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Par la sélection génétique, la production avicole réussit à élever des volailles résistantes et performantes. Toutefois, davantage de biodiversité dans le choix des races de volailles favoriserait la biodiversité des élevages. Photo : Gracieuseté de Catherine Leclair

Par la sélection génétique, la production avicole réussit à élever des volailles résistantes et performantes. Toutefois, davantage de biodiversité dans le choix des races de volailles favoriserait la biodiversité des élevages. Photo : Gracieuseté de Catherine Leclair

Biodiversité et biosécurité en production avicole

Saviez-vous qu’à ce jour, il existe plus de 200 grandes races de poules de type pondeuse, à chair, d’ornement ou mixte, sur la planète, et de forme, de taille et de couleur diverses, mais que seulement une poignée d’entre elles mettent œufs et poulet dans votre assiette? En effet, que vous habitiez en Saskatchewan, dans l’Ohio ou au Québec, vous achetez tous des animaux qui ont le même patrimoine génétique.

Loin de moi l’idée de jeter ne serait-ce qu’une seule pierre aux sélectionneurs! Ceux-ci font un excellent travail de sélection génétique pour offrir des volailles résistantes et performantes. Ultimement, c’est la planète entière qui en bénéficie. Nourrir 7, 8, 9 milliards d’êtres humains, c’est un grand objectif. D’ailleurs, le Conseil international de la volaille (International poultry concil, IPC) a donné la priorité à cinq des objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies (ONU), et l’un de ces ODD prioritaires est la Faim Zéro.

Une résistance génétique

Ceci dit, concentrer la responsabilité de nourrir le monde entier sur quelques races de poules, c’est certainement se placer en position de vulnérabilité. Les dernières années nous ont fourni au moins trois exemples qui nous démontrent qu’il ne faut rien tenir pour acquis. La pandémie de Covid-19, l’avancée de la fièvre porcine africaine en Asie et en Europe et l’influenza aviaire hautement pathogène, maintenant en Amérique, sont des exemples qui nous prouvent que l’on doit être prêt à tout.

On comprend l’importance du travail des producteurs et productrices qui entretiennent le pool génétique « des autres races », souvent appelées avec amour « poules de fantaisie ». On ne sait pas aujourd’hui quelle race héberge le gène de résistance à la prochaine pandémie aviaire, mais si cette race n’est pas maintenue en vie jusqu’à l’arrivée de ce prochain pathogène, on perdrait beaucoup. Sachez que les poules patrimoniales sont plus enclines à avoir des gènes conçus pour une plus forte réponse immunitaire innée. Alors, si une maladie survenait et ­éliminait les poules commerciales, nous aurions conservé les gènes requis pour les régénérer. 

La responsabilité et l’éducation

Nous avons besoin des uns pour nourrir la planète et nous avons besoin des autres pour maintenir la biodiversité. C’est donc ensemble que l’on doit regarder vers l’avenir, mais sans pour autant négliger le présent. On se doit d’unir nos pratiques et de normaliser la production de poules patrimoniales. Ces cheptels se doivent d’être en santé pour continuer d’exister et pour éviter d’être des réservoirs de pathogènes, mettant en danger la santé des poules commerciales avoisinantes. Il est donc primordial non seulement de préserver la race patrimoniale, mais aussi de préserver leur cohabitation harmonieuse avec les races commerciales.

La très grande responsabilité de nourrir le monde et celle de préserver les races sont et seront toujours en confrontation quelque part. Le rôle de tous est d’y mettre du sérieux et surtout de la rigueur pour éviter d’enfreindre les limites des autres. L’éducation de tous, par de l’information véridique et la connaissance de tous les enjeux, restera la base d’une cohabitation ­harmonieuse des deux finalités. 

Catherine Leclairm professeure en production avicole à l’Institut de technologie agroalimentaire du Québec