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L’entrepôt-séchoir est presque carré avec 26 mètres de côté sur 27 (86 pieds sur 89 pieds) et peut recevoir jusqu’à 25 000 balles de foin. Photos : Pierre Saint-Yves

L’entrepôt-séchoir est presque carré avec 26 mètres de côté sur 27 (86 pieds sur 89 pieds) et peut recevoir jusqu’à 25 000 balles de foin. Photos : Pierre Saint-Yves

Le séchage du foin à l’énergie solaire

Il y a maintenant sept ans qu’Alain Beaulieu a entièrement consacré son exploitation de Beaulac-Garthby, dans la région de Chaudière-Appalaches, à la production de foin de commerce. Depuis ce temps, il n’a eu de cesse d’améliorer ses installations pour les rendre plus performantes.

Malgré son emploi d’enseignant en agriculture à plein temps au Cégep de Victoriaville, Alain Beaulieu (à droite) parvient à produire 75 000 balles de foin avec le coup de main de quelques collaborateurs, dont son père Julien, ingénieur retraité et « inventeur » à ses heures.

Malgré son emploi d’enseignant en agriculture à plein temps au Cégep de Victoriaville, Alain Beaulieu (à droite) parvient à produire 75 000 balles de foin avec le coup de main de quelques collaborateurs, dont son père Julien, ingénieur retraité et « inventeur » à ses heures.

Il faut reconnaître qu’il y parvient et réussit même à développer des moyens originaux pour améliorer la qualité de sa production. Le dernier en lice, et sans doute le plus audacieux à ce jour, est la construction en 2020 d’un bâtiment réservé au séchage du foin… par énergie solaire.

Si le soleil n’a pas réussi à assécher complètement son foin au champ, Alain Beaulieu lui offre ainsi une seconde chance d’effectuer le travail dans son séchoir. Selon lui, ça marche très bien, preuves à l’appui, puisqu’il a eu l’occasion d’éprouver ses installations au cours de la saison 2021.

Malgré son emploi d’enseignant en agriculture à plein temps au Cégep de Victoriaville, Alain Beaulieu parvient à produire 75 000 balles de foin avec le coup de main de quelques collaborateurs, dont son père Julien, ingénieur retraité et « inventeur » à ses heures.

« C’est pour moi un défi de partager mon temps entre la production agricole et ma tâche d’enseignant, explique Alain Beaulieu pour expliquer son choix d’exploiter son entreprise à temps partagé. Je veux avoir une entreprise qui fonctionne sans que je sois constamment sur place. »

Soleil et ventilation

Alain Beaulieu a mis quelques mois à élaborer le concept de son séchoir solaire.

« Je savais ce que je voulais et ce dont j’avais besoin, dit-il. Avec mon emploi d’enseignant, je n’avais pas vraiment le temps d’aller visiter d’autres entreprises de foin de commerce. Mais je savais ce qui n’allait pas dans les vieux bâtiments que j’utilise déjà. Je me suis donc basé sur mes expériences et des recherches que j’ai effectuées pour concevoir les installations qui répondent à mes besoins. »

La configuration et les dimensions du bâtiment ont donc été bien réfléchies. L’entrepôt-séchoir est presque carré avec 26 mètres de côté sur 27 (86 pieds sur 89 pieds) et peut recevoir jusqu’à 25 000 balles de foin.

« Avec la manutention des balles de foin avec les grappins et pour économiser du temps, je n’avais pas intérêt à avoir un bâtiment trop profond. Dans le séchoir solaire, la plus longue distance que je franchis pour aller chercher du foin, c’est 80 pieds (24 mètres). » Les murs ont une hauteur de 7,5 mètres (24 pieds) environ, ce qui permet de monter jusqu’à 15 balles de foin.

Les murs du bâtiment ont une hauteur de 7,5 mètres (24 pieds) environ, ce qui permet de monter jusqu’à 15 balles de foin.

