Les chefs ont tous visité les locaux de l'UPA au cours de la semaine dernière.

Les chefs ont tous visité les locaux de l'UPA au cours de la semaine dernière.

Une semaine très agricole pour les chefs

LONGUEUILPendant la semaine du 3 septembre, les chefs ont accordé une importance plus grande qu’à l’habitude à l’agriculture pour la campagne électorale en cours. Les promesses à saveur agricole étaient au rendez-vous autour de leur traditionnelle visite à l’Union des producteurs agricoles (UPA) les 5 et 6 septembre.

Cette visite des chefs des quatre principaux partis politiques du Québec survenait quelques jours à peine après le front commun pour la gestion de l’offre du vendredi 31 août. Ils ont tous répondu aux thèmes soulevés par les membres du conseil général de l’organisation. Le président de l’UPA, Marcel Groleau en a dressé un premier bilan en entrevue avec La Terre.

« Ils étaient tous assez bien préparés », analyse Marcel Groleau. Il a apprécié la nouvelle formule publique de la rencontre des chefs qui était diffusée en direct et ouverte aux journalistes, notamment le long point de presse d’une heure devant tous les grands médias auquel il a participé en bonne partie avec le premier ministre Philippe Couillard. Le président de l’UPA s’est réjoui que tous les chefs aient réitéré leur appui ferme à la gestion de l’offre en ce moment « crucial ».

Plan vert

« Notre plan vert a été bien reçu par tous les partis », estime Marcel Groleau, qui note en particulier la « surprise » de Québec solidaire (QS) face à l’ouverture des producteurs en faveur de mesures agroenvironnementales s’ils sont bien accompagnés. L’accès au Fonds vert pour financer certaines de ces mesures a néanmoins été évoqué par plusieurs chefs. « Je pense qu’on les a convaincus, mais chacun n’avait pas une plateforme préparée sur ce sujet », ajoute le président de l’UPA.

Investissement et programmes

Sur la question du soutien à l’investissement agricole, il y avait un peu moins d’ouverture. « On a été écoutés, mais il n’y a pas eu d’engagements », indique Marcel Groleau, qui milite aujourd’hui pour un budget fixe de 630 M$ à La Financière agricole du Québec. Cette prévisibilité permettrait d’améliorer significativement les programmes. Le président de l’UPA attribue à l’incertitude du budget le fait qu’une première amélioration à l’assurance stabilisation des revenus agricoles soit survenue récemment après des années de plaidoyers. « Il faut réinvestir », estime-t-il tout de même.

Taxes et terres

« Les quatre partis reconnaissent que le régime actuel de taxation doit être modifié », résume Marcel Groleau. Les promesses ne sont toutefois pas égales en ce qui concerne l’année 2019. Le Parti québécois (PQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ) prévoient des mesures, tandis que les deux autres espèrent réformer rapidement la fiscalité foncière agricole. Le président de l’UPA salue la promesse de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui veut appliquer le modèle ontarien (25 % du taux résidentiel pour le secteur agricole), mais estime que même cette formule ne suffirait pas dans certaines régions.

Deux partis veulent limiter l’achat de terres à 100 hectares par année afin de diminuer la pression sur le prix de ces dernières. Les libéraux imposeraient cette contrainte uniquement aux « fonds d’investissement », tandis que les péquistes rappellent qu’ils avaient déjà déposé un projet de loi sur le sujet, qui a été rejeté par la CAQ et le PLQ. « Ces limites sont intéressantes », reconnaît Marcel Groleau, qui évalue que QS semble « aller dans ce sens-là ». 

Salaire minimum

« Les partis reconnaissent que le secteur agricole est particulier [lorsqu’il est question de hausse rapide du salaire minimum] », estime Marcel Groleau, qui note que la CAQ et le PLQ n’augmenteraient pas le salaire minimum à 15 $ rapidement et que QS et le PQ prévoient le faire. Ces deux derniers partis promettent cependant un fonds de soutien accessible aux producteurs.  

TLCouillardUPA2

Les libéraux fixeraient une limite aux fonds d’investissement

Le PLQ a créé la surprise en promettant de limiter l’achat de terres agricoles à 100 hectares par année pour tous les fonds d’investissement afin de « freiner la spéculation ». Il s’agit là d’une position nouvelle par rapport aux dernières années au pouvoir.

Le parti a aussi annoncé qu’il renouvellerait l’enveloppe de 20 M$ supplémentaires pour le Programme de crédit de taxes foncières agricoles (PCTFA), le temps de réformer la fiscalité agricole plus en profondeur. L’équipe de Philippe Couillard s’engage également à « moderniser » la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles.

TLLegaultUPA2

La CAQ mise sur les serres

La CAQ voudrait voir doubler la superficie de production en serres, notamment en accordant un plus grand rabais sur l’électricité. Elle promet aussi un fonds d’appui à l’investissement agricole d’un minimum de 50 M$ par an. Le parti compte mettre en place une politique d’achat local par les institutions publiques.

TLLiseeUPA12

L’indépendance agricole du PQ

Le PQ veut que plus de 50 % des achats des institutions publiques proviennent du Québec et entend fixer cette condition pour les éventuels fournisseurs dans les appels d’offres. Le parti a aussi pour objectif de rendre plus « accessible, généreux et audacieux » le Fonds d’investissement pour la relève agricole (FIRA). Le PCTFA serait « déplafonné », le temps de mener une réforme plus en profondeur et une loi serait adoptée pour contrer l’accaparement des terres.

TLGND2

QS contre la financiarisation des terres

QS promet de consacrer à l’agriculture un budget supplémentaire de 167 M$ à la quatrième année d’un gouvernement solidaire. Sans prendre d’engagement précis, QS est résolument contre la financiarisation des terres. « Les terres doivent servir à nourrir les Québécois et non à faire faire des profits aux requins de la finance », a déclaré Gabriel Nadeau-Dubois, qui représentait son parti à l’UPA. Finalement, un fonds de 100 M$ par an pendant cinq ans serait prévu pour compenser les secteurs touchés par la hausse du salaire minimum à 15 $ l’heure.