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Lassonde met le cap sur la diversification

Quelques mois après avoir soufflé ses 100 bougies, Lassonde retourne à son échiquier, déplaçant un à un ses pions pour lui permettre de traverser les 100 prochaines années. Pour ce faire, l’entreprise compte s’appuyer sur la stratégie qui l’a si bien servie jusqu’ici et qui repose sur un mot : diversification.

Il est loin le jour où Lassonde se résumait à une petite conserverie de légumes sur un rang de Rougemont. Avec les années, l’entreprise fondée par Aristide Lassonde a garni son offre de jus, de sauces et de bouillons, s’appuyant sur les marques Oasis et Rougemont, mais aussi Antico et Canton parmi d’autres. En entrevue avec La Terre, le président de la compagnie, Jean Gattuso, souligne toutefois qu’il ne compte pas trop s’éloigner de l’élément distinctif de son entreprise, les produits de fruits transformés.

Industries Lassonde
Rougemont, Montérégie

Année de fondation: 1918 par Aristide Lassonde

Propriétaires : La famille Lassonde à 53 %

Nombre d’employés : 2 200

Chiffre d’affaires : 1 593 996 000$

Principaux marchés : États-Unis (61%) et Canada (39%)

C’est dans cette optique que la compagnie SunRype a été acquise en octobre. En plus de mettre la main sur une énième marque de commerce, Lassonde se lance du même coup dans les collations fruitées qui ont fait la renommée de cette entreprise de l’ouest du pays.

L’acquisition permet aussi à Lassonde de faire siennes deux usines : l’une en Colombie-Britannique et l’autre plus au sud, dans l’État de Washington. Une opportunité qui ravit M. Gattuso. « La moitié de la production de pommes des États-Unis vient de là-bas », souligne-t-il. D’ailleurs, en ajoutant ces deux usines aux 15 autres que compte déjà Lassonde, l’entreprise se rapproche à la fois de ses différents marchés de consommateurs, mais aussi de ses fournisseurs, ajoute-t-il. « On vend un produit lourd et pas cher, indique M. Gattuso. Alors il faut être près de la clientèle, mais aussi de la matière première. »

Une place pour le vin

En plus de multiplier son offre de jus, Lassonde s’est aussi attaquée au marché de la consommation du vin en lançant sa filiale Vins Arista en 2006, misant sur ses emballages cartonnés Prisma et Tetra Pak pour faire sa place dans les dépanneurs et les épiceries du Québec.

L’entreprise lorgne maintenant du côté ontarien pour accroître les revenus de sa filiale. Elle vient d’ailleurs de prendre une participation de 19,9 % du fabricant Diamond Estates Wines & Spirits, devenant du même coup sa représentante exclusive au pays. Selon M. Gattuso, le goût des vins de la région du Niagara s’est amélioré « de façon incroyable » au cours des dernières années. « Avec les changements climatiques, on pense qu’ils vont devenir encore meilleurs », ajoute-t-il.

Au cœur du Québec

Bien qu’elle ait étendu ses tentacules sur tout le continent nord-américain, Lassonde conserve résolument son cœur à Rougemont où l’entreprise a modernisé ses usines en 2013 moyennant des investissements de 19 M$.

M. Gattuso dit avoir établi au fil des ans une relation gagnant-gagnant avec les producteurs québécois, « recyclant » leurs pommes imparfaites pour les transformer en jus. « On prend toutes les pommes [qu’ils ont pour nous] », souligne-t-il d’ailleurs, tout en ajoutant que les agriculteurs québécois ne suffisent pas aux besoins de ses usines.

Lassonde compte aussi au Québec une équipe de recherche et développement qui crée pour elle ses nouvelles gammes de produits. Selon M. Gattuso, l’innovation demeure d’ailleurs l’un des vecteurs les plus importants de croissance de son entreprise. 

S’adapter, constamment

Jean Gattuso, président et chef de l’exploitation d’Industries Lassonde.

Jean Gattuso, président et chef de l’exploitation d’Industries Lassonde.

Si Lassonde a su traverser les décennies avec succès, c’est avant tout parce que l’entreprise a su se coller aux tendances des consommateurs. C’est d’ailleurs là son plus grand défi, selon son président, Jean Gattuso. « Les marchés changent constamment, constate-t-il. Si on ne s’adapte pas, on va mourir. »

L’entreprise met d’ailleurs en marché de nouveaux produits chaque année pour faire face aux exigences changeantes de ses clients. Les derniers en lice, de la gamme Oasis Hydrafruit notamment, s’inscrivent dans les lignées « santé » et « hydratation » adoptées récemment par Lassonde. Des produits qui ont entre autres caractéristiques de contenir moins de sucre, qui renferment des probiotiques ou qui sont protéinés.

Le lancement de ces produits est survenu avant même que Santé Canada ne considère plus les jus de fruits traditionnels comme des substituts aux fruits, position que le ministère a dévoilée dans son Guide alimentaire 2019. M. Gattuso digère d’ailleurs mal cette prise de position, indiquant que le Guide fait « fausse route ».

« Un jus est toujours mieux qu’un fruit que tu ne consommes pas, argue-t-il. C’est une façon de permettre aux gens de chercher les fruits qu’ils ne mangent pas. » Pour ajouter de l’eau à son moulin, il précise que les ventes de fruits frais ont été en baisse ces dernières années au pays. «Ce n’est pas normal de dire aux gens «buvez juste de l’eau», ajoute-t-il. Les gens oublient que la biodiversité moléculaire entre le jus et le fruit est pas mal similaire. » 

Ce portrait d’entreprise est rendu possible grâce au Fonds CDPQ pour la relève journalistique mis sur pied par la Caisse de dépôt et placement du Québec et la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.