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Semer le maïs aux 60 pouces (à droite) plutôt qu’aux 30 pouces (à gauche) permet aux cultures intercalaires de profiter d’un meilleur accès au soleil. Photo : Gracieuseté de Valérie Bouthillier-Grenier

Semer le maïs aux 60 pouces (à droite) plutôt qu’aux 30 pouces (à gauche) permet aux cultures intercalaires de profiter d’un meilleur accès au soleil. Photo : Gracieuseté de Valérie Bouthillier-Grenier

Une étude sur les rangs de maïs aux 60 pouces

Est-ce que cultiver le maïs en rangs espacés de 60 pouces s’avère profitable à long terme? C’est pour répondre à cette question que Pierre Rémillard, chargé de projet au Centre collégial de transfert technologique (CCTT) Agrinova à Alma, a lancé cette année un réseau d’essais à la ferme. L’agronome a présenté les résultats préliminaires du projet le 3 décembre lors des Journées horticoles et grandes cultures à Saint-Rémi, en Montérégie.

Six producteurs prennent part à l’expérience qui se terminera en 2021. Certains ont espacé leurs rangs de 60 pouces et d’autres de 40, misant sur des rangées doubles pour conserver la même densité de plants que s’ils avaient semé aux 30 pouces.

Pierre Rémillard

Pierre Rémillard

Au terme de la première saison de tests, ces producteurs ont encaissé une baisse de rendement allant de 20 à 32 % sur ces parcelles. « C’est là que le bât blesse », admet candidement M. Rémillard, sans jeter pour autant l’éponge, car c’est sur plusieurs saisons de culture que se mesure l’efficacité de l’approche aux 60 pouces.

Des bienfaits sur plusieurs années

En espaçant les rangs de 60 pouces, les plants de maïs et les intercalaires qui tapissent le sol absorbent plus de lumière et retournent dans le sol une plus grande quantité de nutriments, explique le spécialiste, ce qui stimule du même coup l’activité microbienne. « L’idée, c’est de transformer une culture de maïs exigeante aux 30 pouces en une oasis de biodiversité aux 60 pouces », résume l’agronome. L’approche devrait donc, en théorie, améliorer les rendements des cultures subséquentes sur une même parcelle.

D’ici à ce qu’on ait vérifié cette hypothèse, le groupe de producteurs et d’intervenants optimisera la procédure en évaluant le rôle de différentes variables, comme l’orientation des rangs et la nature des intercalaires et des hybrides de maïs. « Va falloir trouver la bonne recette », indique M. Rémillard, ajoutant que l’idéal serait de trouver un hybride de maïs capable de profiter de l’espacement de 60 pouces pour donner un rendement optimal en grain.

Haro sur les semences enrobées aux pesticides

La journée grandes cultures s’est terminée par une allocution de l’entomologiste américain Jonathan Lundgren, aussi propriétaire de la Ferme BlueDasher située au Dakota du Sud, où il produit grains et miels en plus d’élever quelques animaux. Portant à la fois un chapeau de chercheur, de producteur et de militant, M. Lundgren a martelé de vibrants « réveillez-vous » tout au long de son discours, invitant les producteurs à délaisser le labour et les semences enrobées au profit de la non-intervention et des plantes de couverture. L’Américain s’appuyait sur les résultats de ses recherches qui montraient que les parcelles avec couvert végétal comportaient 67% moins de ravageurs, en raison notamment de la présence accrue de leurs prédateurs. « Vous créez votre propre problème en laissant votre sol à nu », a-t-il affirmé.