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Ramzy Yelda, analyste principal des marchés aux PGQ, estime que le marché haussier des derniers mois est imputable à trois facteurs : les faibles récoltes américaines, l’appétit des Chinois et l’insécurité alimentaire reliée à la COVID-19. Photo : Gracieuseté des PGQ

Ramzy Yelda, analyste principal des marchés aux PGQ, estime que le marché haussier des derniers mois est imputable à trois facteurs : les faibles récoltes américaines, l’appétit des Chinois et l’insécurité alimentaire reliée à la COVID-19. Photo : Gracieuseté des PGQ

Maïs et soya : un marché haussier, mais volatil

Même si les facteurs qui ont contribué à la hausse de près de 30 % des marchés depuis l’automne s’estompent dans les prochains mois, les prix pour le maïs et le soya devraient demeurer élevés en 2021, estime Ramzy Yelda, analyste principal des marchés aux Producteurs de grains du Québec (PGQ).

« La Bourse de Chicago a commencé à monter en septembre dernier quand l’USDA [département de l’Agriculture des États-Unis] a réduit les estimations de récoltes et des superficies ensemencées. Et cela a continué jusqu’en janvier de cette année lorsqu’il a dévoilé le bilan final qui faisait état d’une baisse attendue des récoltes dans le soya, mais encore plus marquée pour le maïs. Le résultat, c’est une offre qui n’a cessé de s’amenuiser aux États-Unis au cours des derniers mois. »

Parallèlement, la Chine a procédé en 2020 à des importations records de grains. « C’était prévu dans l’accord commercial avec les États-Unis qui exigeait une augmentation des achats, mais il ne faut pas négliger l’aspect de la COVID-19. Dans des situations incertaines comme celle qu’on connaît, le réflexe des gouvernements autoritaires, c’est de regarnir les stocks pour garantir la sécurité alimentaire au cas où », rappelle Ramzy Yelda.

Volatilité et pression à la hausse

L’analyste s’attend à de la volatilité d’ici le printemps sur le marché boursier négocié à Chicago. Vu les prix élevés en cours, des investisseurs viendront récolter leur profit, ce qui entraînera des baisses brutales comme celles vécues dans la seconde moitié de janvier. L’USDA dévoilera aussi en mars les intentions d’ensemencement, qui devraient être élevées, prévoit-il. « Ça devrait calmer le marché dans un premier temps, même si ce ne sont que des intentions. »

Mais la réalité continuera d’exercer une pression à la hausse sur les prix, croit M. Yelda. « Présentement, les États-Unis ont environ 140 millions de boisseaux de soya en réserve, c’est-à-dire 11 jours d’utilisation, alors que normalement, les stocks confortables, c’est 30 jours. C’est donc dire que certains utilisateurs vont manquer de soya cet été. » Et puis le Brésil, premier exportateur mondial, aurait déjà vendu les trois quarts de sa production, qui est encore dans les champs, aux Chinois.

Du côté du maïs, la récolte médiocre enregistrée au Québec en 2020 – 3,2 millions de tonnes alors qu’une production correcte est d’environ 3,8 millions de tonnes – aura un effet similaire. « Ça ne suffira pas à la demande locale alors même qu’il y a un manque sur les marchés mondiaux. »

De là à conclure que les prix pourraient atteindre les sommets enregistrés en 2012, Ramzy Yelda reste prudent, mais souligne que le scénario n’est pas impossible si les semis prennent du retard aux États-Unis et que la météo s’en mêle. 

Bernard Lepage, collaboration spéciale