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De gauche à droite : Suzanne Dufresne, Alain Boyer, Véronique Boyer et Jérémie Mercier, auprès de l’exceptionnelle Vaudal Shottle Joanie. Photo : Gracieuseté de la Ferme Vaudal

De gauche à droite : Suzanne Dufresne, Alain Boyer, Véronique Boyer et Jérémie Mercier, auprès de l’exceptionnelle Vaudal Shottle Joanie. Photo : Gracieuseté de la Ferme Vaudal

La Ferme Vaudal cultive le bonheur intérieur brut

Les honneurs ont toujours été au rendez-vous pour les propriétaires de la Ferme Vaudal, à Vaudreuil-Dorion, qui, après avoir été sacrés Maître-Éleveurs en 2012, ont remporté en 2019 le titre de Famille agricole de l’année et la Coupe des Éleveurs.

La Terre a rencontré Suzanne Dufresne, sa fille Véronique Boyer et son beau-fils Jérémie Mercier, trois des quatre propriétaires de la ferme, le 19 mai dernier, à l’occasion de la Tournée des plantes fourragères 2022 en Montérégie Ouest, pour parler notamment du pâturage intensif, une technique qu’ils ont adoptée en… 1992!

Cette technique, aussi appelée paissance en bande, offre des herbages toujours frais et diminue le gaspillage. « Déplacer la clôture électrique pendant les deux traites n’est pas tellement exigeant », souligne Véronique Boyer. « Mais dans un pâturage riche en luzerne fraîche, précise son conjoint Jérémie Mercier, on fait un déplacement supplémentaire à l’heure du midi pour éviter la météorisation. » Suzanne Dufresne ajoute que le foin sec servi dans l’étable lors de la traite aide aussi à prévenir ce problème, mieux connu sous le nom de ballonnement.

La sortie au grand air du troupeau de 55 têtes a débuté le 7 mai. Les pensionnaires passent les nuits à l’étable la première semaine, puis dorment à la belle étoile jusqu’en automne, explique Suzanne. Grâce à ce régime, elles n’ont pas de maladies de pattes et certaines produisent un lait de qualité pendant de nombreuses années.

En effet, par rapport à la récolte mécanisée, les pâturages permettent des économies substantielles en soins vétérinaires, en investissement et en frais d’alimentation. Selon une étude américaine, le revenu net par hectolitre serait jusqu’à deux fois supérieur.

Au champ

Les prairies couvrent 36 hectares, les pâturages, 10 autres, et 6 hectares sont consacrés au maïs-grain. Pour rénover les pâturages (aux dix ans) et les prairies (tous les trois ou quatre ans), on laboure, puis on passe une herse à disques ou un cultivateur suivi d’une herse de finition. Dans un nouveau pâturage, on sème du lotier corniculé, du trèfle blanc Ladino, de la fléole (mil), du brome des prés et parfois un peu de luzerne. Les nouvelles prairies sont ensemencées de luzerne, de brome des prés, de fléole et, cette année, de festulolium, un hybride entre la fétuque élevée et le ray-grass. L’avoine sert de plante-abri dans les prairies. Du lisier est épandu lors de l’implantation d’une prairie et du maïs-grain. « Dans le maïs, c’est la seule source d’engrais, et ça fonctionne », note Ricardo Manzano, conseiller en agroenvironnement au Club Nova-Terre. « Le maïs a donné 14 tonnes à l’hectare l’an passé », confirme Jérémie. Il a choisi cette année un hybride plus hâtif pour économiser en frais de séchage et pour favoriser son premier semis intercalaire en seigle d’automne.

Progresser, toujours

« Nos pratiques ont évolué, se réjouit Véronique. Ainsi, nous avons adopté le tarissement sélectif et l’élevage en groupe de veaux. » Passionnée comme sa fille pour ses animaux et la nature, Suzanne applaudit l’installation d’une trentaine de nichoirs sur leurs terres. « S’améliorer, on l’a toujours fait, par conviction », dit-elle. Entre autres projets, Jérémie aimerait planter davantage d’arbres. « Je veux optimiser le BIB : le bonheur intérieur brut », conclut-il. 

Hubert Brochard, collaboration spéciale