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Photo : Gracieuseté de François Nadeau, MAPAQ

Photo : Gracieuseté de François Nadeau, MAPAQ

Une démarche empreinte de curiosité… et d’audace mesurée

HÉBERTVILLE – À 63 ans, William Van Tassel, coactionnaire de la Ferme Van Tassel Grandes cultures, située à Hébertville au Saguenay–Lac-Saint-Jean, admet avoir toujours été curieux. Cette qualité compte d’ailleurs parmi les secrets de la réussite du producteur de canola, de maïs-grain, de blé panifiable, de soya et d’orge brassicole. Sur une superficie de plus de 400 hectares, il a bâti une entreprise solide, qui a su grandir au fil des ans.

Au royaume des Tremblay, le patronyme Van Tassel étonne un peu, mais William confirme qu’il est natif de Jonquière. D’ascendance hollandaise, ses ancêtres sont arrivés en Amérique du Nord en 1622. L’accent qui teinte son élocution lui provient du passage qu’il a effectué à l’école anglophone d’Arvida. En 1973, alors que William est âgé de 16 ans, son père achète la ferme. Et voilà que l’aventure agricole s’amorce.

« À l’époque, il l’a acquise avec ses 28 vaches et 50,5 hectares. J’ai pris la relève en 1980. Successivement, plusieurs achats de terres ont été réalisés. Dès 1983, 101 hectares se sont ajoutés, puis 81 du voisin quatre ans plus tard. Cette même année, Huguette Larouche, mon épouse, devient actionnaire et c’est ainsi que naît la Ferme Van Tassel, aujourd’hui constituée en société avec notre fils Dave », explique William.

Surtout des grandes cultures

En 1991, 2001, 2007 et 2016, d’autres terres viennent se greffer et accroître la superficie de l’exploitation, à la fois en propriété et en location. Le quota laitier est également vendu. Depuis 1983, les grandes cultures représentent donc le secteur dominant. William Van Tassel en a fait une spécialité, misant sur une gestion rigoureuse des champs et sur son fort désir d’apprendre.

Le producteur n’a en effet jamais hésité à s’exposer aux différentes sources de connaissances qui s’offraient à lui : son père, ses voisins, l’agronome qui visitait l’entreprise, certains cours suivis au cégep, les colloques auxquels il a participé, mais aussi la multitude de chercheurs qui ont croisé son chemin au moment où il était administrateur aux Producteurs de grains du Québec, de 1991 à 2018.

« J’ai appris un peu partout et l’objectif reste évidemment de continuer à relever des défis, lance William. Une culture en santé se traduit par plus de rendement et une bonne qualité des grains. La récolte se prépare des saisons à l’avance et les semis actuels serviront pour plusieurs autres récoltes dans le futur. Les principes de l’agriculture durable sont ceux qui gouvernent toutes les activités de la ferme. »

Les installations de l’exploitation comprennent une dizaine de silos, deux élévateurs à grains et un séchoir. Photo : Gracieuseté de la Ferme Van Tassel

Les installations de l’exploitation comprennent une dizaine de silos, deux élévateurs à grains et un séchoir. Photo : Gracieuseté de la Ferme Van Tassel

Une formule gagnante pour le canola

Destiné à la production d’huile comestible et de tourteau, le canola n’échappe pas à cette règle vitale de durabilité. Tout commence par le déploiement d’une formule d’alternance des cultures. Les rotations, longues et espacées, se font aux quatre ans et dans l’ordre suivant : maïs ou orge à deux rangs, canola, blé, soya. Elles visent essentiellement à briser le cycle des maladies et à améliorer la santé du sol.

« À l’automne, je ne travaille pas le sol, ce qui prévient l’érosion. Cette année, pour le canola, j’ai instauré un système d’intercalaires avec deux variétés de trèfles et du ray-grass. Dans le premier cas, les résultats n’ont pas été satisfaisants, mais le ray-grass, lui, a mieux sorti. En 2021, j’envisage de le réessayer, d’autant plus qu’il coûte moins cher à semer que le trèfle », commente en outre William Van Tassel.

Celui qui a cultivé 70 hectares de la plante à fleurs jaunes cette année – et en cultivera 100 l’an prochain – obtient, en zone 3, une moyenne de 3,2 tonnes à l’hectare. Il a constaté qu’un ajout de bore engendrait une augmentation des rendements et que le fait de négliger un dépistage favorisait la prolifération des ravageurs dans ses champs. En période printanière, le travail du sol se limite à un passage de cultivateur lourd. 

 Diplômé du Collège d’Alma en Gestion  et technologies d’entreprise agricole,  Dave est devenu actionnaire de la ferme familiale en 2007.

Diplômé du Collège d’Alma en Gestion et technologies d’entreprise agricole, Dave est devenu actionnaire de la ferme familiale en 2007.

Travaux de recherche et code de pratiques

À la Ferme Van Tassel, expérimenter en vue de progresser a aussi fait du lieu l’un des sites officiels des Réseaux des grandes cultures du Québec. Pour le travail de recherche qui consiste, en plus de l’étape des semis, à réaliser des observations, à prendre des notes et à effectuer des visites régulières sur les parcelles d’essai, l’engagement de producteurs-collaborateurs intéressés s’avère extrêmement utile.

« Chez nous, une attention particulière est également portée à la fertilisation, à la phytoprotection, à l’humidité à la récolte et la maturité des grains, au séchage, à la ventilation et à l’entreposage de ceux-ci », conclut William, qui occupe le poste de vice-président des Producteurs de grains du Canada depuis un an et qui, à ce titre, participe à l’élaboration d’un code de pratiques qui sera publié l’été prochain.

Un travail reconnu… et qui se poursuit

À deux reprises, en 2014 et 2019, les efforts consentis par la famille Van Tassel-Larouche ont été reconnus par l’Ordre national du mérite agricole. Constamment à l’affût de terres disponibles à proximité, William indique du même souffle que l’avenir de la ferme sera entre les mains de son fils Dave. « Pour ma part, je suis un éternel optimiste, un passionné et je vois la poursuite de nos activités dans le choix de cultures à valeur ajoutée destinées à des marchés niches », dit-il. 


Ce texte a été publié dans la revue GRAINS de janvier 2021.