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Les seigles d’automne hybrides (à droite sur la photo) sont en général moins hauts et plus uniformes. Crédit photo : Bruce Gélinas, MAPAQ

Les seigles d’automne hybrides (à droite sur la photo) sont en général moins hauts et plus uniformes. Crédit photo : Bruce Gélinas, MAPAQ

Le potentiel du seigle hybride

Au Canada, les superficies consacrées à la culture du seigle d’automne étaient, depuis les années 1920 jusqu’à tout récemment, en constante régression. On lui préférait le blé d’automne, plus en demande.

Comme les autres céréales d’automne, le seigle d’automne offre une protection contre l’érosion des sols, établit une culture de couverture et permet un épandage de fumier en période optimale. Il amorce sa croissance printanière très tôt, ce qui diminue ses besoins en herbicides. Étant très rustique, il rend possible la culture d’une céréale d’automne sur la majorité du territoire agricole québécois.

En 2015, deux variétés hybrides de seigle d’automne ont été enregistrées au Canada. Il s’agissait des premières variétés hybrides de céréales à paille disponibles au pays.

En Allemagne, les seigles hybrides ont été commercialisés en 1984 et comptent aujourd’hui pour plus de 80 % de la production. Leur avantage de rendement par rapport aux variétés à pollinisation libre (PL) y est de 10 à 25 %.

Essais à la ferme au Québec

De 2015 à 2017, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec a mené des essais chez des producteurs agricoles pour évaluer le potentiel de variétés hybrides en contexte de production. Les données regroupent un total de sept années-sites1, chaque site comptant un minimum de trois répétitions par variété. Sur chacun des sites, les variétés de seigle hybrides ont donné un rendement supérieur aux variétés PL. En moyenne, leur rendement a été de 23 % supérieur.

Nous avons réalisé une simulation pour comparer la marge sur charges variables du blé d’automne avec celle des seigles d’automne hybride et PL. En gestion biologique, à un prix de vente de 450 $/t pour le seigle d’automne et de 575 $/t pour le blé d’automne, les variétés de seigle d’automne hybrides pourraient être plus rentables que le blé d’automne (voir tableau). Des résultats d’essais réalisés en 2018 en Montérégie-Est démontrent que la rentabilité du seigle hybride est au moins comparable à celle du blé d’automne2, à condition d’avoir un marché.

De nouvelles possibilités

Pour le moment, la demande pour le grain de seigle est très inférieure à la demande pour le grain de blé d’automne. Avant d’ensemencer du seigle d’automne, il serait donc sage de s’assurer d’avoir un marché auquel le vendre à un prix correct.

La forte productivité du seigle hybride en fait un grain potentiellement plus abordable que d’autres céréales. Afin de profiter de l’arrivée de ce « nouveau » grain, l’industrie bioalimentaire devrait évaluer la rentabilité de l’intégration du seigle d’automne dans ses produits.

Des recherches européennes tendent à démontrer qu’il est possible d’intégrer le seigle dans les rations porcines. Toutefois, on le compare surtout à l’orge, auquel il serait supérieur. Il est donc nécessaire de mener des comparaisons adaptées à notre réalité, où le maïs occupe une place majeure dans l’alimentation des porcs.

Pour l’alimentation humaine, c’est une question de culture culinaire. Notre climat se prête parfaitement à la culture du seigle d’automne, voire mieux qu’à celle du blé d’automne, mais c’est le pain de blé qui a la cote au Québec. La disponibilité de seigle plus abordable, grâce aux hybrides, pourrait inciter l’industrie à innover et ainsi séduire et influencer les consommateurs.

Chose certaine, le seigle d’automne ne remplacera pas le blé d’automne! Mais l’arrivée sur nos marchés de variétés hybrides pourrait propulser le seigle d’automne dans la ligue des grands. Il est rare de voir des gains de rendement de l’ordre de ceux apportés par ces variétés. Il appartient aux différents acteurs en jeu de travailler de concert pour en faire bénéficier toute la filière agricole ainsi que les agroécosystèmes.

Bruce Gélinas, agr., M. Sc., Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, Direction régionale de la Mauricie

Cet article a été publié dans l’édition du magazine Grains de mars 2019.