fbpx
« J’ai traversé toutes les époques et j’ai eu le plaisir de pouvoir travailler avec les agriculteurs, ce qui est un grand privilège », confie Michel Forest, propriétaire de Machineries Forest et président de l’AMMAQ de 1991 à 1992. Photo : David Riendeau

« J’ai traversé toutes les époques et j’ai eu le plaisir de pouvoir travailler avec les agriculteurs, ce qui est un grand privilège », confie Michel Forest, propriétaire de Machineries Forest et président de l’AMMAQ de 1991 à 1992. Photo : David Riendeau

Passer du rayon des livres aux roues de tracteur

L’ÉPIPHANIE — Étonnant parcours que celui de Michel Forest à la tête de l’entreprise familiale depuis bientôt 50 ans. Avant de vendre des tracteurs et des moissonneuses, le marchand a amorcé son parcours professionnel en tant que bibliothécaire!

Dans la cour extérieure des Machineries Forest, situées à L’Épiphanie dans Lanaudière, d’anciennes machines du fabricant Allis-Chalmers côtoient les tracteurs dernier cri, témoins de la longue histoire de ce concessionnaire Deutz-Fahr et McCormick fondé en 1955 par son père Louis-Philippe, cultivateur et agronome diplômé du Collège Macdonald. « Dans le temps, les agences de machines agricoles étaient très modestes. Le gars du coin vendait quelques tracteurs dans une vieille bâtisse les soirs et les fins de semaine, et son beau-frère venait l’aider », raconte Michel Forest, 73 ans.

Ayant grandi dans un milieu où l’éducation était valorisée, Michel a fait son cours classique tout en travaillant à la bibliothèque de l’Université de Montréal. « J’aimais étudier et j’aimais apprendre, mais si je voulais me marier rapidement, il me fallait un salaire. Pour chaque année de travail, l’université me créditait six mois de cours », explique celui qui a exercé ce métier de 1967 à 1971.

Changement de programme

De son propre aveu, l’homme aurait probablement poursuivi sa carrière encore longtemps s’il avait été dans une plus petite institution. « La bibliothèque centrale était une grosse boîte et les patrons étaient des intellectuels européens qui avaient immigré ici pendant la guerre. Quand il y avait une promotion, ils favorisaient l’un des leurs même si c’était un incompétent. » Dans ces circonstances, Michel a préféré reprendre les affaires de son père qui vivotaient à l’époque, celui-ci étant accaparé par sa ferme.

Le jeune universitaire avait grandi dans une ferme; il connaissait la machinerie, mais était-il fait pour être marchand ? « En me lançant, je me suis fixé comme objectif de produire un chiffre d’affaires de 35 000 $ et de vendre cinq tracteurs d’ici la fin de la première année. En mai, j’avais déjà vendu mon cinquième tracteur. »

Michel Forest a réussi à se démarquer en négociant lui-même avec les clients et en ciblant des marchés délaissés de la concurrence. « À l’époque, les vendeurs d’expérience de la compétition se concentraient sur leur clientèle, des producteurs laitiers pour la plupart, pour qui c’était la stabilité. Moi, j’ai plongé innocemment et je suis allé voir des agriculteurs qui faisaient d’autres types de culture. Quand j’ai vendu en 1972 ma première Gleaner F, une batteuse à maïs capable de faire quatre rangs, les gens s’arrêtaient dans le rang pour prendre des photos de cette grosse machine-là!  »

« T’as un plan! »

S’il a connu du succès en affaires, l’entrepreneur a aussi dû traverser des périodes creuses comme la crise économique du début des années 1980. « À cette époque-là, mes affaires allaient assez mal. Une fois, je suis allé voir mon banquier. Je ne voulais surtout pas qu’il me coupe l’herbe sous le pied. J’ai mis cartes sur table et je lui ai expliqué mon plan de redressement. Après m’avoir écouté, il m’a allongé un autre 25 000 $. »

Agréablement surpris de la réponse de son banquier, Michel Forest lui a demandé pourquoi il avait consenti à lui donner un peu d’oxygène. « Il m’a tout simplement répondu : “T’es dans chnoute, mais t’as un plan!” »

Indépendant

Bien que la tendance chez les concessionnaires soit aux acquisitions et aux regroupements, l’homme préfère rester capitaine de son navire en attendant que son fils Alexandre prenne la relève. « Je demeure convaincu qu’il y a de la place pour les grands groupes et pour les petits joueurs. Après tout, les petits restos de quartier existent toujours malgré tous les McDo et les Starbucks de ce monde. »

Regrette-t-il son choix d’avoir délaissé sa carrière de bibliothécaire? « Même si je ne me destinais pas à ce métier, je pourrai dire que j’ai eu une sacrée belle vie, lance-t-il. J’ai traversé toutes les époques et j’ai eu le plaisir de pouvoir travailler avec les agriculteurs, ce qui est un grand privilège. »

David Riendeau, collaboration spéciale


Ce texte est paru dans le cahier spécial soulignant les 70 ans de l’AMMAQ, publié le 11 mars 2020.