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Josée Toupin

Josée Toupin

L’abattage à la ferme réclamé pour les grands gibiers

Devant les difficultés de faire abattre leurs bêtes, des éleveurs de grands gibiers aimeraient que la réglementation soit revue afin de leur permettre d’abattre leurs animaux à la ferme.

La présidente de la Fédération des éleveurs de grands gibiers du Québec, Josée Toupin, explique que les abattoirs fédéraux sont rares et que les provinciaux n’acceptent pas toujours les grands gibiers. Elle mentionne que certaines bêtes, comme les bisons, peuvent impressionner par leur grosseur, alors que d’autres, comme les cerfs rouges, peuvent sauter.  « Les abattoirs ne sont pas toujours adaptés à nos élevages. Certains ne sont pas intéressés et d’autres nous disent qu’ils vont peut-être arrêter. Ça crée des inquiétudes », indique la copropriétaire de La terre des bisons, située à Rawdon dans Lanaudière.

Puisque plusieurs éleveurs effectuent des ventes directement à la ferme, en circuit court, il serait plus facile pour eux si l’abattage à la ferme était permis. Cependant, les éleveurs sont conscients qu’ils devraient continuer de passer par un abattoir fédéral pour leurs ventes à l’extérieur de la province.

Simon Bourgeois et sa conjointe Nathalie Tremblay, qui sont en processus pour reprendre la ferme familiale Les grands gibiers de la Matanie, à Matane, confirment que l’abattage est leur plus gros défi. L’abattoir le plus près n’accepte pas toutes les espèces de grands gibiers. Ils doivent donc se tourner vers un autre situé à 400 km de leur ferme, ce qui engendrera des frais de transport. « Pouvoir abattre à la ferme ferait toute la différence pour la rentabilité », avance M. Bourgeois, qui prévoit surtout faire de la vente à la ferme.

D’ici cinq ans

La Fédération des éleveurs de grands gibiers du Québec aimerait que le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) revoie la Règlement sur les aliments et la Loi sur les produits alimentaires afin de leur permettre d’effectuer eux-mêmes l’abattage.

« On nous a dit d’ici cinq ans. C’est long, cinq ans! Il faudrait trouver une manière d’accélérer peut-être avec des projets pilotes », suggère Mme Toupin, qui siège à la Table de développement de mise en marché de proximité, où la question a été abordée.

Yohan Dallaire Boily, relationniste au MAPAQ, réitère que « la commercialisation en circuit court est au centre des préoccupations du Ministère » et précise que des travaux afin de moderniser la réglementation sont en cours afin d’offrir plus d’accessibilité aux abattoirs et pour faciliter les circuits de proximité, sans compromettre la salubrité des aliments et le bien-être ­animal.

Projet pilote concluant dans la volaille

À l’automne dernier, un projet pilote d’abattage de poulets à la ferme provenant de productions artisanales sans quota a été mis sur pied. « Ce projet a permis de recueillir des informations pertinentes sur les enjeux, notamment de salubrité, qui entourent cette pratique », indique Yohan Dallaire Boily, porte-parole du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. Le ministre André Lamontagne a d’ailleurs confirmé en entrevue avec La Terre que le projet pilote s’avère concluant et qu’un projet de loi afin de moderniser la Loi sur les produits alimentaires pour permettre l’abattage de volailles à la ferme pourrait être déposé à l’automne.