fbpx
Les fermes Pierre Bélanger ont construit un nouveau poulailler en 2018. Celui-ci est doté d’un nouveau système de tunnel ventilation, de sondes et détecteurs d’humidité et de gaz carbonique et d’un éclairage à diodes électroluminescentes (DEL). Photo : Gracieuseté Les Éleveurs de volailles du Québec

Les fermes Pierre Bélanger ont construit un nouveau poulailler en 2018. Celui-ci est doté d’un nouveau système de tunnel ventilation, de sondes et détecteurs d’humidité et de gaz carbonique et d’un éclairage à diodes électroluminescentes (DEL). Photo : Gracieuseté Les Éleveurs de volailles du Québec

D’une pratique artisanale à une industrie hyper connectée

Que reste-t-il de commun entre l’éleveur des années 1970 et celui du XXIe siècle? Pas beaucoup sinon l’amour de l’élevage! Depuis 50 ans, les progrès n’ont cessé de transformer le métier. Et l’intégration des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle apportent de nouveaux outils à des producteurs plus que jamais connectés.

Gestion du chauffage et du taux d’humidité, ambiance dans les poulaillers, réduction des coûts d’énergie, informatisation, construction de bâtiments moins énergivores, à écouter parler Michel Dion, directeur commercial des entreprises Jolco, les transformations techniques de la filière avicole sont nombreuses et la liste interminable. « Les éleveurs sont depuis toujours prêts à découvrir de nouvelles techniques de travail qui vont améliorer le bien-être des animaux et leurs conditions de travail. Il n’y a plus grand-chose de comparable avec l’élevage d’autrefois », dit-il. Un constat que souligne également Yves Choinière, à la tête des établissements de Consultants Lemay & Choinière Inc. « Les progrès sont tout simplement énormes. Nous sommes passés d’un élevage artisanal à un élevage industriel. L’évolution a été particulièrement marquée entre 1985 et 2000. »

Si dans les années 1970, un aviculteur possédait en moyenne entre 4 000 et 5 000 oiseaux, la norme avoisine aujourd’hui 25 000 à 30 000 poulets. Il a fallu adapter les structures. Photo : Gracieuseté Consultants Lemay & Choisnière

Si dans les années 1970, un aviculteur possédait en moyenne entre 4 000 et 5 000 oiseaux, la norme avoisine aujourd’hui 25 000 à 30 000 poulets. Il a fallu adapter les structures. Photo : Gracieuseté Consultants Lemay & Choisnière

Automatisation puis intelligence artificielle

Le plus grand changement tient en un mot : automatisation. Une petite révolution pour l’ensemble de la filière apparue il y a près de 40 ans. Qui se souvient qu’à l’époque, la moulée était alors versée manuellement et directement des grands sacs de 50 livres dans des trémies? « L’apparition d’appareils automatiques fut une grande évolution, affirme Yves Choinière. Nous sommes d’abord passés à des systèmes semi-automatiques avec un silo à grains et à un système de distribution; c’était déjà une sacrée avancée! Plus tard, dans les années 1990, apparaîtront les plats, toujours présents actuellement, et qu’il est possible d’ajuster à la taille des animaux. Et je ne connais plus aucun éleveur qui fasse l’alimentation manuelle. »

Cette automatisation a également permis une grande évolution des systèmes de ventilation : pour parvenir à mieux gérer l’ambiance dans les installations et pour le bien-être animal, les éleveurs disposent de mécanismes leur permettant de définir les températures, mais aussi les variables acceptables souhaitées grâce à des thermostats électroniques, ou bien encore de mesurer et de modifier l’éclairage. « Tout cela est désormais automatisé grâce à un boîtier situé dans le bâtiment. Les producteurs peuvent aussi pratiquer une gestion de l’atmosphère par zone dans le même poulailler », relate Michel Dion de chez Jolco. Plus récente encore, l’apparition de l’intelligence artificielle. « L’éleveur indique la température qu’il souhaite, le taux d’humidité depuis un clavier et c’est le système qui paramètre toutes les données pour obtenir le résultat souhaité », poursuit le spécialiste.

Parmi les dernières tendances qui influencent l’air ambiant, le recours à une ventilation « par tunnel », particulièrement prisée des éleveurs de dindons, plus résistants. « Il s’agit là d’un système qui engendre une circulation d’air et qui améliore l’ambiance pour les oiseaux, mais qui est aussi plus économique », précise Michel Dion. 

