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Marcel Mailhot dénonce les contraintes de mise en marché imposées par l’État aux microdistilleries. Crédit : Gracieuseté de la Distillerie Grand Dérangement

Marcel Mailhot dénonce les contraintes de mise en marché imposées par l’État aux microdistilleries. Crédit : Gracieuseté de la Distillerie Grand Dérangement

Grogne des microdistillateurs québécois envers la SAQ

L’agriculteur Marcel Mailhot s’est lancé dans la transformation de grains en alcool avec sa microdistillerie de Saint-Jacques, dans Lanaudière, mais après avoir injecté des sommes considérables, l’homme d’affaires joint le mouvement de protestation des autres microdistilleries qui accusent le gouvernement du Québec et sa Société des alcools (SAQ) de les pousser dans un gouffre financier.

« J’ai mangé trois quarts de million depuis trois ans. Et depuis un an, mes ventes ont descendu. La SAQ ne nous fait plus de place sur ses tablettes. J’ai fait des annonces à la télé, mais quand tu fais de la pub, il faut avoir des produits sur les tablettes, alors ça n’a pas marché », raconte-t-il. Celui qui produit du gin biologique et aspire à mettre en marché d’ici deux ans le premier whisky bio fait d’ingrédients québécois déplore de devoir envoyer 52 % de majoration à la SAQ même quand il vend ses bouteilles sur place, à sa distillerie nommée Grand Dérangement.

L’endroit intègre un économusée qui enseigne aux consommateurs le procédé de fabrication de l’alcool et les particularités de la production agricole de ses ingrédients. « On fait du grain à la bouteille. L’économie circulaire, c’est ce qui me branche. Le gouvernement nous a demandé de faire de la valeur ajoutée avec l’agriculture. On le fait, mais on est à perte. Il nous manque 10 $ la bouteille pour être corrects. Le gouvernement dit qu’il va bonifier le programme [de subventions] de 14 %. Qu’est-ce que tu veux que je fasse avec ça? », lance le producteur.

Une douleur généralisée

Le président de l’Union québécoise des microdistilleries, Jonathan Roy, assure que la souffrance financière est présentement généralisée chez ses membres. « La SAQ a diminué ses commandes. Et au Québec, c’est la seule province où les microdistilleries doivent augmenter leurs prix pour donner cette majoration de 52 % à la SAQ. Au Nouveau-Brunswick [où ma famille possède une autre microdistillerie], il rentre trois fois plus d’argent et on vend la bouteille 10 $ moins cher aux consommateurs. Le gouvernement du Québec donne la mission aux microdistilleries d’enrichir la SAQ. C’est ça qui est ça », dit le copropriétaire de la Distillerie Fils du Roy de Saint-Arsène, dans le Bas-Saint-Laurent.

Il souligne que d’autres « iniquités » affectent les ventes de ses membres. Par exemple, les microdistilleries ne peuvent vendre leurs spiritueux dans les marchés publics, tandis qu’un producteur de miel peut vendre son hydromel. « Ça n’a aucun sens », plaide M. Roy.

Les microdistillateurs ne peuvent pas non plus vendre leur alcool directement aux bars et restaurants sans passer par la société d’État, se désole-t-il. « Présentement, c’est la SAQ qui a le contrôle de la distribution. Et pour des petits lots, le réseau de la SAQ n’est pas gearé pour ça », assure-t-il.

Le président de l’association perd ses illusions envers le gouvernement. « Ça fait quatre ans qu’ils promettent de nous aider, qu’ils disent que de l’oxygène s’en vient, mais à date, malgré une sortie médiatique, rien n’a changé. »

Pour Marcel Mailhot, l’explosion du nombre de microdistilleries et les conditions de mise en marché imposées par la SAQ se traduiront par des fermetures, si rien ne change. « Certains vont éclater, alors que d’autres vont survivre », prévoit-il.

Au moment de mettre le journal sous presse, le 10 juin, le cabinet du ministre des Finances n’avait pas répondu aux questions de La Terre.