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Place à l’orge brassicole

Un nouveau logo est depuis peu apparu sur les produits d’un certain nombre de microbrasseries québécoises, celui de Bio Malt Mauricie, qui atteste que du malt biologique entre dans la production de leurs bières.

« Nous sommes fiers de la réponse des microbrasseurs, ce sont eux qui vont changer les choses et intégrer le malt biologique », explique Alain Valois, président de Bio Malt Mauricie. À peine deux ans après son lancement, Bio Malt Mauricie trace la voie aux producteurs d’orge brassicole biologique.

Aussi distributeur de semences à Yamachiche, M. Valois estime que beaucoup de chemin a été parcouru depuis le début des activités. Il en veut pour preuve les distinctions récoltées par certaines des bières de microbrasseries mauriciennes et d’autres régions produites avec l’orge biologique fournie par l’organisme.

« Bio Malt Mauricie est un organisme à but non lucratif créé pour développer la filière brassicole biologique au Québec. Nous faisons le lien entre les producteurs d’orge, les malteries et les microbrasseries », explique Benoît Curé, agronome et agent de développement au CLD de Maskinongé. C’est lui qui accompagne les administrateurs de Bio Malt dans leur projet de développement.

Par l’entremise de son programme d’aide à la mise en marché de produits biologiques, le ministère de l’Agriculture du Québec (MAPAQ) a appuyé le projet pilote. « Le ministère a surtout été sensible à la perspective de voir apparaître sur le marché une bière biologique 100 % québécoise et nous n’en sommes pas loin », ajoute M. Curé.

Au Québec, une cinquantaine de producteurs québécois fournissent environ 15 000 tonnes d’orge de brasserie, soit environ le tiers de la production totale d’orge. Une dizaine a adhéré à Bio Malt Mauricie. La malterie Frontenac de Thetford Mines, titulaire d’une accréditation biologique, compte aussi parmi les administrateurs de l’organisme.

« Nous voulons aussi intégrer des microbrasseurs pour que tous les représentants de la filière soient représentés », précise M. Valois.

«Notre production se classe bien », explique Mario Lamy, producteur d’orge brassicole de Yamachiche et un des producteurs fondateurs de Bio Malt Mauricie. « Nous savons depuis longtemps que l’orge est une excellente céréale pour la rotation des cultures. Avec l’orge de brasserie, nous sommes en train de développer un nouveau débouché. » Engagé dans la production d’orge brassicole depuis quelques années, il envoie une partie de la production de ses 80 hectares à la production de malt, la balance étant destinée à l’alimentation animale.

Alors que le rendement de l’orge biologique est inférieur (0,8 à 1,5 tonne à l’hectare) à celui de l’orge conventionnelle, le prix obtenu peut atteindre 100 $ de plus la tonne.

« Les producteurs compensent ce rendement inférieur avec un taux de semis plus élevé », précise M. Valois. Il est aussi démontré que la production biologique connaît moins de problèmes liés aux vomitoxines.

Les mauvaises conditions de l’été 2011 ont évidemment affecté les rendements, la pluie ayant nui au tallage. Selon le président de Bio Malt Mauricie, la qualité est toutefois au rendez-vous, preuve que les producteurs ont raffiné leur gestion au champ.

« Les producteurs sont tenus de respecter un protocole d’assurance qualité. Ils se doivent d’offrir de l’orge avec un bon taux de germination et de gros grains qui produisent un malt de qualité. Il ne faut pas perdre de vue que nous sommes en concurrence avec les malts du monde. »

Reste à développer la clientèle, les microbrasseries, en s’attaquant principalement à la résistance au changement. M. Valois s’implique grandement dans la promotion par des visites aux microbrasseurs et dans les événements comme les festivals de bières.

Jusqu’à présent, Bio Malt approvisionne une douzaine des 80 petites entreprises brassicoles du Québec. « Nous avons bien sûr commencé par notre région avec les microbrasseries À la Fût, Les frères Houblon, Le Gambrinus et Pub Broadway, et poursuivi dans d’autres régions comme les brasseries Pit Caribou en Gaspésie et La tour à bière de Saguenay. »

« Il faut persuader les microbrasseurs que la différence de prix n’est pas suffisante pour se passer d’un produit biologique, puisqu’il représente 0,03 $ de plus par bouteille pour le consommateur. »

Pour répondre à leurs besoins, Bio Malt Mauricie a aussi développé, avec la malterie MaltBroue de Cabano, des malts de spécialité, comme un malt plus foncé pour les bières ambrées, par exemple. « Nous avons ainsi des arguments de vente additionnels pour persuader les microbrasseurs de se convertir au malt biologique », explique M. Curé.

Là ne s’arrêtent pas les ambitions de Bio Malt Mauricie. L’entreprise tente des approches auprès des microbrasseurs ontariens, et même du Vermont et du New Hampshire. De toute évidence, Bio Malt Mauricie souhaite rapidement brasser des affaires hors Québec.