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La fraise bio? Multiplier les efforts pour rendre la production plus viable

Pour ceux qui aiment manger bio, les fraises biologiques constituent un véritable petit bijou estival.

Au Québec, une trentaine de fermes produisent ces succulents petits fruits en régie biologique. Producteur maraîcher depuis trois générations, Richard Roger, propriétaire de la ferme qui porte son nom, produit de la fraise bio certifiée depuis environ 1995. Cependant, tout s’arrêtera après lui, car ses enfants n’ont pas le goût de prendre la relève. « Ils considèrent que je n’ai pas une superficie de terre suffisante pour que la production soit assez rentable pour faire vivre une famille. » Contrôleur aérien à la retraite, Richard Roger a pu se consacrer à ce petit à-côté qu’il adore grâce à ce revenu. Richard Roger produit annuellement 8000 plants de fraisiers sur une superficie de six arpents. Ses produits sont vendus en kiosque et à l’autocueillette.

Martin Turcot, producteur maraîcher bio depuis 2003, doit relever plusieurs défis. Propriétaire de la Ferme aux pleines saveurs, à Saint-André-Avellin, il cultive de 8000 à 10 000 plants de fraises biologiques certifiées par année. Il trouve qu’il se tire mieux d’affaire en vendant ses fraises au détail et en paniers plutôt qu’en gros. Selon lui, le rendement est plus élevé en culture classique qu’en culture biologique. « L’implantation de fraisiers coûte plus cher de même que le désherbage puisqu’il faut faire appel à la main-d’œuvre pour arracher la mauvaise herbe, les engrais chimiques et les herbicides étant proscrits en culture biologique. »

Les plants doivent être renouvelés au bout d’un ou deux ans en culture bio, contrairement aux fraisières cultivées d’une manière classique, qui ont une durée de vie plus longue. À cela s’ajoutent les maladies et les ravageurs, dont la punaise terne, qui donne parfois de sérieux maux de tête. « Il faudrait déployer davantage d’efforts en recherche pour lutter d’une manière satisfaisante contre les ravageurs et les mauvaises herbes en production biologique », souligne Martin Turcot. Pour augmenter ses revenus, il a diversifié ses cultures. Il produit plus d’une quarantaine de légumes biologiques, des produits frais et transformés.

Lutte biologique

Des tests de terrain – qui consistent à utiliser de la luzerne comme bande-piège dans la lutte à la punaise terne – ont récemment été effectués au Québec. L’idée était bonne, car ce petit insecte redoutable semble préférer la luzerne à la fraise. Cette méthode a fait preuve d’efficacité en Californie, où elle a été mise au point. Cependant, les résultats obtenus au Québec n’ont pas été concluants. « En Californie, les producteurs cultivent la fraise sur de grandes superficies. Ici, la fraise bio est cultivée sur des espaces plus restreints et souvent avec une grande diversité d’autres cultures, ce qui réduit l’effet d’attirance de la bande-piège sur la punaise terne », dit Jean Duval, agronome chargé de projet en production végétale au CETAB. Selon lui, il faudrait adapter la méthode au contexte du Québec. « Qui sait? Des plantes à floraison comme le sarrasin et la moutarde pourraient convenir comme plantes pièges. Cela reste à vérifier. »

Des acariens prédateurs comme Amblyseius californicus et un autre encore plus efficace, Phytoseiulus persilimis, sont déjà utilisés en Californie et en Oregon contre les acariens ravageurs des framboises, des fraises et des mûres. « La lutte biologique avec Phytoseiulus combiné avec Amblyseius californicus contre les acariens dans les fraisiers remontants et le tarsonème du fraisier (Tarsonemus pallides) semble être efficace », dit Thierry Chouffot, de Koppert Canada. « Il serait envisageable d’utiliser ces acariens dans la majorité des cultures de petits fruits ici au Québec. » Ce n’est pas tout! Des recherches menées par AEF Global inc. et ses partenaires seront bientôt en cours pour tester l’efficacité d’un produit à base d’azadirachtine contre certains ravageurs comme la punaise terne. Ces recherches seront effectuées dans la région de Québec par les conseillers et agronomes Denis Giroux, François Demers, Jonathan Roy et Stéphanie Tellier.

Aussi, cet été, des tests de terrain contre les mauvaises herbes seront effectués avec la faucheuse rotative modifiée par le MAPAQ – Saguenay—Lac-Saint-Jean et deux consultantes privées, Fran­çoise Rodrigue et Audrey Bouchard. Il reste à voir si cet outil pourrait s’appliquer aux fraisières.

À suivre!