L’évolution concerne tous les aspects de l’élevage, comme l’eau. Dans un autre temps, les conduites n’étaient pas munies de régulateur de pression, les auges devaient être lavées plusieurs fois par jour manuellement et les dégâts, eux, arrivaient fréquemment. En 2020, rien de tout cela!
« L’eau circule en circuit fermé et est étanche à toute contamination, l’éleveur change de bottes dès qu’il pénètre dans le poulailler… Il y a aussi un travail constant à réaliser sur la gestion des antibiotiques, tout cela confère une garantie du produit de la part des éleveurs qui s’adaptent continuellement à de nouvelles pratiques »,
estime Michel Dion. 

Intérieur d'un poulailler dernier cri, de 2020, juste avant sa mise en fonctionnement. Gracieuseté Consultants Lemay & Choinière

Intérieur d’un poulailler dernier cri, de 2020, juste avant sa mise en fonctionnement. Gracieuseté Consultants Lemay & Choinière

Des bâtiments plus écoresponsables

Le poulailler du futur se veut aussi plus écoresponsable. Afin de réduire leur empreinte carbone, les professionnels sont de plus en plus nombreux à se tourner vers le chauffage biomasse (gaz, eau chaude, système hybride). Tout comme certains testent la récupération de chaleur. « La chaleur extraite du poulailler sert à préchauffer l’air qui rentre, par induction, et il n’y a aucune contamination possible », explique Michel Dion, qui observe une conscientisation de plus en plus forte chez les producteurs qui souhaitent réduire leur empreinte carbone.

Autant d’avancées qui ont permis à la filière de se développer. Si dans les années 1970, un aviculteur possédait en moyenne entre 4 000 et 5 000 oiseaux, la norme avoisine aujourd’hui 25 000 à 30 000 poulets. Il a donc fallu adapter les structures. Par exemple, installer des passerelles de chargement à tous les étages de leurs poulaillers. Inimaginable en 1970!

Pendant longtemps, au Québec, la tradition de bâtiments à deux étages, en structure de bois et plancher en béton, est restée très ancrée. C’est un peu moins vrai de nos jours. Une nouvelle tendance semble sortir de terre favorisant des bâtiments à un seul étage. « Cela commence tout juste à arriver, note Yves Choinière. Mais, ce qui a surtout changé au fil du temps, c’est la largeur des bâtiments, qui au départ pouvaient accueillir entre 5 000 et
10 000 poulets. Ils reçoivent environ 25 000 poulets. C’est une taille qui permet de gérer le transport et la sortie vers l’abattoir. Pour des fermes de 50 000 poulets, il y a plusieurs unités sur la ferme. »

Exemple de l'évolution des tendances : en 2020, les nouvelles fermes avicoles plébiscitent plus largement les poulaillers à un niveau. Gracieuseté Consultants Lemay & Choinière

Exemple de l’évolution des tendances : en 2020, les nouvelles fermes avicoles plébiscitent plus largement les poulaillers à un niveau. Gracieuseté Consultants Lemay & Choinière

La robotisation

Si le savoir-faire de l’éleveur reste primordial pour gérer un élevage, les nouvelles technologies viennent renforcer les performances des produits. Des robots ont commencé lentement à apparaître, notamment dans certains poulaillers dédiés aux dindons, afin d’inciter les oiseaux à se « promener dans le bâtiment », explique Michel Dion. « Les robots poussent le dindon à se lever et à bouger ». Tout comme des tests sont sans cesse menés sur les litières des oiseaux.

Dernière grande tendance du moment : l’apparition, depuis les années 2012, des systèmes I touch. « Absolument magique! estime Yves Choinière. Les éleveurs gèrent leur unité à distance et à partir de leurs téléphones. C’est vraiment simple. » Loin d’être généralisée, la pratique se répand progressivement dans les élevages. « L’industrie en est rendue là, ce qui ne signifie pas que tout le monde en est là dans le champ, mais cela se développe vite. » Toutes ces nouvelles pratiques professionnelles font aussi échos aux attentes du client. « Notre métier évolue avec le consommateur », reprend Michel Dion, qui assure qu’aujourd’hui, « les poulets et dindons mis en vente sur le marché sont d’excellente qualité. » 

Agathe Beaudouin, collaboration spéciale