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Quatre ans pour analyser des données!

Le récent scandale des aliments bio contaminés a fait couler beaucoup d’encre, en plus d’éclabousser les producteurs biologiques du Québec.

Rappelons que dans la deuxième semaine de janvier, la télévision d’État avait diffusé un reportage basé sur les données tirées d’une étude de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) affirmant que « près de la moitié des fruits et légumes biologiques analysés depuis deux ans contenaient des traces de pesticides ». Voulant remonter à la source de cette nouvelle qui a eu un effet néfaste sur la crédibilité de toute la filière biologique, la Terre a obtenu, par le truchement de la Loi de l’accès à l’information, une copie du rapport.

Après avoir publié un reportage sur le rapport et son impact, la Terre a poursuivi ses demandes d’éclaircissements sur cette analyse controversée. Par de multiples courriels et appels, elle a talonné l’ACIA pour qu’elle réponde à différentes questions concernant son analyse de 952 aliments biologiques, dont près de la moitié, soit 431, contenaient des pesticides à divers degrés.

En premier lieu, il s’avère pertinent de connaître la provenance des échantillons contaminés. Est-ce que l’ACIA a établi la liste des entreprises fautives, afin de déterminer s’il s’agit de produits locaux ou importés? A-t-elle communiqué avec leurs organismes de certification? À cette dernière question, l’organisme fédéral avait répondu, lors de nos discussions en janvier, par l’affirmative. Vérification faite, parmi les certificateurs contactés par la Terre, aucun n’avait été interpellé par l’ACIA…

Questionné à nouveau sur ce point, l’organisme, par l’intermédiaire de Guy Gravelle, relationniste, s’est excusé et a avoué qu’aucun certificateur n’avait encore été rejoint à ce sujet : « Si nous vous avons donné de l’information comme quoi nous avons contacté les certificateurs, excusez-nous, car en vérité, nous ne sommes pas encore rendus à cette étape. » Idem pour une erreur de chiffre sur la page de présentation du rapport ainsi que pour les délais interminables nécessaires à chacune de leurs réponses. « C’est une erreur de notre part, nous manquons de personnel », a ajouté le porte-parole.

Les fameux 952 aliments testés subissent présentement une deuxième phase d’analyses réalisées par les autres divisions de l’ACIA (fruits et légumes, viandes, produits laitiers, etc.), qui feront le lien entre les produits échantillonnés et leurs producteurs. Ensuite, possiblement à l’été ou à l’automne 2014, la liste des produits bio qui auront été jugés non conformes à l’égard du Règlement sur les produits biologiques sera transférée à deux organismes, soit à la Division de la protection des consommateurs et au bureau des produits biologiques, qui communiqueront alors avec les certificateurs, lesquels mèneront une enquête sur les producteurs.

Rappelons que cette étude fait référence à des aliments en partie échantillonnés en 2011. Nous sommes en 2014 et leur analyse n’est pas encore complétée! La Terre a fait remarquer à l’ACIA qu’un aussi long délai semble peu efficace pour assurer la surveillance de la norme biologique, surtout que plusieurs produits échantillonnés en 2011 pourraient ne plus exister ou avoir changé de nom au moment où le rapport sera achevé. « Nous sommes d’accord. C’est évident que ça nous prend du temps. Mais nous sommes en train de développer un système pour mieux faire », a répondu le porte-parole Guy Gravelle.

Un scandale sur des informations brutes

À la suite des nombreux reportages des dernières semaines, plusieurs producteurs biologiques du Québec ont dû expliquer – ou réexpliquer – à leurs familles, amis et clients, le concept de dérive de pesticide, l’effet de traces, l’utilisation de biopesticides, etc. Or, tout le scandale reposait sur des données brutes, qui permettaient aux médias de publier de gros titres sans nécessairement relativiser l’information.

La Terre a demandé à l’ACIA pourquoi elle avait laissé fuir une information incomplète, qui a probablement terni inutilement la notoriété des producteurs bio locaux. « Quand le journaliste a su que les données existaient, il a fait une demande d’accès à l’information et les a obtenues. Nous avons tenté pendant une journée de lui expliquer le contexte, mais le journaliste et son supérieur ont décidé de publier quand même », a expliqué Guy Gravelle.

Une deuxième vague?

Si une vague de froid a déferlé sur l’industrie bio en janvier, une deuxième pourrait frapper plus tard cette année. De fait, le vrai rapport de l’ACIA, qui apparemment sera publié en 2014, pourrait à nouveau relancer le débat sur la présence de pesticides dans les aliments bio. Mais cette fois, au moins, les conclusions risquent de s’avérer complètes et fondées.