Les murs du bâtiment ont une hauteur de 7,5 mètres (24 pieds) environ, ce qui permet de monter jusqu’à 15 balles de foin.

La surface extérieure du toit est en tôle noire, de même que le mur sud. La façade nord est entièrement ouverte; seul un assemblage de toiles de camion formant un rideau permet de protéger le foin des intempéries.

À l’intérieur, une pellicule isolante (thermofoil) a été posée à environ 20 centimètres (8 pouces) sous le toit pour former une chambre d’air à la grandeur du ­bâtiment. 

Les quatre ventilateurs installés à l’extrémité du bâtiment assurent la circulation de l’air chauffé sous la toiture. « Les relevés qu’on a faits par temps chaud ont montré une augmentation de la température de 10 degrés dans le bâtiment par rapport à l’extérieur », précise Alain Beaulieu.

Ces installations permettent donc de sécher adéquatement à l’air libre le foin ayant un degré d’humidité inférieur à 14 %. Dans le cas d’un foin plus humide, le producteur utilise alors une unité mobile de séchage intensif, aménagée dans une remorque. Cet équipement, conçu par Novation AGL, est alimenté au propane et permet de sécher adéquatement plus de 400 balles en 12 heures environ. D’après les données compilées par Alain Beaulieu, sur les 75 000 balles de foin produites pendant une saison, moins de 13 000 doivent passer par le séchage intensif.

Quant aux balles placées dans le séchoir solaire, elles y resteront jusqu’à leur mise en marché. Le foin placé dans les autres entrepôts de l’entreprise continue lui aussi à sécher, puisque tous les bâtiments de la ferme sont ventilés. 

Problème d’espace en vue

Si la question du séchage n’est plus un problème pour Alain Beaulieu, il restera à régler celui de la capacité d’entreposage. Actuellement, les bâtiments peuvent recevoir environ 55 000 balles, alors que l’entreprise en produit 75 000. Le producteur réussit à contourner cette carence d’espace en s’assurant que la mise en marché du foin commence très tôt dans la saison pour permettre de libérer rapidement les entrepôts.

Alain Beaulieu sait toutefois que c’est une question de temps avant que le problème devienne aigu puisqu’il continue à peaufiner ses pratiques culturales afin d’augmenter sa production. Actuellement, il exploite environ 120 hectares auxquels s’ajoute une quarantaine d’hectares qu’il partage avec un producteur voisin. « Nous sommes en croissance constante, indique Alain Beaulieu. On renouvelle des terres et on travaille nos techniques de fertilisation. Auparavant, on utilisait du lisier de porc et des engrais de synthèse. Maintenant, on combine du fumier de poulet avec des engrais de synthèse. On travaille aussi les techniques de semis pour améliorer la densité des plantes fourragères, ce qui fait que les rendements sont meilleurs d’une fois à l’autre. » Sa production a d’ailleurs fracassé des records l’an dernier.


La façade nord est entièrement ouverte; seul un assemblage de toiles de camion formant un rideau permet de protéger le foin des intempéries.

La façade nord est entièrement ouverte; seul un assemblage de toiles de camion formant un rideau permet de protéger le foin des intempéries.

Essais et erreurs

Avant de consacrer son exploitation exclusivement au foin de commerce, Alain Beaulieu avait tout de même fait quelques incursions, parfois pénibles, dans d’autres productions après avoir acheté la ferme de son oncle en 2003. Ainsi, jusqu’en 2009, il était dans l’élevage de bouvillons d’abattage. « C’était l’époque de la crise de la vache folle. J’avais des problèmes d’approvisionnement en litière. Bref, ça n’a pas été facile », avoue-t-il.

Le producteur a donc abandonné l’élevage pour se consacrer aux grandes cultures et à la production de foin, qu’il a finalement décidé de privilégier. C’est ainsi qu’une quatrième génération exploite maintenant les terres familiales montagneuses de Beaulac-Garthby. 


Ce texte a été publié dans l’édition de mai 2022 du magazine L’UtiliTerre.