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La punaise marbrée. Crédit photo : MAPAQ

La punaise marbrée. Crédit photo : MAPAQ

Un nouveau ravageur à surveiller dans les grandes cultures au Québec 

Le Centre de recherche sur les grains (CÉROM) achève un projet sur l’impact des changements climatiques et les mesures d’adaptation pour les ravageurs présents et potentiels en grandes cultures au Québec. Parmi les insectes qui pourraient affecter les grandes cultures dans l’avenir, on retrouve la punaise marbrée.

Rappelons d’abord que ces deux dernières années, de fortes sécheresses ont affecté les rendements et la qualité de plusieurs récoltes, notamment en grandes cultures.

Comme de plus en plus de saisons identiques à celle de 2018 sont à prévoir, il faudra s’adapter afin de mieux réagir. Les changements climatiques affecteront la durée de croissance des plantes et favoriseront l’introduction, l’établissement et le développement de nouvelles espèces animales ou végétales, dites « espèces exotiques envahissantes », et de maladies.

Dans le cadre d’un projet réalisé par le CÉROM sur l’impact des changements climatiques et des mesures d’adaptation pour les ravageurs présents et potentiels en grandes cultures au Québec, plusieurs phytoravageurs ont été identifiés.(1) Cinq de ces ravageurs ont fait l’objet d’une étude de cas en raison de leurs très fortes probabilités d’adaptation au climat futur du Québec, et notamment la punaise marbrée.

Qu’est-ce que la punaise marbrée?

Aussi appelée punaise diabolique en Europe, ou brown marmorated stink bug aux États-Unis, la punaise marbrée adulte peut être confondue avec d’autres punaises en raison de sa forme caractéristique de bouclier. Elle mesure environ 17 mm de long et est de couleur brune avec des ailes antérieures de teinte rosée. Les bords de l’abdomen présentent une succession de bandes foncées et claires. La présence de deux bandes pâles sur les antennes et l’absence d’une bordure dentelée en arrière de la tête représentent des critères distinctifs de cette espèce. Les œufs, en forme de tonneaux blancs avec de petites épines entourant leur partie supérieure, sont pondus en petits amas sur la surface inférieure des feuilles. Il y a cinq stades larvaires (nymphes), les plus jeunes étant de couleur rouge et noire. La couleur évolue au cours du temps et les bandes claires apparaissent sur les antennes et les pattes des nymphes plus âgées.

Est-elle déjà présente au Québec?

Originaire d’Asie, cet insecte a envahi plusieurs continents, dont l’Amérique du Nord. Arrivée en Pennsylvanie en 1996, la punaise a colonisé plus de 40 États américains. Au Canada, on la retrouve en Colombie-Britannique, en Ontario et au Québec. D’abord piégée en 2014 dans un verger de la région de Franklin, la punaise marbrée est capturée depuis 2016 sur l’île de Montréal.(2) Un premier spécimen a été capturé durant l’été 2018 dans un champ de maïs au CÉROM. Sa dispersion en Amérique du Nord est lente, mais facilitée par les déplacements humains et les échanges commerciaux. L’espèce hiberne dans les habitations, où elle constitue une nuisance pour les habitants.

Quel sera l’impact des changements climatiques sur cette espèce?

La punaise marbrée s’alimente de plus de 170 plantes comme les petits fruits, la vigne, les légumes, le maïs et le soya, et elle peut changer de culture plusieurs fois dans la saison. Grâce à des données de développement de l’insecte et des données climatiques historiques, des modélisations ont été réalisées pour déterminer où la punaise marbrée pourrait de se développer dans les cultures de maïs et de soya au Québec selon différents scénarios climatiques.

L’aire de répartition de la punaise marbrée sera probablement augmentée au Québec. Si les conditions actuelles semblent n’être favorables qu’au développement des jeunes nymphes dans le sud et le centre du Québec, à l’avenir, ces nymphes apparaîtront plus tôt et pourraient envahir presque toute la province. Même si le climat de la période de référence ne semblait pas être favorable pour que la punaise atteigne son stade adulte, dans le futur, les adultes affecteraient essentiellement le sud du Québec et plus il ferait chaud, plus les adultes apparaîtraient tôt. Par conséquent, les plantes-hôtes seront plus exposées à l’insecte. Selon les conditions actuelles, seules les jeunes nymphes affecteraient le maïs et le soya pendant leur période de vulnérabilité, tandis que dans des scénarios plus chauds, ces cultures seraient également exposées aux autres nymphes et aux adultes.(3)

Existe-t-il des mesures d’adaptation au Québec pour faire face à ce nouvel ennemi?

Il faut d’abord limiter l’introduction de l’espèce, à la suite de déplacements dans des régions où la punaise est présente. Un réseau de surveillance a été mis en place par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) dans les grandes cultures, et le CÉROM installe des pièges attractifs en Montérégie, à proximité d’axes routiers. D’autres réseaux sont déployés à Montréal et par Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). Toute personne qui doute de l’identification d’un spécimen peut soumettre celui-ci à un spécialiste. La guêpe samouraï, un ennemi naturel de la punaise marbrée, a récemment été identifiée en Colombie-Britannique et pourrait être utilisée en lutte intégrée.(4) Des filets d’exclusion permettent de protéger certaines cultures. Enfin, des insecticides comme le malathion sont homologués au Québec pour contrôler la punaise marbrée au besoin. (5)

Julien Saguez, Ph. D., biologiste-entomologiste, chercheur en biosurveillance, CÉROM


Remerciements

L’auteur remercie tous les partenaires de ce projet, dont l’équipe du Dr Gaétan Bourgeois (AAC – Saint-Jean-sur-Richelieu) pour la production des modèles et cartes de distribution. Ce projet a été réalisé en vertu du sous-volet 3.2 du programme Prime-Vert 2013-2018 et a bénéficié d’une aide financière du MAPAQ par l’entremise du Fonds vert dans le cadre du Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques du gouvernement du Québec. Ouranos est un partenaire scientifique et financier du projet.

Références

1. Saguez. 2017. Impact des changements climatiques et mesures d’adaptations pour les ravageurs présents et potentiels en grandes cultures au Québec. Synthèse bibliographique. CÉROM, 70 p.

2. Chouinard et al. 2018. Interceptions and captures of Halyomorpha halys (Hemiptera: Pentatomidae) in Quebec from 2008 to 2018. Phytoprotection, 98(1): 1-50.

3. Saguez et al. 2017. Insectes ravageurs et maladies dans les grandes cultures : Quels seront les impacts potentiels des changements climatiques à l’horizon 2050? Poster. Symposium OURANOS. Novembre 2017

www.researchgate.net/publication/321125692_Insectes_ravageurs_et_maladies_dans_les_grandes_cultures_Quels_seront_les_impacts_potentiels_des_changements_climatiques_a_l’horizon_2050

4. Abram et al. 2019. First detection of the samurai wasp, Trissolcus japonicus (Ashmead) (Hymenoptera, Scelionidae), in Canada. Journal of Hymenopter

5. SAgE pesticides. 2019. Consulté le 26 mars 2019. www.sagepesticides.qc.ca

 

Cet article a été publié dans l’édition de mai 2019 du magazine GRAINS.