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Au printemps 2017 à Saint-Louis-de-Gonzague, Jérémie Montpetit et le propriétaire Daniel Pitre ont amorcé des essais d’intercalaires aux Fermes B. Pitre et Fils. Première année sans traitements insecticides ni atrazine.

Au printemps 2017 à Saint-Louis-de-Gonzague, Jérémie Montpetit et le propriétaire Daniel Pitre ont amorcé des essais d’intercalaires aux Fermes B. Pitre et Fils. Première année sans traitements insecticides ni atrazine.

Production durable : la remise en question primordiale

Depuis toujours, l’appropriation de nouvelles technologies a donné à l’espèce humaine la possibilité de gagner du temps et d’être plus compétitive. Les modes de transport ou la consommation de biens, par exemple, ont tous bénéficié d’avancées technologiques multiples, mais les dommages occasionnés par leur utilisation à grande échelle sont bien connus : réchauffement climatique, perte de diversité et atteinte aux écosystèmes.

L’agriculture n’échappe pas à ce constat. Les nouvelles technologies ont permis de produire plus de nourriture à moindre coût, mais l’emploi massif de pesticides tels que le glyphosate et les traitements de semences ont engendré des contaminations généralisées à l’intérieur du cycle de production de nos aliments tout comme dans l’écosystème aquatique.

À la ferme, le problème se situe dans les comportements face à l’utilisation de ces technologies. On oublie que le résultat d’une consommation abusive ou inappropriée aboutit à des problèmes de résistance et de non-efficacité, en plus de conduire à la création de règlements dont personne ne veut, ce qui, finalement, porte atteinte à l’intérêt de ces technologies. Celles-ci pourront éventuellement être remplacées par d’autres pesticides plus coûteux, exigeant une semence compatible à fort prix et qui, à leur tour, seront utilisés à grande échelle. À terme, des coûts supplémentaires seront assumés par le producteur, ce qui entraînera un désavantage compétitif. Autant dire que l’on est loin d’un développement durable de ces technologies pour notre relève.

Le plan de phytoprotection, élaboré par un agronome spécialisé dans la lutte aux ravageurs, aide à rationaliser l’ensemble des pesticides sans compromettre la croissance économique des exploitations. Le travail proposé consiste à s’engager avec ce professionnel dans une démarche de développement durable par l’introduction des principes de la lutte intégrée. Oui, le changement demande de sortir de sa zone de confort et requiert des efforts. Il entraînera réticences, contraintes, plaintes et erreurs, mais il apportera aussi des récompenses. De tout temps, les fermes qui ont intégré le développement durable et remis en question leurs pratiques face aux technologies de phytoprotection ont gagné du terrain, de l’argent et surtout, de la crédibilité. Aujourd’hui, les producteurs et productrices sont fiers de leurs accomplissements et du regard que l’on porte sur eux.

Au Québec, nous savons mettre en commun les problèmes et les solutions. Nous possédons des outils pour gérer collectivement l’incertitude et le stress. De plus, des centres de recherche travaillent en appui aux agronomes spécialisés en phytoprotection. Notre système fait en sorte que l’on achète le service avant le produit grâce à l’aide gouvernementale bonifiée pour la phytoprotection. En outre, nous bénéficions d’une méthode d’évaluation du risque pour chaque pesticide homologué et d’une agriculture biologique pleine de trucs et d’astuces dans laquelle nous pouvons puiser.

Il est peut-être difficile de remettre en question ses habitudes de traitement sanitaire. Tous n’évolueront pas au même rythme, mais il est certain que si nous ne changeons pas notre rapport à l’utilisation des pesticides, les quantités appliquées ne cesseront d’augmenter. 

Utilisation recommandée

Des achats de pesticides centrés sur les besoins, dictés par une agriculture raisonnée, basés sur la science et pas seulement sur la technique, voilà ce qui devrait orienter les recommandations agronomiques en phytoprotection pour que l’on puisse les utiliser de manière efficiente et raisonnée.

David Girardville, agronome, collaboration spéciale