Élevage 22 octobre 2018

Le porc jouera son avenir devant la Régie

Après des mois de négociations, les Éleveurs de porcs du Québec et les abattoirs de la province demandent à la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec (RMAAQ) de trancher leur différend concernant la négociation d’une nouvelle formule de prix.

Six jours d’audiences sont prévus entre le 20 et le 30 novembre. Les Éleveurs proposent d’établir le prix des porcs en tenant compte de la valeur des coupes de viande dans le but d’établir un meilleur partage de la richesse entre les différents maillons de la chaîne d’approvisionnement. La partie adverse s’y oppose.

« Nous sommes très, très loin l’un de l’autre, admet le président des Éleveurs, David Duval. L’avenir de notre production va être présenté à la Régie. C’est un moment charnière pour toute l’industrie. Les producteurs vont jouer gros. »

Manque de porcs

Depuis l’embellie de 2014, les années peu propices à l’investissement se sont succédé pour les éleveurs. La production québécoise a ainsi fléchi d’un million de têtes depuis le sommet de huit millions de porcs atteint en 2009. Pendant ce temps, les transformateurs investissent dans leur croissance, font remarquer les Éleveurs. Olymel travaille sur un projet d’augmentation de sa capacité d’abattage de plus de 600 000 têtes tandis que F. Ménard/Agromex caresse le projet d’ouvrir un second quart de travail, ce qui ferait bondir ses volumes de 800 000 bêtes/année. Les transformateurs québécois importent 1,5 million de porcs de l’Ontario pour remplir leurs usines.

Pour David Duval, la seule façon de convaincre les producteurs d’investir dans leurs entreprises pour répondre à la demande de porcs passe par un meilleur revenu du marché. À la fin de l’été, le prix au Québec a dégringolé de près de 50 % en neuf semaines, une première en 20 ans. Après ce creux historique, le prix du porc a amorcé une remontée au cours des dernières semaines.

Sous-investissements

Le nouveau bulletin BioClips, du ministère de l’Agriculture du Québec sur les investissements agricoles entre 2005 et 2016, révèle que les secteurs de l’élevage (porc et bœuf) traînent de la patte au chapitre des investissements. En 2016, les sommes investies par les producteurs sont passées à 323 M$, soit une baisse près de 200 M$ par rapport à 2008. Le début des années 2010 a été caractérisé par une hausse du prix des cultures végétales, donc des coûts d’alimentation pour les productions animales. En même temps, ces secteurs ont dû négocier avec des prix de vente moins favorables. Cette conjoncture explique que les éleveurs aient choisi de ne pas réinvestir autant dans leurs fermes, mentionne la publication.