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Le travail minimum du sol et le semis direct (sans labour) sont également des techniques à introduire « beau temps mauvais temps ». Sur la photo, champ de soya en semis direct. Photo : Photos : Éric Labonté/MAPAQ

Le travail minimum du sol et le semis direct (sans labour) sont également des techniques à introduire « beau temps mauvais temps ». Sur la photo, champ de soya en semis direct. Photo : Photos : Éric Labonté/MAPAQ

Connaître les racines du mal peut amener un rendement supérieur

Un sol en santé peut-il aider à réduire notre dépendance au climat? De fait, les bénéfices escomptés d’un sol sain vont bien au-delà de l’adaptation à la sécheresse ou aux gels hivernaux et à une meilleure productivité, mais touchent également la lutte aux changements climatiques, le maintien de la biodiversité, la réduction des émissions de GES ou encore les problèmes de pollution environnementale. Beau temps, mauvais temps, l’éleveur est ancré à ses terres.

Sols à texture fine, humides, à faible teneur en matières organiques ou érodés, la dégradation structurale est présente dans de nombreux sols au Québec. Pour contrer le phénomène, les solutions sont bien connues et peuvent être mises en pratique sur le champ pour améliorer et conserver la santé des prairies.

Premièrement, le taux de matière organique (une augmentation d’un pour cent peut retenir jusqu’à 150 000 litres d’eau à l’hectare) constitue un facteur clé de la fertilité d’un sol. Cette importante réserve d’éléments nutritifs (dont la séquestration du carbone) contribue également au maintien d’un taux d’humidité constant et favorise l’aération tout en diminuant les risques d’érosion et de compaction.

« Les plantes fourragères pérennes sont excellentes pour améliorer et maintenir la qualité des sols, limiter l’érosion et favoriser une vie microbienne, souligne Huguette Martel, conseillère spécialisée en plantes fourragères au MAPAQ. De plus, elles augmentent le niveau de matière ­organique et améliorent la structure des sols pour les cultures subséquentes. Une meilleure structure de sol permet un meilleur développement racinaire et une productivité accrue. »

En moyenne, un sol en santé va absorber de 10 à 15 centimètres d’eau par jour alors que certains sols n’en « boivent » qu’un seul.

Un sol en santé foisonne d’activité microbienne et sa structure est relativement stable; il répond aux besoins des plantes (nourriture et eau) tout en exigeant un minimum d’engrais et de pesticides.

Un sol en santé foisonne d’activité microbienne et sa structure est relativement stable; il répond aux besoins des plantes (nourriture et eau) tout en exigeant un minimum d’engrais et de pesticides.

« Écoute ton sol! »

Pour connaître l’état d’un sol, certains experts recommandent un diagnostic par « incision » en complément aux analyses classiques. Il s’agit de creuser des « profils » de 75 cm de profondeur par environ deux (2) mètres de longueur et un mètre de largeur pour apprendre de l’état de notre « témoin » (mottes, couleurs, taux d’humidité, système racinaire, galeries, vers de terre, résidus de culture, etc.). Un sol en santé foisonne d’activité microbienne et sa structure est relativement stable; il répond aux besoins des plantes (nourriture et eau) tout en exigeant un minimum d’engrais et de pesticides. De plus, il éloigne l’érosion et retient les éléments nutritifs plutôt que de les lessiver (eau de fonte de neige, de fortes pluies, etc.) dans les plans d’eau et provoquer inondations, érosion des berges ou encore contamination de l’eau.

Au secours, j’étouffe!

Par ailleurs, le manque d’oxygène se présente comme un problème fréquent dans les prairies. On estime à un minimum de 25 % d’air dans un sol, une fois l’eau retirée. Les carences en O2 affectent le développement racinaire et par conséquent, les rendements de culture.
La compaction profonde par passages de véhicules lourds en période humide serait en partie responsable de cette anomalie. Les pluies abondantes limitent également la présence d’oxygène.

La compaction profonde par passages de véhicules lourds en période humide serait en partie responsable d’un manque d’oxygène dans le sol.

La compaction profonde par passages de véhicules lourds en période humide serait en partie responsable d’un manque d’oxygène dans le sol.

L’implantation d’abord

« Pour des rendements optimaux, il faut s’assurer d’une bonne implantation des plantes pérennes, explique Julie Lajeunesse, biologiste en plantes fourragères et petits fruits à la direction générale des sciences et de la technologie à Agriculture et Agroalimentaire Canada. Pour ce faire, le pH doit être optimal pour la culture semée, soit entre 6.0 et 6.5 (et même un pH de 7 si on cultive de la luzerne). Il faudra donc corriger le pH en apportant de la chaux au besoin. »

Par ailleurs, des erreurs de profondeur de la semence sont courantes dans les semis de plantes fourragères dans des sols trop meubles. Des équipements mal calibrés ou encore inadaptés de même qu’un taux de semis trop élevé apporte un problème supplémentaire.

Le travail minimum du sol et le semis direct (sans labour) sont également des techniques à introduire « beau temps mauvais temps ». De plus, le fait d’implanter  des cultures intercalaires entre les rangs ou encore de garder les résidus de cultures au sol contribuent à réduire l’érosion et à garder un couvert hivernal, tout en restreignant le recours aux produits chimiques.

Pour une agriculture de conservation

En dépit du talon d’Achille que représente les hasards du climat, les pratiques d’amélioration de la fertilité des sols demeurent un atout dans la manche des producteurs pour tirer leur épingle du jeu. Dans ce contexte, la contribution des plantes fourragères pérennes à la santé des sols est indéniable. La capacité des sols à soutenir la croissance des cultures sans se dégrader est le fondement d’une agriculture durable. 

Roger Riendeau, collaboration spéciale