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L’abreuvoir des poules en liberté. Photos : Thierry Larivière/TCN

L’abreuvoir des poules en liberté. Photos : Thierry Larivière/TCN

Le point sur les poules en liberté

SAINT-EDMOND-DE-GRANTHAM — Le virage vers la production d’œufs avec des poules en liberté a été important au cours des six dernières années, mais qu’a-t-on appris de plus depuis les débuts de cet élevage et de ce marché? La Terre est allée à la rencontre d’un des pionniers de cette production au Québec, Gislain Houle. 

Ce dernier a commencé par modifier un premier poulailler pour l’élevage de 35 000 poules en liberté il y a un peu plus de six ans. En 2015, il fait construire un second poulailler en volière de 28 000 têtes. La famille Houle dispose aussi de 58 000 poules en cages conventionnelles à Saint-Germain-de-Grantham, mais devrait prochainement les convertir en volières.

« Oui, c’est plus d’ouvrage, mais la proximité avec les oiseaux est là. Tu es avec eux », explique Gislain Houle, qui précise que le temps de réaction de l’éleveur en volière est primordial parce que les problèmes sont vite amplifiés.

« Au début, plusieurs ont commencé par un nouveau pondoir et non par l’éleveuse. Je leur disais qu’ils commençaient à l’envers », rappelle Gislain, qui précise qu’il est important d’élever les poulettes en liberté dès le départ pour qu’elles soient déjà habituées à grimper vers les abreuvoirs et les nids une fois qu’elles sont dans le pondoir en volière. Pour y arriver, il faut rester dans l’éleveuse au moins les deux premières nuits et monter les poules qui restent par terre. L’arrivée de l’éleveur finit par jouer le rôle du prédateur des poules et celles-ci cherchent à se percher le soir par sécurité. Sans cet entraînement, il peut y avoir des centaines d’œufs pondus par terre plutôt que dans les nids.

« Le secret, c’est une chaudière à l’envers pour s’asseoir et regarder », explique Gislain, qui précise qu’il faut parfois ajuster le cycle et l’intensité d’éclairage en fonction de chaque lot de poules pour mieux contrôler leur agressivité. La séquence d’ouverture des portes dans la volière (du bord vers le milieu du poulailler) est également importante pour éviter que les poules se collent sur les murs. Dans les « mauvais lots » plus agressifs, la mortalité peut augmenter jusqu’à 5 %, mais elle se situe plus souvent à 1,5 %. Les petits ajustements pour calmer les poules ont donc leur importance.

Selon l’éleveur aguerri, l’autre point majeur à surveiller en volière est de s’assurer d’avoir un fumier sec pour une bonne gestion de la litière. Le grattage et le pelletage ne sont en effet pas évidents avec les oiseaux en liberté. L’ajustement de la composition de la moulée et l’adoucissement de l’eau permettent d’éviter les excès de sel ou d’autres minéraux qui ont un effet laxatif sur les poules. Une argile bentonite est également ajoutée à l’alimentation pour obtenir des fientes plus sèches.

Gislain Houle dans sa deuxième volière.

Gislain Houle dans sa deuxième volière.

Génétique pour l’élevage en liberté

« Ça va prendre des poules moins agressives », estime Gislain Houle, qui a obtenu deux lots de petites poulettes plus difficiles à élever. Il souligne qu’une poule agressive en cage peut faire du tort à six ou sept autres de ses congénères et que la hiérarchie s’établit en une heure. En liberté, une poule agressive peut faire plus de carnage. L’éleveur souligne que sans le taillage du bec au laser, interdit en Allemagne, l’élevage en volière pourrait être plus complexe.

Il est certain que la sélection génétique joue un rôle majeur. Les travaux du chercheur William Muir, de l’Université Purdue, aux États-Unis, ont d’ailleurs montré que la sélection constante des poules pondeuses les plus productives ne donne pas toujours les meilleurs résultats. Dans une expérience menée dans les années 1990, il a comparé deux modes de sélection génétique des poules. Dans un premier scénario, il choisissait la plus productive de neuf poules dans une même cage et replaçait les volailles ainsi sélectionnées dans une nouvelle cage de neuf. Après quelques générations, la productivité a chuté. En effet, les poules les plus productives étant aussi les plus agressives, la mortalité augmentait. Dans un second scénario, le professeur Muir sélectionnait la meilleure cage de neuf poules sans séparer les individus d’une cage productive. Après quelques générations de cette deuxième approche, la production d’œufs a augmenté de 160 %.

Marché au ralenti

« Aujourd’hui, le marché [des œufs de poules en liberté] stagne un peu. On commence à revoir des bâtiments construits avec des cages aménagées », indique Gislain Houle. Les contrats avec une prime de 0,25 $ la douzaine pour les poules en liberté ne sont plus disponibles en aussi grande quantité. Après les poules en liberté (free run), les poules en parcours libre (free range) semblent avoir la cote. Gislain Houle songe d’ailleurs à installer des sorties vers l’extérieur pour produire en partie en parcours libre. À ce stade, il ne manquerait d’ailleurs pas beaucoup de modifications autres que la moulée certifiée pour produire des œufs biologiques. Le prochain poulailler de la ferme Houle sera une volière, et le producteur est prêt à attendre jusqu’à cinq ans, si nécessaire, avant d’obtenir une prime pour ses œufs. Il précise qu’il n’avait pas de contrat pour les poules en liberté au départ et qu’il en a trouvé un pour la compagnie Hellmann’s avec l’aide de son classificateur.

Gislain Houle estime que le marché global des œufs de spécialité peut changer d’orientation et il constate d’ailleurs une hausse du parcours libre et une baisse du biologique dans les derniers mois. Par contre, comme le marché des œufs est « une tarte qui grossit », le producteur estime que ce sera positif pour les œufs de spécialité à moyen et long terme. Les œufs conventionnels à plus bas prix auront sans doute toujours leur place aussi, étant donné la logique de certains distributeurs qui misent avant tout sur les bas prix pour attirer la clientèle.