Maxime Leduc, stagiaire postdoctoral chez Valacta et spécialiste en systèmes fourragers. Crédit photo : Valacta

Maxime Leduc, stagiaire postdoctoral chez Valacta et spécialiste en systèmes fourragers. Crédit photo : Valacta

Plantes fourragères : des données mal exploitées

À l’ère de l’agriculture de précision, la mesure du rendement des plantes fourragères fait figure de laissée pour compte chez bien des producteurs québécois. Comment cela s’explique-t-il? Des experts se sont penchés sur la question et proposent des pistes de solution.

Comptabiliser le nombre de balles, mesurer le taux d’humidité et le poids de chacune tout en tenant compte de la quantité d’engrais distribuée : voilà seulement une partie des informations qu’un producteur peut comptabiliser lorsque vient le temps de faire ses foins.

Pourtant, plusieurs escamotent cette étape de comptabilisation et n’évaluent pas le rendement de leur production, ni même son coût. Avec un coût de production de matière sèche qui varie de 160 $ à 350 $ la tonne (source : Agritel, 2016), il y a pourtant des gains à réaliser à jauger sa production et à optimiser son temps et ses ressources.

Selon Maxime Leduc, stagiaire postdoctoral chez Valacta et spécialiste en systèmes fourragers, c’est d’abord le désintérêt des producteurs qui explique cette situation. « Plusieurs ne voient pas ce qu’ils ont à gagner à comptabiliser des données sur leurs plantes fourragères », dit-il.

« Lorsque tu vends du lait ou de la viande de boucherie, c’est surtout la productivité animale qui t’importe, ajoute-t-il. C’est différent pour un producteur de cultures commerciales comme celle du maïs : celui-là prendra le temps de calculer son rendement. »

Mais c’est là seulement l’un des freins à la collecte de données, selon lui.

La culture des plantes fourragères nécessite peu d’interventions et s’étend sur une période allant jusqu’à cinq ans. « Ajoutez à cela le fait que la machinerie utilisée pour les foins sert aussi au déneigement, à l’alimentation du bétail et à d’autres fins, et la tenue des registres devient complexe pour un producteur qui veut déterminer le coût associé à chaque opération », indique Maxime Leduc.

Des solutions simples pour commencer

Il existe pourtant sur le marché des options qui facilitent la collecte d’informations. Financement agricole Canada et La Coop fédérée ont notamment créé des outils qui font office de carnet de champs électronique. L’entreprise québécoise AgTIA a aussi lancé sa solution en 2013.

« Après une journée de travail de 10 à 13 heures dans les champs, le producteur peut facilement oublier de comptabiliser ce qu’il a inscrit dans son carnet, explique Nicolas Lavoie, cofondateur d’AgTIA. Un outil comme le nôtre devient un genre de “Facebook des champs” et permet de centraliser l’information d’un coup. »

Téléchargé plus de 15 000 fois, AgPAD sert d’outil de planification pour certains producteurs, alors que d’autres l’utilisent comme outil de gestion et de mesure du rendement de production, selon M. Lavoie. « Ça dépend des besoins de chacun », ajoute-t-il.

En dépit de l’existence de solutions du genre, les producteurs ne maximisent pas l’utilisation de leurs données, insiste Maxime Leduc.

« Les producteurs ont la possibilité de générer plusieurs types de données et d’apprendre à partir de celles-ci, souligne-t-il. Le problème en est un d’intégration des données : les différents systèmes ne se “parlent” pas et comptabiliser le tout est impossible pour un producteur. » 

Martin Primeau, journaliste