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La combustion spontanée, un phénomène à ne pas prendre à la légère

Même si les cas de combustion spontanée d’ensilage sont plutôt rares, il ne faut pas prendre le phénomène à la légère puisqu’il peut dégénérer très rapidement en incendie majeur.

Même si les cas de combustion spontanée d’ensilage sont plutôt rares, il ne faut pas prendre le phénomène à la légère puisqu’il peut dégénérer très rapidement en incendie majeur. Heureusement, une surveillance régulière de ses silos et de ses entrepôts dans les premiers mois suivant la mise en entreposage permet de le déceler et d’intervenir afin d’éviter la catastrophe.

Germain Lefebvre, expert et cofondateur de Novations AGL

Germain Lefebvre, expert et cofondateur de Novations AGL

D’abord, on détectera une certaine odeur dans le silo ou l’entrepôt. Si l’intérieur de la pile se réchauffe, on observera un affaissement. L’autre signal est la présence de condensation à la surface de la pile. « Un problème de combustion est susceptible de se produire si le taux d’humidité du foin est de plus de 20 % et si le volume de foin est important. On parle ici de quelques ­centaines de grosses balles », explique M. Germain Lefebvre, expert et cofondateur de Novations AGL, une entreprise qui conçoit des solutions pour la production de foin sec de qualité supérieure. Le spécialiste explique qu’un agriculteur qui prend le temps de visiter régulièrement ses entrepôts pourra détecter le problème dès le départ et intervenir en déplaçant les balles pour libérer la chaleur. Créer un peu d’espace entre les balles, laisser l’air circuler dans l’entrepôt et créer des courants d’air naturels peuvent être de bons moyens de prévention, selon M. Lefebvre.

Entre 4 et 10 semaines

On compte chaque année de trois à cinq cas de combustion spontanée. Ils surviennent généralement entre 4 et 10 semaines après l’entreposage du foin. Le phénomène se produit de façon graduelle. Au départ, la température pourra atteindre de 40 à 50 °C avec du foin à 20 % d’humidité. « À cette température, il n’y aura aucun risque de provoquer de la combustion spontanée; il y aura toutefois une perte de qualité du foin et de valeur nutritionnelle due à la caramélisation. De plus, de la poussière [moisissure] pourrait se créer », souligne M. Lefebvre. Le foin subit un réchauffement progressif. La ­deuxième étape survient quand la température passe entre 50 et 70 °C. La hausse de température est alors causée par des bactéries et des moisissures thermophiles. « Si la température de votre foin atteint 50 degrés, il va se caraméliser. C’est le temps de déplacer vos balles pour permettre une meilleure aération et abaisser la température », explique Germain Lefebvre.

Le point critique

Au-delà de 70 °C, l’activité biologique est remplacée par des réactions chimiques. Si la température atteint 90 °C, on atteint le point critique; il y a carbonisation du foin et on assiste à la formation de gaz facilement oxydables. À ce moment, la température et la pression des gaz montent rapidement jusqu’au degré d’inflammation, qui est de 280 °C. « L’oxygène transmis par un simple coup de vent ou l’ouverture d’une porte de grange suffira à enflammer la masse de foin, soutient l’expert. Il pourra même y avoir des explosions. » À ce stade, il est malheureusement trop tard pour empêcher la catastrophe de se produire, dit-il. C’est pourquoi la prévention doit se faire en amont, dès que la température du foin gravit les 50 °C.

Faire appel au service d’incendie

À 50 °C, quand on est encore en mode prévention, le producteur peut déplacer lui-même les balles pour réduire la chaleur. Toutefois, à 70 °C et plus, le risque de démarrer l’ignition et de perdre le contrôle du feu est trop grand pour que le producteur agisse seul. M. Lefebvre recommande fortement de faire appel au service d’incendie avant de tenter tout déplacement. « En cas de doute, on appelle les pompiers », dit-il sans hésiter. Seuls les pompiers sont qualifiés pour éteindre des feux de cette nature. L’échauffement de l’ensilage stimulé par des entrées d’air dans un silo conventionnel peut donner lieu à une lente carbonisation, dit-il. Il est aussi dangereux d’entrer dans un silo où l’ensilage se consume à cause des risques d’effondrement de l’ensilage et de tomber dans le trou. « Les gaz de combustion sont dangereux pour la santé », ajoute le spécialiste. Personne ne doit entrer dans le silo tant que la ventilation n’a pas été faite et sans porter un masque respiratoire autonome, insiste-t-il. Selon Germain Lefebvre, la combustion spontanée est un phénomène à prendre au sérieux. La meilleure façon de l’éviter est de visiter les entreposages durant les premières semaines, voire les premiers mois, et de surveiller l’apparition de signes avant-coureurs tels que l’odeur et la condensation.