fbpx
Pour Mireille Charbonneau et son conjoint André Goyer, la compensation de 590 $ de la Financière pour leur mauvaise récolte de plantes fourragères est « une vraie risée ». Photo : Martin Ménard / TCN

Pour Mireille Charbonneau et son conjoint André Goyer, la compensation de 590 $ de la Financière pour leur mauvaise récolte de plantes fourragères est « une vraie risée ». Photo : Martin Ménard / TCN

Une compensation de 590 $ pour des pertes de 16 000 $!

De nombreux agriculteurs ayant enregistré des rendements exécrables dans leurs cultures de plantes fourragères se plaignent de ne pas être dédommagés adéquatement par la Financière Agricole du Québec.

Un couple de producteurs laitiers des Laurentides, qui dit avoir subi des pertes totalisant 16 000 $, a eu la surprise de recevoir un maigre chèque de dédommagement de… 590 $. «  C’est très insultant! », commente l’agricultrice Mireille Charbonneau, de Mirabel.

Elle soutient avoir communiqué avec la Financière le 26 avril pour l’informer que ses deux champs de luzerne étaient détruits à 100 % en raison du gel. Ses autres champs de plantes fourragères ont aussi dû être ressemés. « Il a fallu acheter des semences et du foin. Pour une ferme comme la nôtre, sortir  16 000 $, c’est énorme », assure-t-elle.

Photo : Martin Ménard / TCN

Photo : Martin Ménard / TCN

En décembre dernier, elle a appris de la Financière que leur ferme ne ferait l’objet que d’une compensation très limitée pour ces pertes, la station météo de leur région n’ayant pas détecté de gel hivernal. « Pourtant, tout a été détruit par le gel! » fustige l’agricultrice.

Rappelons que les producteurs de plantes fourragères peuvent s’assurer auprès de la Financière contre les pertes de rendement occasionnées par le gel hivernal, la sécheresse, etc. Les indemnités versées aux producteurs sont notamment calculées à partir des données collectées par des stations météo réparties sur différents endroits sur le territoire. Par ailleurs, la Financière souligne que la protection d’assurance récolte pour le foin et les pâturages est collective et non individuelle (voir encadré ci-bas).

Pas les seuls

La Fédération de l’UPA Outaouais-Laurentides confirme que plusieurs  autres fermes de la région se plaignent que les données des stations météo et les méthodes de calcul de la Financière ne reflètent pas leur réalité.

Dans la région de Chaudière-Appalaches, 19 producteurs sont même en attente de la réponse du Protecteur du citoyen concernant la plainte qu’ils ont déposée en lien avec un dédommagement de la Financière qu’ils jugent inadéquat. « On est plusieurs à avoir subi des pertes de 30 000 à 50 000 $ à cause de la sécheresse et à avoir reçu juste 4000 $ en compensation. Ça n’a pas de maudit bon sens! » déclare l’agriculteur Raymond Leblanc, de Saint-Pamphile.

Dans le Bas-Saint-Laurent, Gilbert Marquis, le président de la Fédération de l’UPA régionale, rapporte que dans le secteur de Kamouraska, par exemple, les stations météo situées près du fleuve n’ont pas fait mention de la sécheresse survenue encore cette année dans les champs situés sur les deuxième et troisième plateaux vers les terres. « Présentement, ça ne donne pas l’heure juste. Il faut améliorer le système. Nous avons une rencontre à la fin du mois [avec la Financière] à ce sujet », dit M. Marquis.

Selon lui, la situation crée aussi de la frustration puisque des producteurs qui n’ont à peu près pas connu de pertes de rendement ont parfois reçu plusieurs milliers de dollars en compensation. 

Les producteurs peuvent choisir leur station météo

Interrogée par La Terre sur l’insatisfaction des producteurs, la Financière agricole du Québec précise d’abord que la protection d’assurance récolte pour le foin et les pâturages est collective et non individuelle, c’est-à-dire que l’évaluation des pertes s’effectue par zone et non par entreprise.

La méthode d’évaluation des pertes a quant à elle été mise en place en 2016, en collaboration avec l’Union des producteurs agricoles (UPA), indique Cynthia Byrne, porte-parole de la Financière. Elle souligne qu’un audit externe réalisé par deux firmes indépendantes à l’automne 2018 confirme la justesse de cette méthode. « Les pertes sont évaluées à partir de données météo captées par des stations météo automatisées. Les producteurs peuvent choisir leur station météo dans un rayon de 70 km. Une  grande majorité d’entre eux (95 %) décident de maintenir leur choix année après année. Quatre nouvelles stations météo seront ajoutées pour l’année d’assurance 2020 », spécifie Mme Byrne.

Elle précise qu’à ce jour, pour les seules années 2018 et 2019, pas moins de 94 M$ ont été versés aux agriculteurs québécois dans le cadre de cette protection d’assurance récolte foin et pâturages. Les producteurs assument 40 % de la prime d’assurance et les gouvernements, 60 %.