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Photo : Joseph Moisans-De Serres du LEDP du MAPAQ

Photo : Joseph Moisans-De Serres du LEDP du MAPAQ

Des armes pour faire mouche contre la drosophile à ailes tachetées

Nuisible s’il en est, la drosophile à ailes tachetées donne du fil à retordre aux producteurs de petits fruits du Québec depuis son arrivée dans la province en 2010. Qu’à cela ne tienne, l’adoption d’une série de méthodes allant des mesures sanitaires aux filets d’exclusion permet d’assurer un meilleur contrôle de l’insecte.

Mesures sanitaires

Nécessitant peu d’équipement ou de technologies, « les mesures sanitaires figurent parmi les méthodes les plus utilisées dans certaines régions du monde où sévit la drosophile à ailes tachetées », fait remarquer Annabelle Firlej, chercheuse en entomologie fruitière à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), qui ­organisait un webinaire sur cet insecte nuisible le 15 mars dernier.

Au Michigan par exemple, on estimait que 100 % des infestations en fin de saison dans les fermes produisant des pommes, des poires, des raisins et des framboises se retrouvaient dans des fruits tombés au sol. « C’est pourquoi il est très recommandé de ramasser tous les fruits abîmés au sol ou sur les plants après une journée de cueillette pour limiter les sites potentiels de ponte », ­souligne-t-elle.

Disposition des fruits abîmés

Évidemment, le producteur n’est pas plus avancé si ces fruits finissent sur un tas de compost à l’air libre… On peut les enterrer à une profondeur de 30 à 60 cm pour limiter l’émergence des drosophiles. Une autre technique consiste à les laisser « cuire » au soleil pendant une semaine dans des sacs de plastique fermés. Il est également possible de placer les fruits au congélateur pendant 48 heures ou encore de les mettre dans un ­tonneau d’eau savonneuse fermé hermétiquement.

Rythme de la cueillette

La chercheuse recommande aussi de bien planifier sa cueillette en fonction de la météo, puisque la femelle recherche les fruits mûrs pour y pondre ses œufs et s’avère particulièrement active par temps humide. « Il est important de retirer les fruits attirants avant une pluie abondante, car on a remarqué une augmentation des pontes dans les heures qui suivent les averses. »

Post-récolte

La conservation des fruits est un facteur à considérer. « Placer les fruits à 4 °C ou 5 °C de 6 à 72 heures ne fait que retarder le développement des œufs et des larves, sans engendrer de ­mortalité significative », précise Mme Firlej.

En changeant la température et le temps de conservation, on peut obtenir des résultats intéressants. Ainsi, pour les framboises, trois jours de refroidissement à 1,67 °C réduisent la survie des œufs de 71 % et celle des grosses larves de 45 %. Pour les raisins, un réglage de six jours à 1 °C ou de sept jours à 2 °C entraîne une mortalité de tous les œufs, les larves et les pupes. Enfin, pour les bleuets, trois jours de refroidissement à 1,67 °C réduisent la survie des œufs de 55 % et celle des grosses larves de 41 %, mentionne la chercheuse.

Couvre-sol et taille des plants

Le producteur a aussi intérêt à rendre le sol inadéquat à la drosophile, que ce soit en installant un paillis de plastique noir ou encore en limitant la hauteur du gazon. « Plus le sol est chaud, moins il est accueillant à la drosophile. Par contre, les copeaux de bois ne semblent pas avoir d’effet », note Mme Firlej. Selon la même logique, il est recommandé d’avoir des plants suffisamment aérés pour laisser pénétrer la lumière, limitant ainsi les lieux propices à la drosophile, attirée par l’humidité.

Les pulvérisations atteindront mieux leur cible le matin ou le soir durant l’été, notamment en raison de l’activité plus importante des drosophiles.

Les pulvérisations atteindront mieux leur cible le matin ou le soir durant l’été, notamment en raison de l’activité plus importante des drosophiles.

Pulvérisation

La pulvérisation entraîne plusieurs défis puisqu’il faut s’assurer que les fruits sont atteints. Il semble que l’aspersion électrostatique offre le moins de variation. La chercheuse rappelle que les molécules sont plus efficaces à haute température et que la pulvérisation atteindra mieux sa cible le matin ou le soir durant l’été, ce qui correspond au rythme circadien de l’insecte. Il faut toutefois faire un usage raisonné des pesticides, car la drosophile a montré des signes de résistance à l’Entrust et possiblement aux pyréthrines en Californie. La prudence est de mise, prévient-elle.

Filets d’exclusion

Cet équipement, utilisé au Québec depuis 2017, fait ses preuves. L’IRDA, en collaboration avec le CETAB et le MAPAQ, mène des tests avec des filets et des abris parapluies pour adapter la formule à différentes structures de production. « La combinaison des abris parapluies et des filets semble donner de bons ­résultats », indique Mme Firlej.

Piégeage de masse

Employée seule, cette méthode s’avère peu efficace. On peut toutefois l’utiliser conjointement avec d’autres méthodes de contrôle ou des mesures d’hygiène strictes. « Gardons en tête qu’un fruit sera toujours plus attirant qu’un piège », rappelle la chercheuse. On s’en servira notamment pour diminuer les populations hivernales au printemps ou encore vider les parcelles sous filets.

Quelques trucs pour réussir son dépistage

Parmi les pièges disponibles, le Droso-Trap est réputé pour être facile d'utilisation.

Parmi les pièges disponibles, le Droso-Trap est réputé pour être facile d’utilisation.

Outil permettant d’évaluer les risques et de faciliter la prise de décision concernant les mesures à adopter, le dépistage est un aspect à ne pas négliger de la lutte contre la drosophile, souligne Élizabeth Ménard, professionnelle de recherche à l’IRDA. « La drosophile arrivant dans les cultures entre la mi-juin et la mi-juillet, il est important d’adopter une bonne stratégie de dépistage pour détecter une infestation et réagir rapidement. »

Qu’ils soient commerciaux ou artisanaux, les pièges devraient répondre à certains critères, comme la présence d’ouvertures sur les côtés, de grands trous et une surface d’une couleur vive. « L’appât doit être en quantité abondante et doit être changé chaque semaine », précise-t-elle. Quant au choix de l’attractif, les mélanges de plusieurs ingrédients, comme le vin et le vinaigre, semblent mieux fonctionner qu’un seul.

Il faudra également porter une attention particulière à l’emplacement des pièges. « En début de saison, on veille à les installer en bordure des boisés et des champs, là où la drosophile a passé l’hiver », recommande Mme Ménard. De plus, les pièges devraient être disposés à intervalles réguliers de trois mètres et moins et à la ­hauteur des fruits qui seront cultivés.