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Capteur de données inséré dans les ruches, une innovation de l’entreprise québécoise Nectar. Photo  : Marc-Alain Soucy

Capteur de données inséré dans les ruches, une innovation de l’entreprise québécoise Nectar. Photo  : Marc-Alain Soucy

L’apiculture à l’ère des ordinateurs

MONTRÉAL — Ce n’est plus un rêve futuriste : les ordinateurs sont entrés dans les ruches, ce qui ne rassure pas certains adeptes de l’apiculture traditionnelle. Nectar, une entreprise québécoise, offre déjà d’installer de petits capteurs dans chaque colonie.

Ceux-ci colligent des données sur la température, l’humidité, le son et les mouvements des abeilles. Les renseignements recueillis sont traités par des algorithmes qui informent l’apiculteur sur la santé, le comportement et la vigueur de la ruche. On peut même détecter la présence de la reine, ce qui permet de la remplacer au besoin. Certains y ont vu les premiers pas d’une agriculture de précision appliquée à l’apiculture avec ses métadonnées controversées.

Malcom Sanford, de l’Apis Information Resource Center basé aux États-Unis, observe avec une certaine appréhension le développement de la haute technologie dans le secteur. L’entreprise américaine Dronecopter, par exemple, a mis au point un drone pollinisateur qui serait capable de traiter jusqu’à 16 hectares à l’heure dans les plantations d’amandiers et de cerisiers.

On discute de plus en plus d’abeilles transgéniques résistantes aux néonicotinoïdes (neonic-ready) et de miels complètement artificiels à bas prix. C’est sans compter la recherche qui se réalise dans le but de créer des plantes génétiquement modifiées capables de se passer de pollinisateurs.

Apimondia

Ces nouvelles façons de faire étaient abordées au 46e Congrès international d’apiculture Apimondia, où le cœur des participants à la table ronde portant sur les défis du secteur balançait entre le désir de perpétuer les -traditions et les promesses des nouvelles technologies.

Presque tous ont mentionné vouloir privilégier l’approche qui favorise le respect de la nature des abeilles et de leur environnement. Des apiculteurs se sont même dits prêts à ralentir la cadence et à diminuer leurs revenus pour -protéger leurs ruches.

Ils ont même remis en question les services de pollinisation responsables de nombreux transports, la multiplication des reines qui nuirait à la biodiversité ainsi que l’agriculture intensive qui nécessite plus de pesticides et menace les populations de fleurs. Bref, on souhaiterait revenir à une apiculture plus traditionnelle qui ne stresse pas les abeilles.

Sondage

L’animateur Gilles Ratia, d’Apiservices France, a procédé à un sondage auprès d’apiculteurs d’une cinquantaine de pays concernant leurs préférences. La moitié s’est dite en faveur de l’apiculture traditionnelle alors que l’autre moitié privilégiait les technologies modernes. Un deuxième vote a fait la quasi-unanimité. On souhaite faire appel à une apiculture traditionnelle tout en bénéficiant de l’apport de nouvelles technologies. Le meilleur des deux mondes, quoi!

La table ronde était commanditée par Miels d’Anicet, l’une des entreprises apicoles les plus connues au Québec. Son propriétaire, Anicet Desrochers, s’est dit très heureux des conclusions de la rencontre. « Je suis d’accord avec l’emploi des technologies modernes. On est rendus là, a fait valoir l’apiculteur de Ferme-Neuve dans les Hautes-Laurentides. Moi, je veux une apiculture souple et douce, mais j’ai besoin d’en vivre aussi. J’utilise des techniques bio-intensives raisonnées et responsables. » 

Les apiculteurs veulent sortir de l’ombre

En entrevue à La Terre, Anicet Desrochers a déploré que l’apiculture québécoise ne soit pas en lien plus direct avec le monde agricole. « Les enjeux politiques et économiques des producteurs bovins, porcins, maraîchers et autres devraient être mis sur la table avec les nôtres, a-t-il affirmé. Les apiculteurs québécois doivent être intégrés aux discussions. Actuellement, on est délaissés. On est dans l’ombre. »