fbpx
Les parcs collectifs contiennent en moyenne cinq veaux à la ferme d’Hélène Poitras. Crédit photo : Myriam Laplante El Haïli/TCN

Les parcs collectifs contiennent en moyenne cinq veaux à la ferme d’Hélène Poitras. Crédit photo : Myriam Laplante El Haïli/TCN

Élevage de veaux : « Oh! ils ont l’air heureux » – Hélène Poitras

ANVILLE — Dans l’étable de la ferme d’Hélène Poitras, il n’est pas rare de voir quelques veaux gambader dans leurs nouveaux parcs collectifs. Les 386 veaux de lait sont plus propres, plus gros, mais surtout plus heureux depuis qu’ils sont entrés dans la nouvelle étable conforme aux récentes normes de bien-être animal. Cependant, il est encore trop tôt pour dire si ces améliorations se traduiront par des bénéfices pour la productrice.

Au Québec, les producteurs de veaux de lait avaient jusqu’au 31 décembre 2018 pour conformer leurs installations aux nouvelles normes de bien-être animal. L’étable de Mme Poitras comporte maintenant des fenêtres, de nouvelles lumières, un système de ventilation plus performant, des parcs collectifs, des abreuvoirs et des planchers en lattes de bois espacées. Dans un des parcs réservés aux animaux faibles, un caoutchouc supplémentaire a également été ajouté. Ces importantes modifications n’altèrent pas la charge de travail quotidienne de la productrice, mais réduisent son temps de travail d’une demi-heure par jour.

Des animaux heureux

La vie en parc collectif comporte plusieurs avantages. « Les veaux sont plus confortables, en santé et aiment être ensemble », souligne Mme Poitras. Les animaux ne sont plus attachés, ce qui réduit leur stress, mais aussi les risques d’étouffement et de mortalité. « Ils sont mis dans des petits parcs [individuels] pendant 30 jours, puis ils sont sortis dans les parcs collectifs [pour le reste du cycle], mais c’est beaucoup moins d’ouvrage que de les attacher », indique Mme Poitras. Regroupés en parc collectif de cinq ou six têtes, les veaux sont d’une plus grande propreté, ont suffisamment d’espace pour se coucher en même temps et ont moins de marques de blessures sur le corps. Globalement, ils sont moins nerveux à l’étable, et la productrice estime qu’au moment d’aller à l’abattoir, ils seront plus calmes. Un des seuls inconvénients soulevés par Mme Poitras est le temps passé à essayer d’attraper un veau problématique pour le faire sortir du parc.

Pour les employés, la disposition des parcs permet de repérer plus facilement les veaux malades, le nourrissage en auges diminue les dégâts et accélère le temps de travail, et la nouvelle luminosité rend l’espace de travail bien plus agréable. Une fois vidé, le bâtiment sera aussi plus facile à nettoyer.

Hélène Poitras est propriétaire de sa ferme de veaux de lait depuis 2008.

Hélène Poitras est propriétaire de sa ferme de veaux de lait depuis 2008.

Rentabilité

Difficile de savoir si l’aventure sera rentable pour la productrice, puisque les premiers veaux à être entrés dans la nouvelle étable n’avaient pas encore complété leur cycle d’engraissement au moment de mettre sous presse. Mme Poitras peut d’ores et déjà affirmer que la durée de l’élevage s’est considérablement allongée, passant de 140 à 182 jours. Par conséquent, elle ne pourra produire que deux lots par année au lieu de deux lots et demi. Les veaux consommeront aussi plus de lait et de grain. Par contre, à l’abattoir, ils seront plus lourds et leur prix, plus élevé. « Ça dépend de la quantité de lait consommée pour le poids qu’ils ont pris; ce sera à voir », soutient la productrice.

D’autant plus que les travaux d’aménagement de l’étable ont coûté 220 000 $ et que Mme Poitras n’a toujours pas reçu, près d’un an après son acceptation au programme d’aide aux investissements en matière de bien-être animal, la subvention qu’elle attendait. « Je suis déçue », a-t-elle signalé. Puisque l’acquisition de ses parcs collectifs a été financée et comme ils ne lui appartiennent pas, elle n’a pas encore eu droit à la subvention de 50 000 $. « Ce que [le conseiller] du MAPAQ ne savait pas, puisque j’ai été la première à faire la demande de parcs et de subvention, affirme-t-elle. J’ai montré la facture payée et ça ne passe pas. » Le dossier est maintenant entre les mains de La Financière agricole du Québec.

Rénover pour vendre

Hélène Poitras et son défunt mari n’étaient pas agriculteurs lorsqu’ils ont fait l’acquisition de cette ferme en 2008. Pour concrétiser le rêve agricole de ce dernier, le couple et ses deux garçons établis en Ontario depuis une trentaine d’années avaient alors décidé de revenir au Québec. « Les compagnies de veaux offrent l’aide technique; elles viennent chercher les veaux, etc. Pour quelqu’un qui commence, c’est super », souligne Mme Poitras. L’entreprise faisait affaire avec Écolait et produisait du veau de lait depuis quatre ans lorsque l’époux de la productrice a reçu son diagnostic de cancer. Il est décédé en 2013. Puis, la faillite d’Écolait en 2017 a compliqué les choses, et après avoir été en arrêt de production pendant deux ans, la ferme a été mise en vente. L’entreprise n’a pas encore trouvé preneur, mais Hélène Poitras espère qu’avec les rénovations récentes, celle-ci se vendra rapidement.

La nouvelle fenestration permet de reproduire le cycle naturel de lumière.

La nouvelle fenestration permet de reproduire le cycle naturel de lumière.