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La ferme de la famille Bousquet, près de Saint-Hyacinthe, enregistre une bonne récolte d’un peu plus de 4 tonnes de soya à l’hectare. Elle vient par ailleurs de mettre la main sur la toute première moissonneuse-batteuse de la marque allemande Fendt au Québec. Photo : Martin Ménard / TCN

La ferme de la famille Bousquet, près de Saint-Hyacinthe, enregistre une bonne récolte d’un peu plus de 4 tonnes de soya à l’hectare. Elle vient par ailleurs de mettre la main sur la toute première moissonneuse-batteuse de la marque allemande Fendt au Québec. Photo : Martin Ménard / TCN

Le soya s’annonce payant cette année

La récolte de soya avance et les rendements sont bons dans l’ensemble du territoire québécois. Plusieurs agriculteurs parlent même d’une récolte nettement au-dessus de leurs moyennes habituelles. À cela s’ajoute une autre bonne nouvelle : la fève de soya a pris de la valeur depuis deux mois et frôle maintenant les 500 $ la tonne (t). Les prix n’avaient pas atteint le chiffre magique de 500 $/t depuis 2017. 

« C’est une grosse année de soya. Le prix est bon et le rendement aussi. J’ai été battre chez un client qui a eu 4,4 t/ha dans son champ. Et sur les 160 ha que j’ai fait, la moyenne tourne autour de 3,3 t/ha alors que dans la région, c’est habituellement 2,5 t/ha », témoigne Anton Buehlmann, agriculteur et entrepreneur à forfait au Centre-du-Québec.

Au Lac-Saint-Jean, l’agriculteur André Ménard parle d’une « super récolte de soya », lui qui enregistre des rendements entre 3,5 et 4 t/ha.

Près de Saint-Hyacinthe, la Ferme Grand Rang terminait la récolte de son soya à identité préservée (IP) avec un résultat d’un peu plus de 4 t/ha. Elle s’attend à obtenir des rendements légèrement supérieurs dans son soya transgénique. 

De façon globale, la récolte est très bonne pour l’ensemble du territoire québécois, indique Alexandre Tessier, de chez Prograin, une compagnie qui achète du soya IP à travers le Québec. « Les rendements jouent entre 2,9 et 4,2 t/ha. Et la qualité est excellente même s’il y avait beaucoup de mauvaise herbe dans certains champs. La région la plus avancée est l’Estrie, ou les récoltes de soya [IP] sont complétées à 80 % », mentionne le directeur de territoire.

Payant

La conseillère en gestion Stéphanie Brazeau indique que les coûts de production n’ont pas augmenté en 2020 et avec ce prix de vente  élevé d’environ 500 $/t, plusieurs fermes réaliseront des profits enviables avec leur soya. Dans sa région de Saint-Jean-sur-Richelieu, en Montérégie, elle mentionne que les coûts de production d’une ferme qui obtient un rendement de 3,9 t/ha se situent à près de 440 $/t. Cela laisse alors un bénéfice net intéressant de 60 $/t, mentionne-­
t-elle. La conseillère nuance toutefois ses propos en disant que certaines fermes affichent des coûts de production beaucoup plus élevés que d’autres, en raison, par exemple, d’un parc de machinerie trop onéreux. Même avec un prix de vente de 500 $/t, ces fermes ­n’arriveront pas à dégager un profit significatif,
précise Mme Brazeau. 

Pourquoi le prix du soya a-t-il autant bondi?

Les prix du soya n’avaient pas de quoi exciter les agriculteurs depuis le début de 2020, et certains croyaient que la situation serait encore pire cet automne. Or, l’inverse s’est produit depuis deux mois et les cours du soya ne cessent de monter.

En date du 8 octobre, la livraison de novembre atteignait 505 $/t. « La raison de cette hausse se résume en un mot : Chine! » lance Ramzy Yelda, analyste principal des marchés pour les Producteurs de grains du Québec. Ce dernier explique que la Chine importe d’immenses volumes de soya américain. Cette demande fracassante fait gonfler les prix. « Les Chinois refont leur stock de soya et n’ayant plus rien à acheter au Brésil, ils se sont tournés vers la fève américaine. On dirait aussi que Pékin cherche à respecter son accord commercial avec les Américains [lequel incluait d’importants achats de fèves américaines] », précise M. Yelda.

L’analyste invite cependant les agriculteurs à la prudence. « Plusieurs producteurs seront tentés d’attendre encore avant de vendre, car ils rêvent de voir le soya atteindre le chiffre magique de 525 $ ou 550 $/t. Mais je crois qu’il y a un risque de prix baissier à moyen terme », confie-t-il.