fbpx
Les prix du foin ont atteint un niveau « jamais vu depuis cinq ans », estime l’agronome Germain Lefebvre. Photo : Martin Ménard/TCN

Les prix du foin ont atteint un niveau « jamais vu depuis cinq ans », estime l’agronome Germain Lefebvre. Photo : Martin Ménard/TCN

Le foin atteint des prix d’or  

La sécheresse de l’an dernier couplé au printemps tardif a fait gonfler le prix du foin à des niveaux presque jamais vus.

Sur Facebook, le commerçant Vincent Coulombe affiche du foin à 350 $ la tonne courte, livré dans la région de Montréal. L’agronome Germain Lefebvre, un ancien président du Conseil québécois des plantes fourragères, fait remarquer que le prix du foin a atteint un niveau « jamais vu depuis cinq ans ».

Audrey Mailloux, de Norfoin, mentionne que les prix ont effectivement beaucoup augmenté cet hiver. Elle préfère ne pas révéler ses prix, mais affirme avoir constaté sur le marché des prix allant même jusqu’à 8 $ la petite balle de foin. Des éleveurs du Québec ont besoin de foin. « On a beaucoup de demandes pour le foin sec. Mais même nous, on n’a jamais eu si peu d’approvisionnement. On a fait venir 600 conteneurs de foin de l’Alberta. En raison du transport, ça augmente les coûts. Les producteurs [du Québec] n’ont jamais payé aussi cher que ça », indique-t-elle, ajoutant que la paille est également rendue très rare et plus chère qu’à l’habitude.

Cette situation de prix élevé ne s’explique pas uniquement par la sécheresse de l’an dernier, analyse Germain Lefebvre. « Avant, le Québec cultivait une plus grande superficie de foin. Mais tranquillement, on a enlevé un champ ici et là pour faire du soya ou du maïs. On a diminué notre marge de manœuvre. On n’a pas respecté ce vieux proverbe : “Si tu veux en avoir assez, il faut que tu en aies trop” », mentionne M. Lefebvre.

Pénurie de foin : « On va être limite! »

La situation de pénurie de foin et l’état actuel des champs de plantes fourragères stressent certains éleveurs.

En Abitibi, Mylène Bégin ne prévoit pas effectuer sa première coupe avant le 24 juin. « La saison a pris trop de temps avant de se réchauffer. On va être limite! » dit-elle. Pour nourrir ses vaches, elle puisera dans sa réserve d’ensilage dont la fermentation ne sera pas complétée.

En Chaudière-Appalaches, un producteur laitier a dû devancer sa première coupe sur une portion de ses champs fourragers, même si les plantes n’avaient pas atteint leur plein stade de maturité. « Je n’avais plus de foin pour mes bêtes », dit celui qui est si peu fier de cette situation qu’il préfère ne pas voir son nom dans le journal.

En Abitibi, Mylène Bégin constate qu’il y a un retard dans la croissance des plantes fourragères, ce qui force l’entreprise à puiser dans ses réserves d’ensilage. Photo : Mylène Bégin

En Abitibi, Mylène Bégin constate qu’il y a un retard dans la croissance des plantes fourragères, ce qui force l’entreprise à puiser dans ses réserves d’ensilage. Photo : Mylène Bégin

À Saint-Édouard-de-Lotbinière, au sud-ouest de Québec, Laetitia Létourneau savait l’automne dernier que sa récolte de foin serait insuffisante pour nourrir ses vaches jusqu’au printemps. « On a fait le choix d’acheter plus de maïs d’ensilage et de changer la ration en passant de 18 kg de maïs ensilage par tête par jour à 28 kg. Avec le prix élevé du foin et les gens qui en cherchent partout, je me dis qu’on a fait le bon choix », commente-t-elle.

La récolte insuffisante de foin en 2018 a obligé Laetitia Létourneau à changer sa stratégie d’alimentation pour ses vaches. Photo : Laetitia Létourneau

La récolte insuffisante de foin en 2018 a obligé Laetitia Létourneau à changer sa stratégie d’alimentation pour ses vaches. Photo : Laetitia Létourneau

Pas grand-chose à ramasser

Près de Saint-Hyacinthe, Jean-Yves Lacoste a encore des réserves suffisantes de foin pour nourrir ses 620 vaches, dont 320 en lactation, mais la première récolte de ses champs fourragers s’avérera catastrophique. « Il n’y aura pas grand-chose à ramasser : tous nos champs de luzerne sont morts cet hiver et dans les champs de foin, on a eu 80 % de pertes. Je n’ai jamais vu ça! Ça va coûter cher », affirme le producteur. Son frère et lui ont réagi en réensemençant une partie des champs décimés et en dédiant 40 hectares de plus aux cultures fourragères. « Au moins, si on peut se reprendre sur une bonne deuxième coupe, nous serons corrects », espère l’agriculteur situé à Upton.

Jean-Yves Lacoste et son frère ont pratiquement perdu toutes leurs cultures de plantes fourragères en raison de la mortalité hivernale. Photo : Martin Ménard/TCN

Jean-Yves Lacoste et son frère ont pratiquement perdu toutes leurs cultures de plantes fourragères en raison de la mortalité hivernale. Photo : Martin Ménard/TCN