fbpx

Semis : des producteurs de la Montérégie demandent de l’aide

Par des circonstances rarissimes, des producteurs de grains de la Montérégie termineront leurs semis plus tard que leurs confrères situés en régions éloignées.



À vrai dire, certains n’avaient toujours pas réussi à placer une graine en terre en date du 2 juin! « Ce que nous vivons, c’est difficile et très stressant. Déjà le début juin et nous n’avons presque rien de fait au champ. Nos cultures pourraient sérieusement être compromises », résume une agricultrice de Bedford. Ce n’est évidemment pas toute la Montérégie qui est touchée, mais bien une zone d’environ 100 km, circonscrite au sud-est de Montréal, jusqu’aux lignes américaines. « Ce n’est pas compliqué, dans notre coin, aussitôt qu’on a trois jours de beau temps de suite, il recommence à tomber 1 po ou 1 1/4 po d’eau. Et la chaleur vient juste en fin d’après-midi. Ça ne sèche pas », décrit Ernest William Gasser, copropriétaire de la Ferme Gasser, à Pike River. Toutes les cultures écopent. On constate des retards majeurs sur le plan des semis de maïs et de soya, mais également des baisses de rendement dans les fourrages. « On vient de faire notre première coupe et j’estime que nous avons une diminution de rendement de 20 %. Le printemps a été beaucoup trop froid », affirme M. Gasser. À ce sujet, le producteur estime que si la deuxième ou la troisième coupe ne compensent pas, l’entreprise manquera d’ensilage de foin le printemps prochain, un aspect peu réjouissant pour les Gasser, qui possèdent 380 vaches en lactation…

L’appel à l’aide

L’heure est à la course pour les producteurs de grains. Certains n’hésitent pas à demander l’aide de leurs collègues situés ailleurs au Québec. C’est le cas de Nicolas Keurentjes, de Henryville, qui utilise un planteur 16 rangs en provenance d’une ferme de Bécancour, au Centre-du-Québec. « C’est la Ferme Claudelaine, on les connaît bien. Ils avaient terminé leurs semis et ils nous ont offert leur planteur. Au total, ça nous fera deux planteurs 16 rangs et un semoir pneumatique de 40 pi en opération. Malgré tout, nous en avons encore pour 10 jours d’ouvrage », assure-t-il. Au village voisin de Saint-Sébastien, Marc Sepul, de la Ferme Berjo, entend également miser sur du renfort pour compléter les semis de ses terres totalisant près de 1 000 ha. « À l’heure où l’on se parle [2 juin], il n’y a que 32 % des semis de complétés. Dès que la pluie va passer, on appelle des amis qui ont terminé; ils attendent juste notre signal pour venir nous aider », mentionne-t-il, visiblement heureux de ce soutien.

La fin du calendrier

Les producteurs du secteur ne se racontent plus d’histoires; ils soulignent que même un automne magique ne permettra pas de combler les pertes de rendement attribuées aux retards de semis. « Dans les champs d’argile lourde non drainés, c’est officiel : certains producteurs n’ont rien fait encore. Plusieurs échangent leur sac de semences pour des cultivars ayant des unités thermiques plus faibles, ce qui diminuera le rendement. Et dans les champs où nous avons été capables de semer, les conditions n’étaient pas idéales. La terre trop humide a conduit à de la compaction et à la formation de mottes, ce qui entraînera aussi des baisses », fait remarquer Sébastien Gagnon, agriculteur et représentant pour Pioneer. La progression des semis demeure très variable d’une ferme à l’autre. Tout dépend de la taille des entreprises et du type de sol. En règle générale, dame Nature oblige les producteurs à effectuer des choix. « Nous avions prévu de mettre près de 650 hectares en maïs; il n’y en a que 200 de faits. À partir de demain, on vire tout à 100 % en soya. Sauf que du soya sur un retour de soya, ce ne sera pas super pour les rotations », confie quant à lui Marc Sepul. Finalement, et malgré sa superficie de près de 700 ha à semer, Sébastien Gagnon tente de garder le moral, même si le temps presse. « Nous avions connus des retards similaires en 2011, à la différence que cette année, nous sommes en juin et qu’on annonce encore de la pluie. Nous arrivons pratiquement à la fin du calendrier des semis, et on ne voit pas la fin! J’espère que le proverbe est vrai : Après la pluie, le beau temps… »