Économie 4 juin 2018

La chaîne de blocs sera testée dans l’agroalimentaire d’ici

La nouvelle technologie chaîne de blocs (blockchain) pourrait permettre de simplifier et de sécuriser la traçabilité des produits agricoles, dont le bœuf du Québec.

Les promesses de cette technologie sont nombreuses. Selon les experts, il serait possible de limiter les intermédiaires, de certifier les étapes de production, de mieux cerner les problèmes, d’isoler dans la chaîne de distribution les produits à risque, de faire une traçabilité plus détaillée que jamais, d’augmenter la sécurité alimentaire et de diminuer le temps de transaction.

Agri-Traçabilité Québec (ATQ) va bientôt tester cette technologie de registre informatisé et décentralisé sur la filière Bœuf Québec. « Le consommateur pourrait savoir qui a produit la viande, où, quand et comment », a illustré Marie-Christine Talbot, directrice générale de l’organisation, lors des récentes conférences des Perspectives agroalimentaires 2018.

Traçabilité complète

ATQ va donc tester la mise en place d’une chaîne de blocs pour une traçabilité complète de la ferme à la table. Les éleveurs et les transformateurs y participeront, de même que certains détaillants déjà impliqués dans la filière Bœuf Québec. On pourra alors connaître la valeur de chaque carcasse aussi loin que possible dans la chaîne et surveiller les volumes réels négociés. 

Le projet pilote de 19 mois d’ATQ va permettre d’évaluer le coût de la mise en place de la chaîne de blocs de type consortium ainsi que les contraintes, la gouvernance et la facilité d’utilisation. Une fois implanté chez Viandes Forget et Viandes Lauzon, au Québec, le projet pourrait être réalisé dans un nouvel abattoir de l’Île-du-Prince-Édouard.

Intérêt sanitaire

« On a senti un intérêt des autorités sanitaires », ajoute la directrice d’ATQ. Il serait en effet aisé de savoir très rapidement où se trouve précisément un lot dans toute la chaîne de transformation et de commercialisation et ainsi de faciliter un éventuel rappel. On peut notamment connaître le nom de l’agriculteur, l’origine du produit, la date de sa vente et de sa transformation, le mode de production et si la chaîne de froid a été respectée.

Freins pour la chaîne de blocs au Canada

Sylvain Charlebois, Université de Dalhousie
Sylvain Charlebois, Université de Dalhousie

Sylvain Charlebois, spécialiste de la distribution alimentaire et professeur à l’Université Dalhousie, ne croit pas que les chaînes de blocs arriveront rapidement chez les détaillants canadiens. « Le contexte canadien est différent de celui de -l’Europe ou des États-Unis. C’est pratiquement un oligopole en distribution au Canada », a-t-il commenté au sujet de la chaîne de blocs en agriculture. Il n’est donc « pas surpris » que les grands détaillants canadiens n’aient pas fait d’annonces sur la chaîne de blocs, contrairement à Walmart aux États-Unis et à Carrefour en France. « Si les Canadiens ne s’inquiètent pas [de la sécurité des -aliments], pourquoi investir? » ajoute Sylvain Charlebois.

La première transaction agricole

La première transaction agricole utilisant la chaîne de blocs revient à la multinationale Louis Dreyfus Co. L’entreprise a vendu 60 000 tonnes de soya au gouvernement chinois en décembre 2017. Louis Dreyfus a estimé que les modalités de cette transaction avaient pris 80 % moins de temps. Le vendeur a en effet pratiquement éliminé la paperasse et les télécopieurs, et diminué les audits nécessaires.

Qu’est-ce que la chaîne de blocs?

La chaîne de blocs est un registre informatisé qui est distribué sur plusieurs ordinateurs et sur lequel aucun utilisateur n’a le contrôle. Chaque fois qu’une transaction est effectuée, la modification est incluse dans un bloc qui se transmet immédiatement à plusieurs ordinateurs. Pour valider un changement dans la chaîne de blocs, il faut que plus de 50 % des systèmes reflètent cette modification. Puisqu’il n’y a pas qu’un seul registre centralisé de données, comme c’est généralement le cas en ce moment, il devient pratiquement impossible de falsifier toute l’information contenue dans les ordinateurs en même temps. Les promoteurs de la chaîne de blocs insistent donc sur l’aspect sécuritaire et sur la transparence que ce système permet.

blockchain

Quelques exemples d’applications

Traçabilité des produits biologiques

La traçabilité des produits biologiques pourrait être plus transparente pour toute la filière si l’on utilisait la chaîne de blocs. En Grande-Bretagne, la Soil Association Certification travaille justement sur un suivi de la filière bio par la chaîne de blocs, de la ferme aux tablettes d’épicerie. Une application pilote mobile, qui fonctionne à l’aide d’un code à barres bidimensionnel, a permis un suivi par le consommateur dès l’automne 2017.

Suivi des tomates en temps réel

En agriculture conventionnelle, il est également possible d’entrer une culture, par exemple de tomates, dans une chaîne de blocs. On peut alors fournir instantanément à plusieurs joueurs l’information sur le type de semences, les produits utilisés et l’évolution de la culture, et inclure les données de capteurs qui peuvent suivre la mesure du pH ou le taux de sucre. Le temps de récolte peut alors être estimé et l’ensemble des partenaires de la chaîne de blocs ainsi que les consommateurs pourraient être informés en détail sur ces produits et sur la date probable de leur disponibilité. La compagnie californienne ripe.io travaille sur une chaîne de blocs de ce type.