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L’accès à un abattoir est devenu si compliqué que Linda Lazure, propriétaire du Gîte des Oies à Roxton Falls en Montérégie, se questionne sur l’avenir de son entreprise. Photo : Gracieuseté de Linda Lazure

L’accès à un abattoir est devenu si compliqué que Linda Lazure, propriétaire du Gîte des Oies à Roxton Falls en Montérégie, se questionne sur l’avenir de son entreprise. Photo : Gracieuseté de Linda Lazure

Des projets freinés par le manque d’abattoirs spécialisés

Des éleveurs d’oies, de canards et de gibier à plumes peinent à faire fonctionner leur entreprise en raison du manque d’abattoirs spécialisés à proximité de leur ferme. La situation est connue des gouvernements provincial et fédéral, mais les solutions manquent pour régler le problème à court terme.

Sébastien Lesage

Sébastien Lesage

La ferme Au Gîte des Oies, située à Roxton Falls en Montérégie, est le projet de préretraite de Linda Lazure et de son conjoint Louis-Paul Quérel. Les péripéties qu’ils vivent avec les abattoirs depuis cinq ans les découragent. « Présentement, le seul endroit où nous pouvons faire abattre nos oies est à plus de deux heures de route, à la Ferme D’Orléans, dans la région de Québec, explique Mme Lazure. Disons que du point de vue du bien-être animal, ce n’est pas l’idéal », ajoute-t-elle.

Impossible d’exporter

Le manque d’abattoirs nuit également aux affaires d’Étienne Bouchard, propriétaire de La Faisanderie du chasseur, à Saint-Flavien, dans Chaudière-Appalaches. Le producteur souhaite exporter ses cailles, faisans et pintades en dehors de la province, mais doit absolument passer par un abattoir sous licence fédérale pour le faire. Or, dit-il, il n’y plus d’abattoir fédéral qui se spécialise dans l’abattage de ce type d’oiseaux à proximité de son entreprise. « Même au niveau provincial, le seul abattoir existant est celui de la Ferme d’Orléans, mais ils ne font pas de gros volumes d’abattage et on doit prendre un rendez-vous plusieurs mois d’avance tellement ils sont sollicités », déplore-t-il.

À la Ferme d’Orléans, on ne se plaint pas de cette situation, qui permet de faire fonctionner l’abattoir « à pleine capacité », indique Benjamin Lauzière, l’un des propriétaires. Mais il reconnaît que pour certains de ses clients, la route est longue jusqu’à l’île d’Orléans et que ce n’est pas toujours l’idéal pour les animaux, même s’il assure être en mesure de desservir tous les petits éleveurs.

Une technique d’abattage différente

Le président de l’Association des éleveurs de canards et d’oies du Québec, Sébastien Lesage, confirme que le manque d’abattoirs pour ce type de volaille est un problème qui affecte plusieurs entreprises. En effet, la technique d’abattage et l’équipement sont différents de ceux utilisés pour le poulet, et sont par conséquent plus rares et plus coûteux. Il considère que le Programme d’appui à la compétitivité des abattoirs régionaux (PACAR), mis en place en novembre 2017 par le ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Pêcheries du Québec (MAPAQ), est un premier pas dans la bonne direction pour aider les producteurs. « Il faudra toutefois ajouter de l’aide financière, trouver des solutions à plus court terme, car les délais de mise en place d’un projet peuvent atteindre trois ans, et aider pour le recrutement de main-d’œuvre, qui est un grand défi pour les abattoirs », énumère-t-il. 

Le MAPAQ dit être au courant de ces problèmes et est en train de travailler à une « modernisation réglementaire afin de favoriser le développement des marchés en circuits courts », indique le porte-parole Yohan Dallaire Boily. De son côté, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) assure travailler avec les provinces pour aider les petits producteurs à devenir titulaires d’une licence fédérale de façon à leur permettre de faire des échanges commerciaux à l’échelle provinciale à l’avenir. « Le nouveau règlement sur la salubrité des aliments, précise l’ACIA dans un échange de courriels avec La Terre, offre une plus grande souplesse aux petits abattoirs quant au respect des exigences relatives aux licences fédérales, en raison de la nature plus axée sur les résultats de la réglementation. »

Des projets en branle

En attendant, Linda Lazure et Étienne Bouchard misent chacun de leur côté sur le développement de petits abattoirs de proximité pour régler leur problème. Mme Lazure est membre de la coopérative de solidarité Le petit abattoir, de Granby en Montérégie, qui a été lancée par Fernande Ouellet, propriétaire de l’entreprise Rusé comme un canard. Le projet, qui vise une certification fédérale, pourra desservir les petits éleveurs de la région une fois démarré. En entrevue avec La Terre, Mme Ouellet n’était toutefois pas en mesure de donner une date d’ouverture.

De son côté, Étienne Bouchard travaille aussi au développement d’un petit abattoir annexé à son commerce. Mais les défis restent nombreux avant que son projet se concrétise, dit-il. Le manque de main-d’œuvre reste l’un de ses plus grands soucis.

Des importations d’oies qui dérangent

Les importations d’oies et de canards de la Hongrie ne font pas l’affaire des producteurs québécois qui restent pris avec leur volaille en raison de différentes contraintes, dont l’accès aux abattoirs. « Cette année, il y a eu moins d’importations de canards, mais il semble que le problème affecte toujours les oies », souligne Sébastien Lesage, président de l’Association des éleveurs de canards et d’oies du Québec. Le Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ) a récemment soumis le problème à l’attention de la ministre fédérale de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau. Dans une lettre qu’il lui a envoyée à la fin janvier, et dont La Terre a obtenu copie, il demande entre autres que les inspections de l’ACIA soient « structurées et organisées de façon à ce que l’industrie canadienne soit protégée » par rapport aux produits d’importation, qui ne sont actuellement pas soumis aux mêmes règles de salubrité, d’étiquetage et environnementales, soutient le CTAQ dans sa lettre.