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L’inquiétude est palpable chez les producteurs de grains qui ont non seulement été retardés dans leurs semis, mais qui voient aussi le prix du soya chuter. Mathieu Pigeon est l’un de ceux-là. Photo : Isabelle Bergeron / TCN

L’inquiétude est palpable chez les producteurs de grains qui ont non seulement été retardés dans leurs semis, mais qui voient aussi le prix du soya chuter. Mathieu Pigeon est l’un de ceux-là. Photo : Isabelle Bergeron / TCN

Des semis plus stressants qu’à l’habitude

SAINTE-MADELEINE — Le printemps tardif qui retarde les semis, combiné à la chute de prix du soya et du canola, perturbe particulièrement les agriculteurs. Avec 450 hectares de maïs à semer, Mathieu Pigeon préférerait voir sa machinerie au champ plutôt qu’immobile dans son hangar. « C’est certain que le niveau de stress monte. On a tendance à oublier qu’on a eu quatre bonnes années. On est peut-être dus pour en connaître une plus dure », mentionne le producteur de Sainte-Madeleine, en Montérégie.

« Ça va nous frapper »

Le président des Producteurs de grains du Québec (PGQ), Christian Overbeek, abonde dans le même sens. « C’est une année qui amène son lot d’inconfort. La baisse du prix du soya et du canola, ça va nous frapper en plein visage. Les produits de substitution [maïs, blé, etc.] vont sûrement suivre la même tendance. Tout ça change drôlement le portrait de rentabilité des cultures. C’est insécurisant pour les agriculteurs », résume M. Overbeek, dont l’organisation demande l’intervention du gouvernement fédéral afin d’aider les producteurs à couvrir certaines pertes économiques..

Mathieu Pigeon. Photo : Isabelle Bergeron / TCN

Mathieu Pigeon. Photo : Isabelle Bergeron / TCN

Outre la réduction de prix du soya, plusieurs producteurs s’inquiètent des lourdes pertes qu’ils viennent d’essuyer pour leurs céréales d’automne. « Sur les 320 ha de blé que nous avons semés l’automne dernier, seulement 10 % ont survécu à l’hiver. Et le printemps tardif nous met de la pression. On va semer les céréales plus tard qu’à l’habitude, ce qui peut diminuer la qualité de la récolte et augmenter les pertes », se désole Alain Godin, de Sainte-Eulalie, au Centre-du-Québec.

La guerre de tarifs fait mal

Le plus grand acheteur de grains mondial, la Chine, a sanctionné le soya américain et le canola canadien, ce qui affecte le prix alloué aux producteurs d’ici.
« Au-delà des guerres commerciales avec la Chine, il y a aussi le Brésil et l’Argentine qui viennent de terminer leur récolte avec une offre de soya quasi record. La
valeur de leur monnaie diminue, ce qui rend également leur soya plus compétitif. Et en ce qui concerne la demande, la Chine risque d’être moins gourmande en soya puisqu’elle a perdu près de 20 % de son cheptel porcin en raison de l’épidémie de la peste porcine africaine », indique Ramzy Yelda, analyste principal des marchés aux PGQ. Cette conjoncture explique notamment que le prix du soya au Québec soit passé de 478 $ en mai 2018 à près de 400 $ un an plus tard. Les importants retards de semis aux États-Unis et la météo des prochains mois pourraient cependant changer l’évolution des prix.

Le monde à l’envers

Si les fermes des principales régions productrices de grains accusent un retard dans les semis, des agriculteurs de Charlevoix et de la Gaspésie sont plus chanceux. « Nous avons eu beaucoup de neige, mais pratiquement pas de pluie ce printemps. Les champs sont secs. Il suffit de contourner les endroits où il reste de la neige », a mentionné Sébastien Brière, de Caplan, le 13 mai.

Sébastien Brière contourne la neige en faisant ses semis en Gaspésie. Photo : Gracieuseté de Sébastien Brière

Sébastien Brière contourne la neige en faisant ses semis en Gaspésie. Photo : Gracieuseté de Sébastien Brière

 

Des coûts de production en hausse

En Mauricie, Jean Grogg mentionne que le prix du soya sous les 400 $/t va diminuer la rentabilité de son entreprise. « Le prix qu’on recevra pour nos cultures baisse, mais le coût des intrants monte », déplore-t-il. Carburant, semences, pesticides et location de terre sont quelques-uns des éléments qui coûtent plus cher. Le Centre d’études sur les coûts de production en agriculture (CECPA) calcule que le coût de production du soya a augmenté de 4 % depuis quatre ans pour atteindre 418 $/t. Celui du maïs-grain, la culture la plus importante du Québec, a grimpé de 7 % durant la même période, pour se chiffrer en moyenne à 207 $/t. Le CECPA indique que les deux tiers des fermes observées en 2018 qui ont semé du maïs n’ont pas réussi à couvrir leur coût de production. Pour le soya, les producteurs observés ont vendu en moyenne leur récolte à 497 $/t en 2018. La grande majorité a donc dégagé des profits puisque le coût de production moyen se situait à 418 $/t. Mais cette année, si le soya se vend à près de 400 $/t et que le coût de production demeure en moyenne à 418 $/t, plusieurs producteurs pourraient se retrouver déficitaires, mentionne Jean-François Drouin, chargé de projet au CECPA.

Déficitaires vs très rentables

Le CECPA spécifie que certaines fermes de grandes cultures ont un coût de production deux fois plus élevé que les autres, expliquant une grande différence de rentabilité chez les producteurs. Le conseiller en gestion Martin Hébert précise que les meilleurs producteurs de grains de son groupe en Montérégie font de très bonnes affaires depuis quatre ans, avec des surplus moyens de 380 000 $ seulement pour 2018. Ils pourraient ainsi absorber plus facilement une mauvaise année.