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Stéphanie Laquerre assume plusieurs rôles dans l’entreprise, y compris celui d’effectuer des travaux au champ. Photos : Johanne Martin

Stéphanie Laquerre assume plusieurs rôles dans l’entreprise, y compris celui d’effectuer des travaux au champ. Photos : Johanne Martin

Semer la détermination, récolter le succès

SAINT-CASIMIR – Au Québec, les centres de conditionnement de semences indépendants constituent une rareté. Lorsque les rênes de l’entreprise sont tenues par une femme, la situation s’avère encore plus exceptionnelle. À la tête de Semences Laquerre, tel est pourtant le destin de Stéphanie Laquerre.

Ferme laitière à ses débuts, dans les années 1950, l’exploitation a ensuite migré vers l’élevage de bovins de boucherie et la production de semences pour ne conserver, à partir de 2001, que les activités de culture. Fondée par Bruno Laquerre, le grand-père de Stéphanie, l’entreprise passe aux mains de ses parents, Réjean Laquerre et Aline Boucher, en 1994. Aujourd’hui, la troisième génération est à pied d’œuvre.

« Nous avons continué dans les semences et nous nous sommes concentrés là-dessus, atteste Stéphanie Laquerre. En ce qui concerne les céréales, on cultive le blé, l’orge et l’avoine. On a aussi du soya. Au total, 1 300 acres (526 ha) sont exploitées de façon conventionnelle. Les céréales et le soya sont vendus en semences aux producteurs. Les surplus générés sont pour leur part écoulés dans l’alimentation. »

Bon an mal an, 500 à 600 tonnes de semences sortent des entrepôts de la ferme située dans l’ouest de Portneuf. Les surplus qui sont redirigés vers l’alimentation représentent quant à eux de 1 500 à 2 000 tonnes annuellement. Dans l’ensemble du processus, Stéphanie réalise plusieurs tâches. Elle peut aussi bien se retrouver au volant d’un tracteur qu’à empocher du grain ou à faire de la tenue de registres.

Miser sur la réparation de la machinerie permet à Semences Laquerre  de sauver des coûts importants.

Miser sur la réparation de la machinerie permet à Semences Laquerre de sauver des coûts importants.

Pas de différence… ni de problème

La jeune productrice, qui possède un diplôme d’études collégiales en gestion et exploitation d’entreprise agricole (GEEA) de l’Institut de technologie agroalimentaire (ITA), campus de La Pocatière et une formation en agronomie de l’Université Laval, ne considère pas pour autant que sa situation tienne de l’exploit. « Je ne vois pas de différence comme femme. Même si le travail peut être très physique, on se sert de la machinerie dans la mesure du possible. »

À l’égard de la clientèle, le rôle grandissant qu’occupe Stéphanie dans l’entreprise ne pose pas non plus problème. « Il n’y a aucune réaction négative de qui que ce soit jusqu’à présent », soutient-elle. Principalement en charge des champs et de la machinerie, Réjean, son père, lui délègue peu à peu la direction de l’exploitation. De son côté, sa mère assume toujours le volet comptabilité de la ferme familiale.

Représentante de la relève, la responsable du poste de criblage, de l’épandage et de la gestion de la production fait sa place et confirme qu’elle deviendra bientôt actionnaire de l’entreprise. Le transfert des parts inclura aussi le plus jeune de ses frères, Alexandre, qui manifeste de l’intérêt pour la comptabilité. Ils évolueront tous deux dans le contexte de centres de conditionnement de semences indépendants.

« Nous faisons nos ventes nous-mêmes, ce qui suppose qu’il faut avoir un marché. C’est un défi supplémentaire; nous sommes peu nombreux à vivre selon ce type de modèle dans la province. Avec mon père, j’ai même suivi un cours de bourse sur le marché du grain. Nous avons des clients partout au Québec, dans l’Ouest, au Nouveau-Brunswick et jusque dans le Maine », mentionne Stéphanie Laquerre.

Toujours propriétaires de l’entreprise, Aline Boucher et Réjean Laquerre s’apprêtent à passer le flambeau à la prochaine génération.

Toujours propriétaires de l’entreprise, Aline Boucher et Réjean Laquerre s’apprêtent à passer le flambeau à la prochaine génération.

Réparer pour économiser

La bonne santé financière de l’exploitation passe entre autres par la réparation et l’entretien réguliers de la machinerie. L’atelier de mécanique constitue donc une composante importante de la ferme. La productrice rapporte ainsi qu’une batteuse a récemment été remontée, qu’une jante a été remplacée sur un tracteur, les freins sur un autre, que la suspension du pulvérisateur a été entièrement remise à neuf…

« On a un gros parc : plus d’une dizaine de tracteurs, deux semoirs, trois batteuses – avec beaucoup de pièces de rechange –, deux pelles mécaniques, un arrosoir et une draineuse, énumère Stéphanie. On fait de la mécanique à l’année et on sauve énormément de sous, sachant qu’un tracteur neuf coûte plusieurs centaines de milliers de dollars. On en a ici trois ou quatre qui ont fait le tour du compteur! »    

Parmi les nouvelles acquisitions de l’entreprise figure l’achat, l’automne dernier, d’un second épandeur à fumier, celui-là muni d’une balance pour pouvoir faire le dosage automatique des boues de papetières et de la chaux. En 2018, la ferme s’est également dotée d’un bulldozer pour les travaux de drainage. Autrement, le poste de criblage, en place depuis 1965, a fait l’objet d’une amélioration constante.

« On essaie toujours de s’adapter, de mieux faire les choses, d’avancer. Dans les champs, par exemple, on opte pour un travail minimal de la terre. Si on en avait le temps, on aimerait faire plus souvent de la culture d’automne afin de sauver du temps au printemps. On veut aussi bâtir un nouvel entrepôt à machinerie, mais ce ne sera pas avant la construction de ma maison! », confie Stéphanie.

Semences Laquerre au temps de la COVID-19

Si l’accès aux bureaux des Semences Laquerre est plus limité en raison de la pandémie, la production, elle, ne connaît pas de ralentissement. Le printemps ne laisse aucun répit à la famille. Assemblées annulées, réunions tenues en vidéoconférence – Réjean Laquerre est président du conseil d’administration des Producteurs de grains de la Rive-Nord –, les déplacements vers Longueuil sont toutefois devenus inexistants. Moins de temps passé sur la route, mais davantage à attendre que soient livrées les pièces de machinerie commandées, semble-t-il…

Ce portrait de ferme a été publié dans l’édition de mai 2020 du magazine GRAINS.