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Des agronomes sont mécontents de ne pas avoir été informés par leur ordre professionnel de l’assouplissement temporaire concernant les néonics. Photo : Martin Ménard/Archives TCN

Des agronomes sont mécontents de ne pas avoir été informés par leur ordre professionnel de l’assouplissement temporaire concernant les néonics. Photo : Martin Ménard/Archives TCN

Néonics : les agronomes n’ont pas tous été informés

La permission de l’Ordre des agronomes du Québec (OAQ) d’autoriser exceptionnellement l’utilisation des semences de maïs enrobées aux néonicotinoïdes sème la grogne chez plusieurs membres de cet ordre qui ne sont pas associés à l’industrie. La raison : ils n’ont jamais reçu la note de service.

C’est le cas de Vicky Villard, agronome au Club agroenvironnemental Dura-Sol Drummond. Son groupe a été saisi de l’information après que deux producteurs l’eurent contactée pour obtenir une justification agronomique permettant de remplacer leurs semences par des hybrides enrobés aux néonics. « On est tenus de renseigner les agriculteurs, alors il nous faut la bonne information, dit-elle. Lorsque tu l’apprends par la bande, c’est un peu ridicule. »

David Girardville, agronome au Club agroenvironnemental du Suroît, a pour sa part appris la nouvelle dans un groupe privé sur Facebook. Il se questionne sur le message que lance son ordre professionnel. « On sort d’une élection où la question des agronomes liés à l’industrie était au cœur des discussions, souligne-t-il, et deux semaines plus tard, on apprend qu’il y a des décisions comme celle-là qui sont prises et qui ne concernent que les vendeurs. »

De son côté, Gabriel Bourgeois, président de l’Association des conseillers en agroenvironnement du Québec et agronome au Club-conseil Gestrie-Sol, se demande s’il sera aussi facile d’obtenir une dérogation la prochaine fois que les fosses à lisier déborderont.

Situation exceptionnelle

La Terre a révélé dans son édition du 5 juin que l’OAQ se montrait moins sévère quant à l’utilisation des néonicotinoïdes, permettant le remplacement d’hybrides de maïs par des variétés hâtives enrobées. L’Ordre expliquait sa position par une pénurie de semences non enrobées sur le marché et la nécessité des producteurs de pouvoir échanger leurs variétés par des hybrides à croissance hâtive.

Questionné sur la diffusion partielle de l’autorisation, Michel Duval, président de l’OAQ, a réitéré le souci de son organisation de bien contrôler le message. « On a diffusé l’information aux membres de notre comité d’administration et aux entreprises de distribution de semences », indique-t-il, insistant sur le fait qu’il ne voulait pas que ce message « serve d’excuse » à des producteurs cherchant à échanger leurs semences alors que rien ne les forçait à le faire.

Lettre de l’OAQ

La Terre a obtenu copie de la lettre datée du 22 mai dernier qui aurait été envoyée à un cercle fermé d’intervenants. Son auteur, le conseiller en pratique professionnelle à l’OAQ, Raymond Leblanc, y détaille les raisons qui ont amené l’Ordre à proposer un ajustement temporaire à l’égard des semences enrobées aux néonics. Les Producteurs de grains du Québec ont par la suite diffusé l’information dans leur infolettre, le 28 mai, après avoir été avisés par… Grain Farmers of Ontario.

De son côté, le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) a tenu à préciser dans une lettre publiée sur le Web le 7 juin que l’obtention d’une justification agronomique était toujours nécessaire pour utiliser des semences enrobées aux néonicotinoïdes. Le MELCC y souligne aussi que les entreprises qui vendent des semences devront « poursuivre leurs efforts afin de développer une meilleure offre de semences non enrobées de néonicotinoïdes en prévision de la saison 2020 ».

L’agronome David Girardville estime que toute cette histoire révèle la position vulnérable des producteurs face aux semenciers. « Le problème, c’est qu’on est dépendants de ces entreprises-là, affirme-t-il. Quand bien même on aurait besoin de semences non traitées, il faut faire avec ce qu’elles ont à offrir. L’Ordre ne peut rien faire à ce sujet, c’est l’État qui devrait avoir plus de dents. »

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