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Des ventes d’engrais à la baisse…

Le prix élevé du soya et le printemps tardif ont contribué à hausser significativement les superficies ensemencées en soya au Québec, au grand dam des compagnies d’engrais, qui anticipent une diminution de leurs ventes.

C’est connu, dans le soya, les producteurs fertilisent beaucoup moins que dans le maïs. « Au final, il pourrait y avoir une baisse de 10 à 15 % des ventes d’engrais, évalue Marc Bovry, directeur de William Houde. L’an passé, il s’est vendu environ 440 000 tonnes d’engrais, et on pourrait descendre sous la barre des 400 000 cette année. Si tel est le cas, nous n’aurons jamais vu une baisse des volumes aussi drastique. Et malheureusement, nous avons les mêmes “coûts d’opération”. Alors nos résultats économiques seraient en dessous des attentes », peste-t-il, ajoutant que les volumes invendus risquent de s’avérer difficiles à supporter. « Oui, on a la trouille de rester avec des inventaires », affirme M. Bovry.

À La Coop fédérée, le directeur de la production végétale, André Mercure, envisage également une baisse de 5 à 10 %, sans pour autant s’en inquiéter. « On s’y attendait. On savait qu’on aurait moins d’acrage de maïs et moins d’utilisation d’engrais. On a fait nos achats en conséquence. À vrai dire, nous sommes là pour servir la clientèle selon ce qu’elle cultive », déclare-t-il.

Un autre grand joueur, Synagri, prévoit aussi des baisses de volume, qui risquent même d’empirer. « C’est encore tôt pour avoir une lecture exacte. Il faudra attendre la mi-juin. Car certains producteurs, notamment dans le sud-ouest de Montréal, sont très en retard, et le phénomène climatique pourrait accroître davantage l’incidence du soya. On vivra avec! » témoigne Sylvain Lavoie, directeur général.

À court terme, la baisse de la demande pourrait engendrer une déflation des prix de l’engrais. Du moins pour l’automne, comme l’estiment certains intervenants contactés.

L’engrais, ce mal-aimé…

Des acteurs de l’industrie déplorent la mauvaise presse faite à l’égard de l’engrais et affirment que les faibles niveaux de fertilisation dans le soya représentent une erreur. « Ceux qui diminuent leur fertilisation dans le soya appauvrissent leur sol. Tous les gens qui conduisent des batteuses avec un capteur de rendement peuvent le confirmer : dans les rotations soya-maïs, il y a moins de rendement que dans les rotations où il y a deux années de maïs et une année de soya, car durant les deux années de maïs, ils fertilisent plus », explique Marc Bovry. Ce dernier laisse entendre que les normes environnementales teintent trop les recommandations de fertilisation et nuisent aux performances à la ferme. « Actuellement, c’est l’environnement qui domine dans tous les projets… » dénonce-t-il.

Le printemps tardif a contré une… pénurie de potasse!

Plusieurs producteurs n’y ont vu que du feu, mais le Québec a frôlé une pénurie de potasse. « C’est vrai! Si nous avions eu un printemps plus hâtif, nous aurions manqué de potasse. Présentement, c’est serré, mais notre équipe de logistique fait des miracles avec les transporteurs pour obtenir le produit à temps. Heureusement, le pire est derrière nous », explique Sylvain Lavoie, de Synagri. La congestion ferroviaire qui a été enregistrée cet hiver, causée par les récoltes records de l’Ouest canadien couplées aux températures très froides, serait en partie responsable des problèmes de livraison de la potasse.

Évolution des semis

Selon différents experts contactés, l’évolution des semis serait très variable selon les régions et à l’intérieur même de celles-ci. En Montérégie, par exemple, le maïs serait pratiquement semé à 100 % dans certains secteurs, mais seulement à 20 % une centaine de kilomètres plus loin, où les précipitations ont été plus fréquentes. Chez nos voisins, la situation semble identique. « Au niveau américain, la tendance est aussi au retard. Et l’Ontario est plus en retard que nous; ils ont eu des coups de pluie qu’on n’a pas eus… Mais les rendements dépendront de la température qui suivra après », fait remarquer André Mercure, de La Coop fédérée. Son homologue chez William Houde affirme que les équipements de semis des Québécois leur confèrent un avantage. « Les producteurs sont encore plus rapides que d’habitude, car ils ont investi en équipement, et ça paraît. Avant, on disait que les gens semaient 10 % de leur superficie par journée “travaillable”. Aujourd’hui, c’est presque 15 %. Ça va vite. Le Québec est pratiquement en avance par rapport à l’Ontario. C’est très positif », conclut Marc Bovry.