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La présidente d’Alpagas Québec, Nathalie Poirier, espère qu’une certification de la fibre québécoise verra le jour d’ici trois ans. Photo : Gracieuseté de Nathalie Poirier

La présidente d’Alpagas Québec, Nathalie Poirier, espère qu’une certification de la fibre québécoise verra le jour d’ici trois ans. Photo : Gracieuseté de Nathalie Poirier

Les éleveurs d’alpagas en quête de reconnaissance

L’élevage d’alpagas au Québec a beaucoup évolué depuis l’arrivée des premiers animaux sur le territoire vers la fin des années 1990. Des éleveurs qui ont investi beaucoup de temps et d’argent pour améliorer la qualité génétique de leur troupeau aimeraient d’ailleurs que leur industrie soit prise plus au sérieux.

Natasha Gagné

Natasha Gagné

MONT-SAINT-HILAIRE – Dans un secteur touristique de Mont-Saint-Hilaire en Montérégie, Natasha Gagné et Daniel Poissant ont bâti depuis dix ans un enviable cheptel de 200 alpagas qui les place parmi les plus gros éleveurs du Québec. Mais ce n’est pas nécessairement le nombre d’animaux qui compte, spécifie Mme Gagné lorsque La Terre l’a rencontrée au milieu de ses alpagas aux allures de gros toutous. « La qualité de la fibre produite par nos animaux a une grande importance, et pour atteindre cette qualité, il faut travailler la génétique du troupeau », signale-t-elle.

La productrice fait remarquer que les petits éleveurs qui achètent des alpagas pour le plaisir et qui revendent la fibre à bas prix, parfois sans connaître les critères de qualité, constituent une menace pour son travail et pour la confiance des consommateurs. Un avis que partage Nathalie Poirier, présidente d’Alpagas Québec. « Certains vendent même de la fibre provenant du Pérou à bas prix sans en préciser la provenance. Toutes ces situations nuisent aux éleveurs qui ont mis du temps et de l’argent pour développer un produit de qualité », déplore celle qui est propriétaire d’un élevage de 150 alpagas aux Éboulements, dans Charlevoix.

Vers une certification de la fibre québécoise

Devant ce défi, Alpagas Québec, qui regroupe environ 35 éleveurs, travaille à établir les critères génétiques et les critères de qualité qui mèneront à la certification de la fibre québécoise « d’ici trois ans », espère la présidente Nathalie Poirier. Une telle étape est devenue cruciale pour que cette industrie soit prise au sérieux, assure-t-elle. « La production de textile est souvent dénigrée par rapport à la production alimentaire. Nous avons pourtant plusieurs éleveurs qui ont aujourd’hui des troupeaux allant jusqu’à 200 alpagas et qui ont fait un travail génétique reconnu au Canada, aux États-Unis et même ailleurs dans le monde », souligne-t-elle (voir texte en page 5).

Le premier pas vers la certification, qui sera complétée cet automne, consiste à mettre en place un code de bonne pratique en matière de bien-être animal en collaboration avec le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). « Certaines personnes s’achètent encore des alpagas sans trop savoir dans quoi ils s’embarquent. C’est pourtant un animal qui a des besoins spécifiques », mentionne Mme Poirier. 

Potentiel de développement du textile

Le potentiel de développement pour le textile est immense, croit René Desharnais, propriétaire du Domaine des Nobles Alpagas, à Sutton, en Estrie. « On estime qu’il faudrait environ trois millions d’alpagas au Canada afin de répondre à la demande pour les produits fabriqués avec cette fibre. Or, notre cheptel [au pays] est d’environ 22 000 têtes. » Il mentionne par ailleurs que cette production peut être très rentable, alors que la valeur marchande pour la fibre de mouton est d’environ 0,17 $, comparativement à 35 $ la livre brute pour la fibre d’alpaga de qualité moyenne. « Et le prix continue de progresser plus la qualité augmente », illustre l’éleveur, dont le troupeau compte 90 têtes.

La couleur dominante de l’alpaga est le blanc. C’est aussi la couleur la plus recherchée pour la production de textile, puisqu’on peut la teindre plus facilement. Photo : Patricia Blackburn/TCN

La couleur dominante de l’alpaga est le blanc. C’est aussi la couleur la plus recherchée pour la production de textile, puisqu’on peut la teindre plus facilement. Photo : Patricia Blackburn/TCN


La petite histoire de l’alpaga au Québec

L’alpaga est un animal de la famille des camélidés que l’on retrouve principalement en Amérique du Sud, où il est élevé pour sa fibre, mais également pour la viande. Il a été importé au Canada dans les années 1990, d’abord dans l’ouest, puis progressivement dans les autres provinces.

Le Québec a été parmi les dernières à importer l’animal, raconte l’éleveur Gérard Perron, copropriétaire de l’entreprise Ariya Alpacas, à Bolton-Ouest, en Estrie. Il explique qu’à partir des années 2000, plusieurs fermes ont acquis des alpagas des provinces voisines, mais sans égard à la qualité des animaux. « Il y avait un certain engouement lié à l’effet de nouveauté, mais encore peu de connaissances sur les critères de qualité génétique », mentionne-t-il.

Plusieurs éleveurs ont ainsi acheté à gros prix des alpagas de qualité médiocre, et ont par la suite eu du mal à rentabiliser leur entreprise. « Certains ont dû changer leur modèle d’affaire pour faire de l’agrotourisme et fabriquer du feutre avec leur fibre de mauvaise qualité, mais beaucoup d’autres ont dû fermer », rapporte M. Perron.

La situation s’est aujourd’hui stabilisée, avec quelques éleveurs sérieux qui ont développé une expertise, bien qu’il reste encore plusieurs fermes qui possèdent des alpagas à d’autres fins que celle de la production de fibre.

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Ce texte est issu d’un dossier complet sur les alpagas, paru dans l’édition du 21 septembre 2022 de La Terre de chez nous.