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La rareté de la main-d’œuvre et l’automatisation de certaines opérations dans les champs représentent les deux faces d’une même pièce. Photo : Gracieuseté de l’APFFQ

La rareté de la main-d’œuvre et l’automatisation de certaines opérations dans les champs représentent les deux faces d’une même pièce. Photo : Gracieuseté de l’APFFQ

Automatisation dans la production horticole : décalage entre les développeurs et les producteurs

Effet direct de la pénurie de main-d’œuvre, l’incontournable mécanisation des opérations a occupé une grande place lors de l’atelier portant sur les enjeux et tendances de l’horticulture au Québec présenté en octobre dernier dans le cadre du 2e Grand Colloque Agtech du Québec.

Il ressort des propos des panellistes que bien que ­prometteurs, les équipements sur le marché sont encore mal adaptés et que leur appropriation par les ­producteurs devra être appuyée par des programmes gouvernementaux.

« À l’heure actuelle, il existe un risque financier à acquérir des technologies qui ne sont pas à point », estime Catherine Lessard, directrice Économie, politique et recherche à l’Association des producteurs maraîchers du Québec, qui travaille justement à la mise en place pour 2022 d’un réseau regroupant autour d’une même table producteurs, chercheurs et développeurs.

Josée Cormier, membre de la 8e génération de la Ferme Cormier à L’Assomption, a évoqué ce décalage rencontré quelquefois en discutant avec des développeurs. « Au départ, ça a l’air fantastique, mais au bout de 15 minutes, tu te rends compte que ce qu’il te propose ne peut pas s’intégrer dans ta pratique culturale. Il faut absolument que le produit puisse s’adapter à notre réalité. Et la réalité, c’est le résultat de l’évolution de notre climat, de notre sol, de décisions personnelles. »

Un constat aussi partagé par Jennifer Crawford, directrice générale de l’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec (APFFQ), qui évoquait un besoin chez ses membres de développer un appareil adapté à la récolte des petits fruits, mais aussi aux ­opérations reliées à la phytoprotection. La pénurie de main-d’œuvre combinée à la nécessité d’investir pour s’automatiser a comme conséquence à l’APFFQ que le nombre de petits producteurs diminue au profit des grandes entreprises mieux en mesure d’affronter financièrement cette nouvelle réalité.

Inadaptés à la réalité québécoise

Vincent Gauthier, des Fermes Belvache à Sainte-Anne-des-Plaines (200 hectares en légumes bio), a témoigné pour sa part du fait que les équipements développés en Europe étaient inadaptés à la réalité québécoise. « Souvent, leurs machines sont plus petites que celles en Amérique du Nord. Elles sont faites pour travailler dans la terre noire et ne sont pas efficaces quand elles arrivent dans un sol glaiseux. » Selon lui, l’investissement relié à l’acquisition d’une nouvelle technologie doit être rentabilisé dans un horizon de cinq ans, car l’évolution rapide des connaissances dans le domaine la rendra désuète au-delà de cette période. « Entre-temps, il va en avoir une nouvelle qui va sortir et qui va être 40 % plus efficace pour le même prix. »

Catherine Lessard a bien résumé l’enjeu principal posé par la pénurie de main-d’œuvre et l’introduction de l’automatisation dans les champs lorsqu’elle a déclaré : « Les innovations doivent être rentabilisées rapidement et ne pas devenir une contrainte à la production. Le niveau de confiance doit être élevé entre le producteur et le développeur. Ce n’est pas encore le cas ­présentement; c’est pourquoi l’aide et le soutien du gouvernement seront nécessaires. »