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Juillet, le mois de tous les records

D’un bout à l’autre de la filière bovine, les records de prix s’accumulent. Avec un approvisionnement serré en bovins, des coûts d’alimentation en baisse et une demande en viande vigoureuse, tous les ingrédients sont réunis pour faire gonfler les prix.

« Ce sont des prix jamais vus. Les producteurs sont encouragés », affirme la présidente du comité de mise en marché des veaux d’embouche, Thérèse Carbonneau.

Depuis le début de l’année, les éleveurs notent une progression constante du cours des veaux de boucherie. « On n’a jamais vu une telle vitesse de croissance. Ça fait sursauter tout le monde », témoigne Stanley Christensen, vice-président du comité de mise en marché. À la mi-juillet, en Ontario et dans l’Ouest, les mâles castrés de 650 lb se sont vendus en moyenne à 2,50-2,60 $/lb.

Certaines catégories ont dépassé le cap des 3 $/lb. Depuis le printemps 2013, l’augmentation des prix tourne autour de 40 à 50 %. Bien qu’il soit difficile de prédire l’avenir, l’embellie devrait perdurer quelques années, estiment les deux dirigeants. M. Christensen a d’ailleurs pu constater le même enthousiasme chez ses confrères de l’ouest du pays. Cette situation encourage les producteurs à augmenter la taille de leurs troupeaux. Au cours des dernières années, le cheptel québécois a perdu des plumes. De 240 000 vaches en 2007, il se situe maintenant à un peu plus de 170 000. Le dernier record de prix remonte à 2001. « Les prix de 2001 et 2014 ne sont pas si élevés que ça par rapport au creux de la crise de la vache folle », ajoute M.
Christensen.

Du côté des parcs

Les parcs d’engraissement touchent également des prix historiques pour leurs bouvillons. Ils doivent cependant travailler avec des marges de plus en plus réduites, nuance le président du comité de mise en marché de bouvillons d’abattage, Michel Daigle. Les prix ont amorcé leur remontée depuis un peu plus d’un an, mais ils ont littéralement explosé cet hiver. Ils se situent actuellement dans la fourchette des 2,50-2,80 $/lb carcasse. Bien que les engraisseurs s’en réjouissent, ils doivent négocier avec la hausse de la valeur des veaux d’embouche. « Les coûts d’approvisionnement ont explosé et ils ont augmenté plus vite que le prix des bouvillons. Les marges sont vraiment très serrées », insiste M. Daigle.

La production québécoise de bouvillons a fondu, passant de 214 000 têtes en 2008 à 118 000 têtes en 2013. « On souhaitait retrouver un certain niveau de croissance, mais je ne suis pas sûr qu’on va y arriver », ajoute le dirigeant. Pour l’instant, les propriétaires de parcs continuent de surveiller de près les cours du maïs et des veaux d’embouche.

Les bovins de réforme n’échappent pas à la vigueur du marché. Plusieurs maisons d’enchères roulent en deçà des volumes d’il y a un an.

Depuis janvier, le prix moyen des bonnes vaches s’est apprécié d’environ 44 %. Il dépasse le 1 $/lb vif, indique la firme CanFax. Les abattages de vaches de réforme en Amérique du Nord sont d’ailleurs en baisse de 12 % par rapport à 2013, révèle Ann Fornasier, agroéconomiste, dans une analyse des marchés publiée par la Fédération des producteurs de bovins du Québec (FPBQ).

Ingrédients

Il faut remonter quelques années en arrière pour comprendre cette conjoncture. La grande sécheresse qui a frappé les États-Unis, et qui a culminé en 2012, a poussé plusieurs ranchers américains à liquider leurs troupeaux. Puis la montée fulgurante de la demande en maïs, alimentée notamment par l’industrie de l’éthanol, et l’explosion subséquente des coûts d’alimentation ont accéléré la diminution du cheptel bovin américain. Ce dernier se situe à son plus bas niveau depuis les années 1950. Sans oublier que la crise de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) et les déboires financiers des États-Unis avaient déjà fragilisé la filière bovine. Le Canada n’échappe pas à cette tendance. Dans l’est du pays, la chute du cheptel vache-veau depuis 2004 frôle les 30 %, révèle l’analyse de la Fédération.

À l’horizon

Devant les perspectives alléchantes du marché, plusieurs éleveurs choisissent de garder leurs veaux femelles pour la reproduction, diminuant ainsi le nombre de bêtes destinées au marché de la viande. « Compte tenu du cycle de production des bovins, il faut compter environ deux à trois ans après le début de la reconstruction du cheptel vache-veau avant d’observer une hausse notoire de la production », résume l’analyse de la FPBQ. Cette rareté du bétail se répercute sur le prix de la viande. De 1999 à aujourd’hui, le prix moyen du bœuf au détail a bondi de 75 %, révèle le document.

Selon la coopérative financière Northwest Farm Credit Services, les prix aux États-Unis ont augmenté de près de 13 % depuis le début de l’année. En mai, la catégorie Choice a atteint un sommet de 5,91 $/lb. Selon plusieurs analystes, le prix du bœuf devrait cependant ralentir sa course puisque lors des grandes chaleurs, les consommateurs tendent à réduire leurs achats de viande.

Mais qu’en est-il de la part qui revient aux éleveurs? Au tournant des années 2000, ce ratio « prix payé aux producteurs sur le prix au détail » tournait autour de 39 %, avant de plonger sous la barre des 30 % durant la crise de la vache folle, indique le rapport de la FPBQ. Depuis le début de 2014, il a rejoint les 35 %.

La plupart des analystes prédisent que l’embellie devrait se poursuivre au cours des mois à venir et des prochaines années. Selon Northwest Farm Credit Services, les prévisions demeurent favorables pour la 2e moitié de l’année, avec des prix soutenus par la faiblesse des approvisionnements, la diminution du coût des aliments et la vigueur de la demande, tant aux États-Unis que sur les marchés internationaux.

Pour sa part, l’analyse de la FPBQ estime que les prix devraient rester relativement élevés (hormis les variations saisonnières) pour quelques années encore.