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Si le prix négocié dans la nouvelle convention avait été utilisé en 2022, les producteurs auraient touché mensuellement, pour des composantes moyennes, 145 $/hl au lieu de 117 $/hl. Photo : Martin Ménard/Archives TCN

Si le prix négocié dans la nouvelle convention avait été utilisé en 2022, les producteurs auraient touché mensuellement, pour des composantes moyennes, 145 $/hl au lieu de 117 $/hl. Photo : Martin Ménard/Archives TCN

Entente historique sur le prix du lait de chèvre

Les prochaines années s’annoncent prometteuses pour les producteurs de lait de chèvre. Peu avant Noël, ces derniers ont conclu une entente historique avec les acheteurs : si les éleveurs parviennent à livrer les volumes prévus, le prix de base sera augmenté de près de 24 % pour atteindre 132,32 $/hectolitre (hl). La convention de mise en marché sera effective pour trois ans et le nouveau prix entrera en vigueur dès le 1er février 2023.

Christian Dubé

Christian Dubé

Dans une lettre envoyée aux éleveurs, le président des Producteurs de lait de chèvre du Québec (PLCQ), Rémi Hudon, précise qu’en considérant la prime d’automne, le prix mensuel moyen de référence atteindrait 137,3 $/hl. Si le nouveau prix avait été utilisé en 2022, les producteurs auraient touché mensuellement, pour des composantes moyennes, 145 $/hl au lieu de 117 $/hl.

Le vice-président des PLCQ, Christian Dubé, qualifie cette entente de relance de l’industrie. « Les producteurs étaient tellement rendus à boutte. C’était la négociation de la dernière chance. Pour une rare fois, ils étaient unanimes et solidaires et nous ont dit de fesser dans le tas », dit-il.

Avec cette entente, l’objectif est d’assurer une sécurité d’approvisionnement pour les acheteurs, mais également de mettre un terme à la décroissance de la production, soutient l’administrateur ayant participé au processus de conciliation mené par la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec. « Ils ont compris que s’ils ne faisaient pas un move important au niveau du prix, la décroissance se poursuivrait et à un moment donné, il y a un point de non-retour. C’est-à-dire qu’il n’y a plus assez de lait à transporter et on entre dans une spirale où, à un moment donné, il n’y en aura plus, de lait de chèvre », indique M. Dubé.

Depuis trois ans, les producteurs ont élevé le nombre minimal de chèvres pour assurer le renouvellement des troupeaux, mais sans plus. Le vice-président ajoute que la revente de chèvres était jusqu’ici difficile, voire impossible, et que la situation générale était décourageante pour les producteurs. Sans préciser le chiffre, il ajoute que bon nombre d’entre eux ont quitté le navire depuis les dernières années.

Or, le nouveau prix couvre maintenant l’inflation, mais pas le coût de production des fermes. La première année de l’entente servira à cesser l’hémorragie en maintenant le statu quo dans les volumes de production, les deux années subséquentes serviront à accroître les quantités produites.

Selon Christian Dubé, il fallait en arriver à une entente avant le printemps, sans quoi le processus aurait été reporté d’un an. « La majorité des mises bas se font au printemps, dit-il. C’était important de dire aux producteurs qu’il y avait un avenir, avant janvier, pour qu’ils gardent les chèvres qui vont naître [dans le but de] prendre de la croissance ou de les vendre ailleurs », mentionne l’éleveur.

Moins concurrentiels

Christian Dubé est conscient qu’une telle augmentation de prix minera la compétitivité des éleveurs québécois sur le marché canadien, mais il explique que la demande est là. « [Les consommateurs] en veulent, du fromage, du lait en pinte, des produits laitiers de chèvre. C’est un marché en croissance, mais sans matière première, [les acheteurs] ne peuvent pas investir », indique le vice-président.

L’augmentation au Québec bénéficiera même aux producteurs ontariens, croit-il, puisqu’historiquement, le prix québécois sert de prix de référence sur le marché. Au moment de mettre le journal sous presse, l’entreprise chinoise Feihe Internationale, qui produit du lait maternisé à base de lait de chèvre à Kingston en Ontario, n’avait pas encore été prévenue de l’issue de la nouvelle convention.