un contact direct entre l’agriculteur et le transformateur. De plus, il fait remarquer que la traçabilité est de plus en plus à la mode et que les consommateurs veulent connaître -l’origine des produits qu’ils achètent.

« Ce qui est bien avec l’entreprise du Vermont, c’est que nous sommes des partenaires d’affaires et nous estimons être un maillon important de la chaîne. On a un fort sentiment d’appartenance à l’égard de la compagnie », indique Sophie Girouard.

Alors que plusieurs entreprises caprines hésitent à prendre de l’expansion au Québec, la Ferme Girobrie prévoit augmenter graduellement son cheptel de chèvres qui est présentement composé de 1 000 bêtes. L’avenir est cependant loin d’être assuré, rappelle Dominic Brie. « Le jour où les frontières ferment, je n’ai plus rien, insiste-t-il. C’est un risque quotidien. » 

Quatre autres producteurs emboîtent le pas

Depuis quelques mois, Dominic Brie transporte également le lait d’autres entreprises établies au Centre-du-Québec et en Montérégie : les fermes R. Dubé, S. Girard, Béliry, Katica et Reto Pfeiffer. La propriétaire de cette dernière entreprise, Maude Caron, soutient que l’instabilité présente au Québec a influencé sa décision de se tourner vers le Vermont.

Contrairement aux autres du groupe, elle n’y expédie toutefois pas la totalité de sa production. « On cherchait à trouver de nouveaux marchés, souligne Mme Caron. En novembre, la compagnie du Vermont nous a dit qu’elle voulait notre lait. Même si les usines d’ici ont été chiantes avec les producteurs, pour le dire comme ça, je n’étais pas prête à leur fermer la porte. Comme ça, si ça se termine un jour aux États-Unis, j’aurai d’autres options. »

Pour le moment, elle exporte le tiers de sa production. L’agricultrice de Notre-Dame-du-Bon-Conseil croit fermement que la découverte de nouveaux marchés comme le Vermont et l’ouverture souhaitée d’usines de transformation dans la Belle Province pourraient contribuer à assurer l’avenir des éleveurs caprins du Québec.