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Façonnage de billons de maïs (entre billons de soya), avec écrans de protection et semis d’engrais vert intercalaire pour la saison prochaine. Photo : Gracieuseté du Club Action Billon

Façonnage de billons de maïs (entre billons de soya), avec écrans de protection et semis d’engrais vert intercalaire pour la saison prochaine. Photo : Gracieuseté du Club Action Billon

La technique derrière les billons

Un peu mise de côté ces dernières années, la culture sur billons demeure pourtant très prometteuse dans tous les types de sols, en gestion biologique ou traditionnelle. Voyons comment elle a été adoptée par la famille Dewavrin, propriétaire des Fermes Longprés.

La culture sur billons consiste à semer ou à planter sur de longues rangées de terre surélevées ou buttes, appelées billons. Elle est utilisée depuis longtemps dans la culture de la pomme de terre et de certains légumes, ainsi que dans celle d’arbres ou de vignes. On l’a même utilisée longtemps en grandes cultures sous labour pour égoutter les sols trop humides : on adossait les unes contre les autres les bandes de terre retournées par la charrue pour former les billons, le surplus d’eau s’égouttant dans les dérayures entre ces derniers.

Mais la culture sur billons en grandes cultures, c’est une tout autre chose. Cette technique qui connaît un succès grandissant en Amérique du Nord a été ébauchée dans les années 1960 par un agriculteur de l’Iowa, Ernie Behn. Ce dernier s’était inspiré des champs de coton qu’il avait vus lors de ses vacances en famille en Arizona. Là-bas, comme dans plusieurs régions du monde, les champs sont irrigués avec l’eau qui circule par gravité entre les rangées surélevées des cultures. Ce n’est toutefois pas pour l’irrigation que M. Behn a adapté cette technique : il entrevoyait plutôt l’amélioration de l’égouttement du sol et plusieurs autres avantages, qui se sont confirmés.

Billons réalisés après la récolte du blé avec engrais vert (blé de printemps, moutarde et radis) semé le 15 septembre après épandage de lisier. Photo : Cécile Tartera, Groupe Proconseil

Billons réalisés après la récolte du blé avec engrais vert (blé de printemps, moutarde et radis) semé le 15 septembre après épandage de lisier. Photo : Cécile Tartera, Groupe Proconseil

Des avantages évidents

Parmi les bénéfices de la culture sur billons, il y a effectivement un meilleur égouttement, mais aussi un réchauffement plus rapide du lit de semence au printemps. C’est un avantage très apprécié dans les terres argileuses et lourdes des Fermes Longprés, qui sont cultivées en partie sur billons par la famille Dewavrin.

Un autre avantage, c’est l’élimination de plusieurs travaux champêtres, notamment le labour à l’automne et la préparation du sol en pleine surface au printemps. En bref, cette technique ne nécessite que deux types de pratiques culturales en plus du semis : le façonnage du billon et le désherbage, au sommet du billon puis entre les rangs, opérations auxquelles on peut intégrer l’apport d’engrais ou d’herbicides.

D’une part, ces travaux ont lieu en été, donc par temps plus sec, et d’autre part, ils sont exécutés avec le même semoir et le même sarcleur pour le maïs et le soya. Tout cela réduit la facture en carburant et en compaction. « En carburant, nous ne consommons plus aujourd’hui que 50 litres à l’hectare, tous travaux inclus, illustre Thomas Dewavrin. Avant, nous dépensions 25 litres par hectare rien que pour le labour. »

Matthew Dewavrin, en compagnie de Valérie Bouthillier-Grenier, agronome et conseillère en régie biologique auprès des Fermes Longprés pour la firme Pleine Terre. Photo : Hubert Brochard

Matthew Dewavrin, en compagnie de Valérie Bouthillier-Grenier, agronome et conseillère en régie biologique auprès des Fermes Longprés pour la firme Pleine Terre. Photo : Hubert Brochard

Par ailleurs, les résidus de culture et les mauvaises herbes ne sont pas enfouis profondément comme avec le labour. Ils enrichissent donc la terre de surface en matière organique, au bénéfice des insectes et des microorganismes utiles du sol et ainsi de sa fertilité. De plus, ces restes de végétaux réduiraient le ruissellement et l’érosion de plus de 90 %. Ils améliorent aussi la rétention de l’eau en été et de la neige en hiver, tout en atténuant le gel du sol.

Terre grumeleuse et poreuse, riche en résidus de culture et en vers de terre, dans le sol argileux-limoneux sous billons chez Jean-François Ridel.

Terre grumeleuse et poreuse, riche en résidus de culture et en vers de terre, dans le sol argileux-limoneux sous billons chez Jean-François Ridel.

« Par ailleurs, en s’égouttant mieux, les billons préviennent le risque d’asphyxie racinaire et de maladies des plantules », ajoute Cécile Tartera, agronome. Mme Tartera est conseillère en agroenvironnement pour le Groupe ProConseil auprès de l’agriculteur Jean-François Ridel, président du Club Action Billon et vice-président du Syndicat de l’UPA de Rouville. M. Ridel cultive une partie de ses terres sur billons depuis plusieurs années.

« Et comme la circulation de la machinerie doit se faire dans les creux, les billons sont préservés de la compaction, poursuit Mme Tartera. L’exploration racinaire et le prélèvement des nutriments par la culture en sont facilités, et d’autant plus si les billons sont permanents ou reformés régulièrement à la même place. De plus, cette méthode convient à l’application en bande d’herbicides, ce qui permet de réduire ces intrants. »

Autre avantage majeur, le rendement obtenu sur les billons est équivalent et parfois meilleur qu’en gestion traditionnelle, surtout en condition de stress. C’est pourquoi, indiquent des études universitaires, si on ajoute à cela la réduction des coûts, cette technique serait plus rentable que l’agriculture traditionnelle et même le semis direct, dans tous les types de sols.

Quelques bémols

Billons fraîchement aménagés dans une culture de maïs. On vise une élévation d’environ 20 cm (8 po). Photo : Gracieuseté du Club Action Billon

Billons fraîchement aménagés dans une culture de maïs. On vise une élévation d’environ 20 cm (8 po). Photo : Gracieuseté du Club Action Billon

« Cette technique a son lot d’avantages, notamment en ce qui concerne la vie et la fertilité du sol ainsi que la charge de travail, mais il y a un revers à la médaille, confirme Thomas Dewavrin, des Fermes Longprés. Par exemple, le contrôle du chardon nous pose un défi. Mais nous avons développé quelques façons de faire qui donnent des résultats intéressants. D’autre part, le côté technique est plus demandant qu’en travail du sol conventionnel. Cela prend moins de fuel, mais plus de patience! »

Au Club Action Billon, on prévient les aspirants billonneurs que cette culture est encore peu encadrée sur le terrain. Et on rappelle qu’elle complique un peu les déplacements dans les champs, toute la machinerie devant avoir des roues et un écartement adaptés en conséquence.

Et puis, bien sûr, pour que les billons soient efficaces, comme pour toute pratique culturale, il est important que le sol soit d’abord nivelé, drainé, aéré et décompacté correctement.