fbpx
Par crainte de manquer de volumes, le réseau québécois de distribution a poursuivi les importations des États-Unis, créant finalement de la concurrence aux premières laitues locales. Photo : Caroline Morneau/Archives TCN

Par crainte de manquer de volumes, le réseau québécois de distribution a poursuivi les importations des États-Unis, créant finalement de la concurrence aux premières laitues locales. Photo : Caroline Morneau/Archives TCN

Dur début de saison pour la laitue

Le début des récoltes de laitues a été ardu pour plusieurs producteurs qui, dans un contexte particulier d’aléas de la météo, ont eu du mal à vendre leurs volumes à bon prix aux grossistes et aux grandes chaînes. Ils se sont parfois résignés à laisser au champ des surplus de ce légume hautement périssable.

« C’est l’enfer. Il n’y avait pas de prix et pas de demande », signale Pascal Lecault, un producteur d’Oka dans les Laurentides, qui est chaque année parmi les premiers au Québec à vendre ses laitues en gros. Comme il ne produit que des primeurs de ce légume, sa courte fenêtre de récolte, qui avait débuté à la fin mai, est déjà terminée depuis le 20 juin.

Or, un surplus d’offre par rapport à la demande en début de saison l’a forcé à laisser au champ 12 000 boîtes de laitues en feuilles vertes et rouges et 14 000 boîtes de romaines. « C’est arrivé en 2020, parce qu’elles avaient brûlé [en raison de la chaleur]. Cette année, c’était juste parce qu’elles ne se vendaient pas plus que ça », se désole-t-il, étonné. À Laval, Jocelyn Gibouleau, qui mise aussi sur le marché de la primeur pour ses laitues, dit avoir remarqué un phénomène similaire pour les prix en début de saison, mais être parvenu à limiter les surplus. « Il y a beaucoup de compétition, une panoplie de produits disponibles. […] Je n’ai pas de difficulté à vendre [mes primeurs de laitues] d’habitude, mais cette année, on dirait que la transition est difficile. C’était un peu comme ça l’année passée aussi », observe le producteur.   

Transition laborieuse

Joint par La Terre, le vice-président exécutif de l’entreprise de distribution de fruits et légumes Courchesne Larose, Guy Milette, explique que la canicule hâtive survenue en mai a provoqué « un boost » de la croissance des laitues locales, laissant croire que les récoltes seraient hâtives. Les cartes ont par la suite été brouillées par les températures fraîches qui ont ralenti la croissance et rendu incertain le moment des récoltes de primeurs.

Ce contexte, selon ce qu’observe M. Milette, a chamboulé la planification des grandes chaînes et des grossistes pour l’approvisionnement en laitues locales. « Chaque année, il y a une transition [de l’achat de laitues importées des États-Unis vers l’achat local]. Quand mère Nature est favorable, cette transition se prévoit bien, mais cette année, ça n’a pas été le cas. On n’a jamais eu de problème important de transition autant que cette année », dit-il.

Par crainte de manquer de volumes, le réseau de distribution a poursuivi les importations des États-Unis, créant finalement de la concurrence aux premières laitues locales. L’écoulement des produits, par ailleurs, serait lent en raison du manque de promotions planifiées en magasin. Patrice Riendeau, producteur à Saint-Rémi en Montérégie, ne fait pas de primeurs, mais dit avoir un « début de saison rock ‘n’ roll ». Depuis qu’il a commencé les récoltes de laitues le 15 juin, il peine à passer tous ses volumes à un prix acceptable. « Il y a beaucoup de champs qui sont sortis en même temps avec l’arrivée de la chaleur, après la vague de froid », explique-t-il, remarquant un engorgement. Selon Guy Milette, toutefois, la situation devrait se résorber progressivement.