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Plusieurs producteurs d’asperges ont peiné, en début de saison, à obtenir, de la part des grossistes et des grandes chaînes, des prix tenant compte de la hausse du coût des intrants à la ferme. Photo : Caroline Morneau/ ArchivesTCN

Plusieurs producteurs d’asperges ont peiné, en début de saison, à obtenir, de la part des grossistes et des grandes chaînes, des prix tenant compte de la hausse du coût des intrants à la ferme. Photo : Caroline Morneau/ ArchivesTCN

Le marché inondé par les asperges de l’Ontario

Dans un contexte d’inflation et de coûts de production élevés, plusieurs agriculteurs québécois ont éprouvé des difficultés, en début de saison, à recevoir le juste prix pour leurs asperges de la part des grossistes et des grandes chaînes de détaillants alimentaires, surtout en raison de la présence des légumes de l’Ontario, qui ont engorgé le marché.

« C’est l’enfer! a lancé la semaine dernière Mario Rondeau, de Saint-Thomas dans Lanaudière. On se fait envahir par les asperges de l’Ontario qui se vendent à des prix ridicules. Ça semble se replacer par contre; on va voir. » Même son de cloche à la ferme Asperges Guy Champagne, un peu plus loin, à Lanoraie. « Ça fait trois semaines que le marché est difficile. Les asperges de l’Ontario, ça fait mal », a soutenu Carmen Lachance, conjointe du propriétaire.

L’agroéconomiste Sébastien Brossard remarquait, en date du 9 juin, que le format de 28 livres d’asperges de l’Ontario se vendait à moins de 50 $ au Marché central de Montréal, tandis que le format de 20 livres du Québec se vendait à 48 $. « Le format de l’Ontario se vend à peine 2 $ de plus pour 8 livres de plus. Ça frappe aux yeux que l’asperge de l’Ontario est présente et pas chère. On voit qu’il y a une concurrence », a-t-il confirmé.

Chaque année, explique M. Brossard, les asperges de la province voisine arrivent sur le marché des grossistes à peu près en même temps que celles du Québec et exercent une pression sur les prix. Il est donc difficile pour les producteurs de ce légume, comparativement à d’autres qui n’ont pas de rivaux sur les étalages pour leurs primeurs, de profiter de bons prix tôt en saison. Or, comme les coûts de production ont bondi en 2022, mais que les agriculteurs en contrepartie n’obtiennent pas de meilleurs prix pour leurs asperges, ils voient leur marge de profits réduite.

« Tout a augmenté : les boîtes de carton, le fuel, les élastiques, les salaires, et je serais étonné si j’arrive à vendre mes asperges au même prix que l’an passé », a témoigné à son tour Louis-Marie Jutras, producteur à Sainte-Brigitte-des-Saults, dans le Centre-du-Québec. Comme d’autres confrères interrogés par La Terre, il a déploré que les légumes du Québec ne soient pas priorisés sur les étalages dans ce contexte difficile. 

La « même game » tout l’été

D’après un sondage maison effectué auprès de 39 de ses membres, l’Association des producteurs maraîchers du Québec (APMQ) évalue la hausse du coût des carburants à 68 %, des boîtes de carton à 32 %, des engrais et des fertilisants à 74 % et des contenants de plastiques à 50 % depuis 2021. Selon Catherine Lessard, directrice de l’économie, de la politique et de la recherche au sein de l’organisation, la transmission de cette augmentation du prix des intrants auprès des grossistes et des détaillants alimentaires sera le nerf de la guerre en 2022 pour les maraîchers qui sont soumis à la loi de l’offre et de la demande. Les asperges, soit les premiers légumes récoltés, sont le reflet, estime-t-elle, d’une « même game » qui se répétera tout l’été. « C’est certain qu’on va suivre ça de près », assure-t-elle.