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Les copropriétaires du Domaine du Cap, Zoé Bisaillon et Nicolas Baron, ne produiront pas de vin en 2021. Ils ont presque perdu tous leurs raisins. Photo : Gracieuseté de Nicolas Baron

Les copropriétaires du Domaine du Cap, Zoé Bisaillon et Nicolas Baron, ne produiront pas de vin en 2021. Ils ont presque perdu tous leurs raisins. Photo : Gracieuseté de Nicolas Baron

Gels destructeurs dans les petits fruits et le soya

La saison 2021 était partie du bon pied pour la culture de soya, mais voilà que les deux épisodes de gel de la semaine dernière apportent maintenant des dégâts importants dans plusieurs régions. Du côté des petits fruits, même s’ils sont bien équipés pour faire face aux gels tardifs, plusieurs agriculteurs prévoient perdre une grande partie de leur récolte.

« On s’est équipés d’une tour à vent pour gagner quelques degrés en cas de gel et prévenir les pertes, mais ça n’a pas été suffisant pour faire face au front froid qu’on a eu en fin de semaine », lance Nicolas Baron, vigneron à Acton Vale, en Montérégie. Le 31 mai, ce dernier semblait encore sous le choc d’avoir perdu en quelques jours la quasi-totalité de ses raisins de la saison 2021. Dans son secteur, raconte-t-il, le mercure est descendu sous la barre des -3 °C trois nuits de suite, du 27 au 30 mai. Le copropriétaire du Domaine du Cap soutient qu’il ne fera pas de vin en 2021. À Sutton, les propriétaires du Vignoble Domaine Bresee calculent quant à eux avoir perdu pas moins de 70 % de leurs raisins, car les premiers bourgeons sortis hâtivement ont gelé.

L’irrigation n’a pas suffi  

À Pont-Rouge, dans la région de la Capitale-Nationale, Israël Faucher calcule avoir perdu 70 % de ses fraises dont les plants étaient en fleurs, après que celles-ci aient gelé. Dans les champs où les variétés sont plus tardives, il évalue les pertes à environ 30 %. « Quand on a vu que ça allait geler vendredi soir, on s’est mis à irriguer et irriguer encore pour limiter les dégâts. On est bien équipés ici pour faire face au gel normalement, mais là, il a fait trop froid trop longtemps et en plus, il ventait. »

Israël Faucher calcule avoir perdu 70 % de ses fraises dont les plants étaient en fleurs, après que celles-ci aient gelé. Photo : Gracieuseté d’Israël Faucher

Israël Faucher calcule avoir perdu 70 % de ses fraises dont les plants étaient en fleurs, après que celles-ci aient gelé. Photo : Gracieuseté d’Israël Faucher

Des producteurs de bleuets sauvages du Saguenay–Lac-Saint-Jean ont aussi subi les contrecoups des nuits sous zéro. « On va attendre de voir avec la pollinisation si on peut en sauver, mais je ne serais pas étonné qu’en moyenne, on perde environ 50 % des récoltes », témoigne Jean-Pierre Senneville, qui détient des cultures à plusieurs endroits dans cette région et qui représente le regroupement de producteurs Les Bleuets sauvages du Québec.

« Le soya est mort »

« J’ai des téléphones toutes les cinq minutes de producteurs inquiets. Et effectivement, je visite des champs depuis ce matin [31 mai] et plusieurs sont sévèrement affectés par le gel. Dans plusieurs cas, tout le soya est mort », témoigne l’agronome Stéphane Myre, qui couvre principalement la Montérégie. Il précise que le point de croissance des plants de soya est hors sol dans plusieurs champs, ce qui explique pourquoi la plante a été tuée par le gel.

L’agriculteur Philippe Gagnon, de Saguenay, vient de perdre 150 hectares de soya. « Il a fait – 4,5°C samedi et -5 °C dimanche matin. J’ai 150 hectares que je devrai resemer et 60 hectares attaqués entre 10 et 40 % que je ne toucherai pas. Reste à voir si je suis capable d’avoir de la semence de soya, car il n’y en a pas, à part peut-être du Manitoba », mentionne le copropriétaire de la ferme HP Gagnon et Fils, qui se croise les doigts.

La petite Jennilie effectue le décompte des nombreux plants de soya mort dans le champ de la ferme HP Gagnon et fils. Photo : Gracieuseté de la Ferme HP Gagnon et Fils

La petite Jennilie effectue le décompte des nombreux plants de soya mort dans le champ de la ferme HP Gagnon et fils. Photo : Gracieuseté de la Ferme HP Gagnon et Fils

Un peu plus loin au Lac-Saint-Jean, André Ménard croit que son soya s’en tirera. « Je regarde le champ chaque heure et il semble correct », mentionne-t-il.

Maïs plus chanceux

De nombreux champs de soya devront être resemés en raison d’une mortalité élevée causée par les deux épisodes de gel. Photo : Stéphane Myre

De nombreux champs de soya devront être resemés en raison d’une mortalité élevée causée par les deux épisodes de gel. Photo : Stéphane Myre

Le maïs a été plus chanceux, car son point de croissance jusqu’au stade six feuilles – ce qui concerne la grande majorité des champs – se trouve encore sous le sol. Donc, même si le plant semble mort, il ne l’est pas; seules les feuilles le sont.  « C’est important de comprendre que dans le cas du maïs, les dommages semblent bien là visuellement, mais le producteur ne doit pas prendre la décision de resemer avant d’avoir analysé comme il le faut, car généralement, le plant est bien en vie et de nouvelles feuilles vont renaître. Il n’y aura alors pas nécessairement de pertes de rendement, à part dans les secteurs où en plus, l’absence de pluie a créé un stress hydrique », assure l’agronome Stéphane Myre, qui travaille pour Bayer, notamment pour les semences Dekalb. D’ailleurs, il souligne que des compagnies de semences, comme la sienne, offriront de la semence gratuite à leurs clients victimes du gel.