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Après sept jours d’infection au mildiou, les plantes qui ont reçu un traitement avec un biopesticide (notre photo) affichent de meilleurs rendements que celles sans biopesticide. Crédit photo: Patrice Audy, AAC

Après sept jours d’infection au mildiou, les plantes qui ont reçu un traitement avec un biopesticide (notre photo) affichent de meilleurs rendements que celles sans biopesticide. Crédit photo: Patrice Audy, AAC

Les biopesticides de plus en plus efficaces

Alors que de plus en plus de producteurs se tournent vers les pesticides biologiques, l’efficacité de ces produits, elle, n’est pas toujours au rendez-vous. Le phytopathologiste d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) Patrice Audy a toutefois bon espoir de voir un jour les pesticides chimiques substitués par des technologies plus vertes.

« Les producteurs sont prêts à adopter un produit bio, mais il faut que les résultats soient là, dit-il. À l’heure actuelle, on constate que les biopesticides fonctionnent dans certaines productions, alors que dans la pomme de terre, on se bat contre des produits de synthèse qui sont très efficaces », affirme le chercheur.

Les biopesticides sont issus de divers produits naturels, notamment les bactéries, les champignons, les extraits de plantes, les huiles et les phéromones d’insectes. Si cette approche naturelle limite bien souvent l’efficacité du produit, les avancées scientifiques sont prometteuses, assure M. Audy.

« Il faut simplement réaliser qu’on ne pourra pas passer au bio du jour au lendemain et continuer de nourrir la planète », souligne-t-il. Selon lui, les biopesticides vont plutôt être un outil parmi d’autres dans les programmes de gestion de lutte intégrée.

Lutter contre le mildiou

Patrice Audy et ses collègues se sont récemment tournés vers des bactéries isolées dans les sols agricoles canadiens pour lutter contre le mildiou. Cette maladie, causée par un pseudo-champignon, est le principal ennemi des cultures de pommes de terre. Pour ce projet, les chercheurs ont choisi « la crème de la crème » des bactéries, explique M. Audy.

Les recherches en laboratoire et en chambre de croissance ont donné des résultats que le chercheur qualifie de « stupéfiants », car certaines bactéries utilisées freinent à 90 % le mildiou.

« Je n’ai jamais vu un biopesticide si efficace. En fait, ça l’est presque autant qu’un pesticide chimique », lance-t-il, visiblement enthousiaste. La prochaine étape? Les tests en champ dans de réelles conditions de production.

« Par contre, aller sur le terrain avec le mildiou, c’est problématique. Il n’y a personne qui veut ça dans son champ. Il faudra choisir une région isolée où il n’y a pas de producteurs de pommes de terre autour », note Patrice Audy. Il a tout de même bon espoir de pouvoir mettre en marché cette découverte.

Intérêt économique

Au Canada, la production de pommes de terre représente une valeur marchande d’environ 1 G$ à la ferme, selon les chiffres d’AAC. Le mildiou a donc une grande incidence économique. Toujours d’après AAC, la maladie cause des pertes totales de 3 G$ à 5 G$ par an à travers le monde.

Le secteur de la pomme de terre est un créneau intéressant pour le développement de nouveaux pesticides biologiques, estime Patrice Audy. « Comme le mildiou est très répandu et que les producteurs doivent faire beaucoup d’interventions au champ, il y a un intérêt économique pour les compagnies qui voudraient commercialiser des biopesticides. »

Actuellement, seuls les pesticides chimiques, souvent composés de cuivre, viennent à bout du mildiou. « On sait pourtant que les composés de cuivre sont toxiques pour l’environnement. Ce n’est pas une option viable à long terme », soutient M. Audy.

Selon lui, il faudra attendre que des géants comme McDonald’s sautent dans le train en marche avant que les biopesticides soient utilisés à grande échelle.

« Ces compagnies-là sont conscientes qu’elles doivent projeter une image plus verte. L’approche bio est beaucoup plus séduisante pour eux. Quand ces entreprises vont mettre de la pression en ce sens, c’est certain que la recherche sur les biopesticides va être encouragée et que leur utilisation va prendre de l’ampleur », prédit le chercheur. En fin de compte, affirme-t-il, c’est toujours le consommateur qui a le dernier mot.