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Le transfert de ferme : beaucoup plus qu’une simple vente d’entreprise

Il y a plus de quarante ans, lorsque Martin, cinq ans après avoir abandonné ses études pour travailler dans une entreprise manufacturière, a décidé de tout quitter pour acheter une ferme située à trois maisons d’où il était né, il ne se doutait pas qu’il fondait une entreprise familiale. En réalité, il désirait quitter un style de vie qui lui déplaisait pour effectuer un retour aux sources et faire comme son père maintenant décédé : devenir indépendant et être son propre patron.

Pour y parvenir, Martin a travaillé d’arrache-pied. Sa conjointe Suzanne, elle-même fille d’agriculteur, l’a toujours secondé et, tout en élevant leurs quatre enfants, a contribué significativement à l’essor de l’exploitation agricole évaluée aujourd’hui à près de trois millions de dollars – trois millions sans dette, faut-il le préciser –, car Martin et Suzanne ont toujours vécu simplement, sans luxe ni artifice.

Avant ses soixante ans, Martin avait toujours été fort comme le roc, mais depuis quatre ans, sa santé s’est détériorée, à un point tel qu’il envisage maintenant de prendre une retraite bien méritée.

Martin est un homme fier, au fort caractère. Exigeant envers lui-même, il l’est aussi envers les gens de son entourage, ce qui provoque régulièrement des étincelles. Il a toujours éprouvé de la difficulté à travailler harmonieusement avec ses enfants ou même avec ses employés.

Pour cette raison, son aîné l’a quitté pour acheter sa propre exploitation agricole, il y a maintenant dix ans de cela, se sentant étouffé par son père. Le cadet s’est progressivement désintéressé des activités de la ferme. Les deux plus jeunes aimeraient bien succéder à leur père, mais manquent d’expérience, de maturité et de moyens financiers pour assurer la relève.

Depuis six mois, Martin a entrepris, avec fébrilité, de nombreuses démarches afin d’identifier un repreneur. Aucun des acheteurs potentiels rencontrés ne lui a plu. Plusieurs se proposaient d’apporter des changements importants à son entreprise, ce qui déplaisait énormément à Martin. Que diraient les voisins en voyant des étrangers changer les choses? Et qu’est-ce qu’on penserait de lui lorsqu’on le croiserait au village? Et pire encore, comment réagiraient ses deux jeunes, s’il les trahissait en vendant à un étranger?

En fait, Martin a consacré sa vie à sa ferme. Pour lui, c’est plus que son entreprise, c’est son bébé! Plus de ferme, plus d’identité, plus de sens à la vie! Inconsciemment, ce que Martin ne veut pas admettre, c’est que vendre, c’est aussi mourir un peu.

Si c’était à refaire…

S’il était possible de revenir en arrière, Martin planifierait mieux sa situation de transfert. On lui avait dit qu’un transfert réussi pouvait prendre de cinq à dix ans. À l’époque, il n’avait pas écouté.

Si c’était à refaire, Martin ferait plus de place à son aîné qui a lui-même très bien réussi à son compte en agriculture. À l’époque toutefois, harmoniser leurs visions des choses et leurs façons de travailler s’était avéré un défi de taille qu’ils n’avaient pas su relever ensemble.

En fait, plusieurs le diront : passer de la position de chef d’entreprise à celle de cédant représente un processus délicat jalonné de craintes multiples : dépossession, perte de pouvoir et d’influence, peur du passage du temps et de la fin de vie active, perte de légitimité sociale et professionnelle, perte de référence et de sens, transformation ou détérioration de la dynamique familiale. Et envisager de céder à un étranger n’est pas plus simple : encore faut-il trouver le bon prospect et apprendre à lui faire confiance…

Martin ne sait plus quoi faire ni quel scénario privilégier : vendre à un de ses enfants? Vendre à ses enfants? Vendre à un étranger? Séparer les activités de sa ferme en entités distinctes pour faciliter la vente? Le producteur ne sait quoi penser. Il réalise maintenant qu’il a besoin d’aide pour l’aider à évaluer les différents scénarios et à faire le meilleur choix possible.

Pour Martin, réussir son transfert de ferme représente un aboutissement de carrière et cette étape, comme les précédentes, doit être couronnée de succès. Il a trop investi sur les plans émotif et psychologique dans son entreprise pour risquer de prendre une mauvaise décision.

Dès aujourd’hui, Martin contactera une équipe spécialisée en transfert de ferme (fiscaliste, conseiller en gestion, notaire et conseiller en ressources humaines) pour le guider efficacement dans sa transition. On ne prend pas une des décisions les plus importantes de son existence sans s’entourer de professionnels compétents.

François Berthiaume
psychologue, CRHA, PCC, directeur général chez SCF Conseils